Curé-doyen de la ville de Lille, le père Benoist de Sinety revient sur la polémique lancée à l’occasion d’une messe à l’intention du maréchal Pétain, comprise comme un "hommage".
On a beaucoup discuté ces temps derniers sur le supposé vainqueur de Verdun. En oubliant le rôle majeur d’Édouard de Castelnau, général et chef d’état-major des armées durant la Première Guerre mondiale ; en reprenant les thèses officielles d’une propagande politique mise en place dès la fin du conflit, qui préféra élever sur les autels de la nation Philippe Pétain, drôle de paroissien libertin, plutôt qu’un officier très catholique ; en préférant à l’Histoire les partis pris idéologiques, on a une fois encore donné aux boutefeux toutes les raisons de se réjouir.
Intercéder pour les pécheurs
Il est connu que l’Église croit en la puissance de la prière pour les défunts, et notamment pour ceux qui semblent les plus éloignés de la porte du Royaume. Tout baptisé est appelé à intercéder pour permettre à ceux dont l’impiété a été la plus manifeste, de trouver, reconnaître et accueillir dans la nuit de leurs morts, la lumière de la miséricorde divine. Pour les mêmes raisons, tout défunt baptisé a le droit aux obsèques chrétiennes. Même si, comme le rappelle l’éditorialiste Jean-Pierre Denis (Théopolitique, novembre 2025), le canon 1184 stipule que "doivent être privés des funérailles ecclésiastiques, à moins qu’ils n’aient donné quelque signe de pénitence avant leur mort […] les pécheurs manifestes, auxquels les funérailles ecclésiastiques ne peuvent être accordées sans scandale public des fidèles. Si quelque doute surgit, l’Ordinaire du lieu, au jugement duquel il faudra s’en tenir, sera consulté".
Après l’affaire de l’organisation Academia Christiana qui avait réservé son stand au dernier congrès Mission avant que les organisateurs les en évacue, cette demande de messe d’une association qui n’a rien à voir avec l’Évangile est à prendre comme un nouveau test.
Ranger le glaive
Dans le climat politique où certains ont entraîné notre pays, cherchant à en extirper toute référence transcendante, voici venu le temps des sectes. Sectes politico-idéologiques qui se parent de prétentions spirituelles et dont les gourous se rêvent en nouveaux prêtres sans autre dieu qu’eux-mêmes. Ils testent, ceux-là, celle qu’ils pensent être une vieille Église, fatiguée de son temps et percluse de regrets. Ils la piquent pour voir si le corps bouge encore, si elle sait encore réagir, certains, et ainsi rassurés, que sa voix ne puisse plut maugréer que râles et anathèmes. Il aurait sans doute suffi dans cette triste affaire de rappeler que si la prière de tous est bienvenue pour le salut des pécheurs publics, une messe n’est jamais dite pour honorer une mémoire. Et que l’on intime au prêtre célébrant de prononcer ces mots en guise d’homélie. On pourrait ajouter que celui qu’on nommait en des temps plus archaïques, le Dieu des armées, s’est incarné en Celui qui ordonne de ranger le glaive et se garde bien d’appeler à la violence qu’elle soit angélique ou identitaire.
Le désir de Dieu
Et puis enfin, pourquoi ne pas le dire aussi, comment ne pas balayer ces tentatives tristes de viriliser à tout prix une religion qui n’en n’a pas besoin ? Ceux qui jouent à ce jeu en seront pour leurs frais, comme toujours. Car ce que nous voyons aujourd’hui, ce ne sont pas ces tentatives mesquines de rallier à soi de nouveaux adeptes en les trompant par des mensonges et des fausses promesses. Ce que nous voyons, c’est la foule de ceux, jeunes pour beaucoup, qui dans le secret de leurs cœurs ont entendu l’appel du Nazaréen : "Suis-moi." Ce que nous constatons, sans rien n’y pouvoir, c’est qu’ils ne viennent pas à l’Église pour grossir les rangs d’une armée de malandrins assoiffés de reconnaissance et d’aventuriers ivres de puissance, mais pour chercher à mieux Le connaître et Lui répondre. Ils sont bien la meilleure réponse aux "pu-putschistes" (pour reprendre une formule célèbre dans ces microcosmes) qui rêvent de réécrire l’Histoire : ils manifestent le désir de Dieu d’appeler lui-même les hommes et les femmes qui seront les héraults de sa Bonne Nouvelle pour les temps à venir.












