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Mgr Jean-Paul Vesco : « Le XXIe siècle sera fraternel ou ne sera pas  »

5 min de lecture
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Crédit : © PAOLO GALOSI / Siciliani

À l’heure où les relations franco-algériennes traversent de profondes tensions, le cardinal et archevêque d'Alger, Mgr Jean-Paul Vesco, a accordé une interview au "<em>Point</em>", le 24 novembre 2025. Il y aborde la question douloureuse de l’histoire coloniale et témoigne de son soutien à Christophe Gleizes, journaliste français emprisonné en Algérie, invitant à placer la fraternité au cœur du dialogue entre les peuples.

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Être frère au-delà des divisions. Mgr Jean-Paul Vesco, a livré, dans une interview donnée au journal Le Point, le 24 novembre, un témoignage sur la fraternité franco-algérienne et a évoqué le sort du journaliste français Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie depuis juin 2025.  Né à Lyon en 1962, ce frère dominicain, archevêque d’Alger après avoir été à la tête du diocèse d'Oran, a été créé cardinal par le pape François en 2024. Détenant la double-nationalité franco-algérienne depuis sa naturalisation, en 2023, il se trouve au cœur des tensions qui déchirent les deux pays auxquels il a donné sa vie. 

"Le XXIe siècle sera fraternel ou ne sera pas "

Dans cet entretien, il a rappelé que la fraternité n’est pas un idéal naïf mais une exigence vitale : "Le XXIe siècle sera fraternel ou ne sera pas." Pour lui, être frères, c’est "se reconnaître d’une même humanité, au-delà des frontières, des cultures et des religions". Il a pourtant mis en garde : toute fraternité se construit dans la difficulté et le risque, et peut "dégénérer en violence", rappelant l’histoire biblique de Caïn et Abel, premier fratricide de l’histoire (Gn, 4:8), et affirmant que le Christ, en réponse à cette virulence, nous appelle à vivre une fraternité "ouverte au monde". L’archevêque d’Alger a également souligné le lien qui l’unie profondément à l’Algérie, pays qu’il a appris à connaître depuis vingt ans, "y compris dans ses blessures". "[C’est] est une terre propice à la fraternité (...). Dans la rue, on m'appelle "mon frère" (...). Depuis des années, je goûte cette fraternité reçue comme un cadeau, plus forte que la différence religieuse."

"Il est plus facile de séparer, de diviser que de rassembler"

Mgr Vesco s’est particulièrement adressé à ceux qui, comme lui, possèdent la double nationalité franco-algérienne : "Nous ne faisons pas partie du problème, mais de la solution." Refuser de choisir un camp, assumer pleinement ses deux identités, c’est, selon lui, apporter une réponse apaisée aux tensions. A l’évocation des religieux catholiques assassinés lors de conflits opposant la France et l’Algérie, comme saint Charles de Foucault, les moines de Tibhirine ou le bienheureux Pierre Claverie, évêque d’Oran de 1981 à 1996, Mgr Vesco a rappelé qu'"il est plus facile de séparer, de diviser que de rassembler, mais [que] cela offre une sécurité bien illusoire, et [que] les remèdes peuvent être bien vite plus nocifs que les maux qu'ils prétendent guérir."

Revenant sur le passé colonial de la France et de l’Algérie, l’archevêque a expliqué que "les tensions entre [les deux pays]" l’avaient "d'une certaine façon libéré" en lui permettant de mettre des mots sur la blessure coloniale, qu’il sentait depuis longtemps sans pouvoir la nommer. Il a alerté sur l’importance des silences de l’histoire coloniale, invitant à les reconnaître pour avancer, sans jamais culpabiliser personne. Il s’est aussi prononcé contre la remise en cause de l’accord franco-algérien de 1968, qui favorise la circulation, le séjour et l’emploi de ressortissants algériens et de leurs familles, craignant qu’un tel geste n’accentue les divisions et les peurs.

Des nouvelles de Christophe Gleizes

Interrogé au sujet de l’emprisonnement de Christophe Gleizes, journaliste français de 38 ans détenu depuis juin 2025 dans les geôles algériennes, Mgr Vesco a expliqué le visiter "aussi régulièrement que possible." Ces entrevues sont rendues possibles car Christophe Gleizes est chrétien et que la loi algérienne garantit l’assistance spirituelle en prison. Soulignant la manière dont le journaliste "force le respect de tous" par "sa positivité et sa fraternité", il s’est dit "impressionné par sa force" et la "discipline rigoureuse" qu’il s’impose. "Il a arrêté de fumer, lit beaucoup et fait [du] sport." Le journaliste a aussi appris à lire et à écrire le français à son codétenu malien. L’évêque d’Alger a enfin dit "espérer que cette épreuve prendra rapidement fin" et se dit assuré "qu'elle ne lui laissera aucune amertume contre l'Algérie et les Algériens, qu'il a appris à aimer, y compris en prison." Pour mémoire le procès en appel du journaliste se tiendra le 3 décembre prochain. Cette situation n'est pas sans rappeler le cas de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, libéré le 12 novembre dernier après un an d'emprisonnement en Algérie.