À l’évocation d’une crèche, on pense immédiatement à ces petites figurines en argile représentant la scène de la nativité, accompagnés de ces innombrables habitants d’un village provençal. C’est en tout cas le modèle le plus répandu dans les familles. D’autres existent, comme la crèche développée par Blandine et Jean de La Charie, un couple qui s’est lancé en 2023 dans la création de crèches artisanales. Leur petite maison de production, Boufareou, du nom de l’ange qui apparaît dans la crèche au-dessus de la mangeoire du petit Jésus, grandit depuis quelques années avec un seul objectif : "Faire rayonner le beau mystère de la Nativité dans les maisons." Cette année a une saveur particulière. Les rois mages viennent de sortir. La crèche est désormais complète.
Tout est parti d’une drôle de surprise, quand Jean, ingénieur et Blandine, psychologue, décident de se procurer une crèche pour leur jeune foyer. Leur mariage en 2021 leur donne l’occasion de s’en faire offrir une, simple, avec les quelques principaux personnages. "Elle nous disait quelque chose de la simplicité et de l’humilité de la Création", se souvient Jean. En la déballant, il retourne un santon et, surprise : sur le socle est inscrit "Made in China" (fabriqué en Chine). "Cela nous a choqués. Beaucoup d’objets de notre quotidien sont évidemment fabriqués en Chine, mais une crèche est un objet spécial." Venant d’un pays qui persécute les chrétiens, cette crèche ne peut décemment pas faire partie de leurs meubles.

Ni une, ni deux, Blandine et Jean, manuels tous les deux, décident de s’en fabriquer une... sans rien connaître du métier de santonnier. "Blandine était excellente, j’étais complètement nul", s’amuse Jean. Ensemble, ils modèlent de hauts personnages de 17 cm, sans visage, très simples, en reprenant la base de la crèche qu’ils ont reçue à leur mariage. Ils ajoutent des couleurs plus vives et donnent aux personnages "un aspect très lisse, pas biseauté", pour obtenir un effet "encore plus épuré". Par ailleurs, la crèche qu’on leur avait offerte ne contenait même pas l’âne et le bœuf, pourtant "indissociables de la Sainte Famille". Le problème est vite résolu.
Après de multiples essais et des heures à sculpter, leur crèche personnelle est née. Motivés par le résultat, ils en offrent alors quelques exemplaires en cadeau de mariage à des amis. Séduit par leur travail, un autre ami, qui travaille à Credofunding, leur assure "un carton" si le couple se lance dans la production d’autres crèches. La démarche prend alors une autre tournure. D’un projet personnel naît une petite production. Un jeune artisan "passionné", un "pro du moulage", est alors embauché pour lancer cette dynamique. Une campagne Credofunding est lancée en 2023, "avec les moyens du bord", pour la création de quelques crèches.
Un objet qui marque
Effectivement, le "carton" est au rendez-vous. 10.000 euros ont été récoltés, les premiers clients ont été démarchés. Une crèche, avec les personnages principaux de 17 cm, se vend 355 euros. Un prix assez élevé, reconnaît Jean, mais qui récompense les longues heures de travail sur ces petites scènes de la Nativité. Depuis le lancement de la production, Boufareou a réalisé 35.000 euros de chiffre d’affaires. "Nous fonctionnons comme une petite entreprise familiale. On n’en vit pas. Nous l’avons partagée plus par passion que pour le business. L’objectif n’est pas une croissance à trois chiffres", balaie Jean, qui a gardé son métier d’ingénieur... et son rôle de responsable du chœur polyphonique Theou Xarisma. Son idée : faire grossir le projet et mobiliser "des pépites, des artistes" pour le mener à bien. L’année dernière, Sophie, chargée de peindre les santons et de l’envoi des commandes, est venue renforcer la petite équipe. D’autres projets de création d’objets liturgiques sont en cours de réflexion, comme des crucifix ou des supports de bougies.

Jamais le couple ne s’est détaché de leur objectif de départ : partir d’un simple besoin familial d’avoir une belle crèche pour l’Avent, "qui nous corresponde". La petite entreprise a des codes bien singuliers. "À chaque santon emballé, on récite un Je vous salue Marie, à l’intention du client. Et on joint au colis une petite carte pour le préciser." "La crèche fait partie des objets qui nous marquent à vie, prolonge Jean. Tout le monde se souvient de la crèche de son enfance. Avec Blandine, nous voyons à quel point elle nous a apporté dans notre vie de famille."










