Le Jubilé 2025 avait déjà son hymne, il a désormais sa messe. Commandée dans le cadre des festivités jubilaires par les Pieux Établissements de la France à Rome et à Lorette, ainsi que par l’ambassade de France près le Saint-Siège, elle a été composée par Samir Amarouch, un ancien pensionnaire de la Villa Médicis formé au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.
Non chrétien et ne voulant pas s’exprimer sur son propre rapport à la foi et à l’Église catholique, Samir Amarouch se souvient simplement d’avoir lu le Nouveau Testament dans sa jeunesse et de l’avoir acheté en 2022, lors d’une visite à la basilique Saint-Pierre de Rome, afin de le relire. Hasard ? L’année suivante, le compositeur se voit proposer par le frère Renaud Escande, dominicain à la tête des Pieux Établissements, une institution qui administre notamment les cinq églises françaises de Rome, de créer une messe à l’occasion du Jubilé. Le jeune homme originaire de Charente et fils d’un Marocain est surpris et hésitant. Très attaché à sa liberté artistique et à sa vision artisanale de son métier, il décide finalement de se lancer dans l’aventure.
Un dialogue théologique profond et régulier
Entre le dominicain et l’artiste se noue alors un dialogue théologique profond et régulier sur ce qu’est une messe. Samir Amarouch s’intéresse particulièrement aux structures linguistiques et symboliques du texte, ainsi qu’aux messes composées au fil des siècles. Pour une messe spécifiquement dédiée au Jubilé, il avance en terra incognita, car il ne trouve aucune trace d’un précédent. "J’espère qu’il y en aura d’autres après moi, au moins", assure-t-il.
Attaché à explorer la matière textuelle du rite de la messe, Samir Amarouch ne modifie aucun mot, mais se permet, comme c’est souvent le cas dans ce type de composition, de répéter les paroles rituelles – une façon pour lui d’en creuser la substance, de les interroger pour les faire parler. Après un long travail de près d’un an et demi, il a achevé les cinq parties traditionnelles de la messe : Kyrie, Gloria, Alleluia, Sanctus, Agnus Dei - complété par une coda, soit une conclusion.
Machaut, Josquin Desprez, Bach, Beethoven, mais aussi les traditions polyphoniques corses ou albanaises ont profondément inspiré l’auteur. Il s’est adjoint une vingtaine de musiciens, dont le grand spécialiste de la polyphonie médiévale, Marcel Pérès, et son ensemble Organum, pour la présenter au public. En tout, ce sont six voix d’hommes, ainsi qu’un organiste, trois flûtes, trois trombones, deux percussionnistes, deux harpes, un clavecin et trois contrebasses, issus des ensembles S.a.m.pl.e et Ars Ludi, qui se sont produits à Saint-Louis-des-Français.
"Je pense sincèrement qu’on peut prier avec ma messe"
"Peut-être que des gens la détesteront, mais je pense sincèrement qu’on peut prier avec ma messe", affirme Samir Amarouch. "Je me suis intéressé aux questions profondes que pose le texte de la messe, et je ne suis pas certain d’avoir réussi : je propose un art abstrait, qui fait réfléchir ; il y a des moments qui élèvent vers le ciel", a-t-il confié.
"C’est de la musique contemporaine, résolument contemporaine, résolument pas séductrice, mais composée par quelqu’un qui a fait l’effort de se fondre dans notre tradition avec une grande sincérité", souligne le frère Renaud Escande. Cette œuvre, assure-t-il, s’inscrit dans la tradition du mécénat de l’Église, et vient “apporter de l’espérance, thème du Jubilé, dans une époque marquée par le conflit et la violence".
L’origine du titre "Shalom" est d’ailleurs tirée d’une anecdote contemporaine, capturée en vidéo récemment. Lors de la libération récente d’une des premières otages juives du 7 octobre, celle-ci se retourne vers son ravisseur, lui prend la main et lui dit ce mot, qui est à la fois une salutation et un synonyme de paix en arabe comme en hébreu. "C’est vraiment une messe pour notre temps", conclut le frère dominicain.de paix en arabe comme en hébreu. "C’est vraiment une messe pour notre temps", conclut le frère dominicain.










