Après six mois de travaux, la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant a rendu ses conclusions dans un rapport publié ce dimanche 23 novembre. Parmi les 20 propositions formulées en vue de "mieux structurer les différents temps de la vie quotidienne des enfants afin qu’ils soient plus favorables à leurs apprentissages, à leur développement et à leur santé" figurent le passage à la semaine de cinq jours, avec des apprentissages théoriques le matin et des apprentissages pratiques et activités culturelles et sportives l’après-midi, le démarrage des cours à 9 heures, le raccourcissement de la durée des cours à 45 minutes (au lieu de 55 minutes actuellement), l'allégement des devoirs à la maison et le regroupement des vacances de février et de Pâques sur deux zones au lieu de trois.
L’une des caractéristiques de cette Convention citoyenne, troisième du nom après celles consacrées au climat et à la fin de vie, est d’avoir inclus dans les discussions un groupe de 20 enfants et adolescents, âgés de 12 à 17 ans. Une initiative inédite bienvenue pour Marie-Caroline Missir, nouvelle déléguée générale du think tank Vers le haut, dédié à la jeunesse et à l’éducation. Interrogée par Aleteia, elle insiste sur la nécessité, sur la question des rythmes scolaires, de prendre en compte la parole des enfants, de s’aligner sur les standards européens et internationaux et d’investir dans la formation des enseignants pour faire évoluer la manière d’enseigner.
Aleteia : Comment recevez-vous ce rapport de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant ?
Marie-Caroline Missir : J’ai été interpellée positivement par cette initiative du CESE, et notamment par le fait de mobiliser un panel d’enfants, ce qui est une première dans la construction de nos politiques publiques. Écouter la parole des enfants et des adolescents est une conviction que nous portons chez Vers le Haut et nous nous réjouissons que cette Convention citoyenne ait associé des jeunes. Il est trop rare que l’on fasse des choix qui prennent en compte leur parole et leur intérêt. Il est temps, sur cette question des rythmes scolaires, d’écouter la parole des jeunes.
La montée en compétences de nos élèves ne repose pas que sur la capacité du système éducatif à leur bourrer le crâne ou à préparer des programmes que personne n’arrive à finir.
Que nous disent-ils, ces jeunes ?
Ils nous disent qu’ils ont une charge de travail conséquente, un volume de devoirs qui impacte fortement leur temps libre et leur santé mentale, ils ressentent un stress important lié aux choix d’orientation, ils évoquent une exposition excessive aux écrans et des journées de cours trop longues et trop denses. Tout cela génère, pour certains d’entre eux, une forme de mal-être. Ils aimeraient aussi des journées plus diversifiées dans les propositions éducatives : plus de sport, plus de culture, de temps partagé…
Est-ce que cela ne risque pas de faire baisser le niveau d’instruction qui n’est déjà pas bien haut ?
Comment font les autres pays de l’OCDE qui ont moins de cours, plus d’activités et qui sont meilleurs au classement PISA ? Je préfère parler d’éducation globale de l’enfant plutôt que d’instruction. Ce que les jeunes nous disent aussi, c’est qu’ils en ont marre d’avoir des méthodes pédagogiques qui ne reposent pas sur la pédagogie de projets, qui ne les mettent pas en action, qui ne font pas suffisamment appel à leurs compétences orales… La montée en compétences de nos élèves ne repose pas que sur la capacité du système scolaire à leur bourrer le crâne ou à préparer des programmes que personne n’arrive à finir. La réussite d'un système éducatif n'est pas liée au volume horaire quotidien, c’est plus complexe que cela. Il faut s’aligner sur les standards européens et internationaux et prendre en compte la parole des enfants.
Il ne peut pas y avoir de réflexion sur les rythmes scolaires sans investir dans la formation des enseignants.
Le rapport préconise de passer à la semaine de 5 jours pleins obligatoires pour tous les élèves de l’école élémentaire au lycée, avec des apprentissages pratiques le mercredi après-midi, qu’en pensez-vous ?
Il y a là une convergence intéressante entre le désir des jeunes et les propositions des adultes. La question des journées trop longues et trop denses est largement documentée dans les études de l’OCDE, les élèves français ont les journées les plus longues des pays de l’OCDE. On a donc ici une opportunité pour sortir des démarches partisanes, des intérêts privés, que ce soient ceux des enseignants, des parents, des lobbies du tourisme, des collectivités… pour remettre le sujet sur la table et répondre à la question : quelle serait la meilleure organisation pour les enfants ?
S’il y avait une chose à changer en priorité, quelle serait-elle ?
Il ne peut pas y avoir de réflexion sur les rythmes scolaires sans investir dans la formation des enseignants. Car cela suppose une très grande adaptabilité de leur part, dans la manière d’organiser leurs cours – le rapport évoque par exemple des séquences de 45 minutes –, de s’approprier de nouvelles pédagogies, de gérer l’hétérogénéité des élèves… Cela nécessite un investissement conséquent pour accompagner les éducateurs et les enseignants. Et il est nécessaire de repenser la manière, non pas dont on instruit les enfants, mais dont on les engage dans leurs apprentissages. Encore une fois, écoutons-les ! Ils ne disent pas "on veut moins travailler" mais "on veut mieux apprendre, dans de meilleures conditions, pour notre santé mentale, pour notre bien-être". Et un enfant qui se sent bien dans ses apprentissages, ce sont aussi des enseignants qui se sentent bien, des parents qui se sentent bien. C’est vraiment une question de société !











