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Romain et Justine ont traversé la diagonale du vide pour combler leur vide intérieur

Romain et Justine Brès ont traversé la France à pied avec leur bébé de trois mois, empruntant la "diagonale du vide" de Sedan à Saint-Jean-Pied-de-Port, en avril 2024. Ils racontent à Aleteia comment cette aventure est devenue un véritable chemin de vie, fait de rencontres et d’abandon à la Providence. 

9 min de lecture

Source: Romain et Justine Brès

Romain, Justine et Homère.

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Il y a des décisions qui bousculent une vie entière, et parfois, il suffit d’un choc professionnel pour ouvrir des horizons inattendus. Lorsque Romain et Justine Brès, tous deux travaillant dans l’industrie de la défense, ont perdu leur emploi, ils ont vécu cette épreuve non pas comme un coup d’arrêt, mais comme une invitation à réapprendre à cheminer dans leur vie. Littéralement. En avril 2024, à 31 ans, trois mois après la naissance de leur fils Homère, ils ont décidé de traverser à pied la diagonale du vide. 

De cette marche longue et lente à travers les territoires les plus méconnus de l’Hexagone, ils tirent un touchant récit qu’ils partagent dans Une famille en chemin – La diagonale du vide (éd. Transboréal). Un ouvrage qui n’est pas seulement une histoire d’un voyage, mais celle d’une guérison de blessures intérieures et d’une redécouverte de la France.

Un départ chargé de vide et de promesses

"Nous étions blessés par ce que nous avions vécu et avions l’intuition que c’est le mouvement qui nous guérirait. Nous avions déjà fait plusieurs randonnées dans cette diagonale, mais cette fois nous allions réellement nous confronter à ce "vide", le vide que nous vivions également", explique Romain à Aleteia. Son épouse précise : "Nous ne partions pas du tout dans l’idée d’une course ou d’une performance. Nous partions pour marcher, pour rencontrer notre prochain. Nous mettions un point d’honneur à arriver suffisamment tôt dans les villages que nous traversions afin de découvrir les lieux et de faire connaissance avec les personnes susceptibles de nous accueillir."

Ainsi, ils ont quitté Paris, leurs certitudes et leurs habitudes, en partant depuis Sedan, point d’entrée de la "diagonale du vide", ce long trait oblique qui traverse la France rurale, des Ardennes aux Pyrénées. Leur objectif était de rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées-Atlantiques). Plus de 1.500 kilomètres de chemins, de petites routes, de forêts et de plaines les attendaient. Un départ qui portait la gravité d’un renoncement et l’élan d’une promesse. "Nous avions besoin de temps, de solitude et de réflexion", raconte Romain. 

Une aventure qui a été très bien accueillie par leurs parents, contents de voir leurs enfants se mettre en mouvement et ne pas tomber dans une dépression qui pouvait les guetter, au vu de la situation. "Le fait de nous voir partir, de nous projeter dans l’avenir et d’envisager un projet les a rassurés. Ils nous ont même rejoints à plusieurs reprises lors de notre périple. De fait, ce projet nous a aussi permis de consolider les liens que nous avions avec eux. Nous les avons vus beaucoup plus souvent sur les routes que durant une année classique passée à Paris à travailler", confie Justine. 

Une marche joyeuse avec un bébé 

Leur fils Homère n’avait que trois mois à l’époque. Au fil du voyage, sa présence impose un rythme particulier. "Nous faisions environ une heure et demie de marche le matin, suivie d’un déjeuner, puis à nouveau d’une heure ou une heure et demie de marche l’après-midi, soit environ 12 km quotidiennement. Nous ne voulions pas que Homère passe son temps dans la poussette !", précise Justine, qui indique que tout au long du voyage le bébé a reçu un suivi pédiatrique.

Chaque jour devient pour la petite famille une vraie aventure : trouver un abri avant la tombée de la nuit, installer un coin douillet pour Homère dans la tente… La parentalité n’est plus une série de contraintes à gérer entre deux obligations professionnelles, mais une source de joie simple. Car comme le précise le couple la "diagonale du vide" porte mal son nom. Si elle est vide de grandes métropoles, elle déborde de visages, de voix et d’entraides discrètes. Romain témoigne : "Si nous avons ainsi découvert notre pays, ses provinces, son architecture et ses reliefs particuliers, ce sont les paysages humains qui nous ont profondément touchés."

Une France méconnue qui ouvre ses portes

Romain et Justine, qui expliquent avoir projeté de dormir principalement dans leur tente, avouent avoir été frappés par la gentillesse des gens qui n’hésitaient pas à leur ouvrir leur porte. C’est ainsi qu’à Bulson (Ardennes), ils ont été accueillis par une famille qui les a mis en relation avec d’autres hôtes, donnant naissance à une véritable chaîne d’hospitalité qui a duré une dizaine de jours. "Nous, qui étions blessés par l'humain, avons aussi été guéris par lui", explique le couple, qui se dit touché par les élans de solidarité des personnes qu’ils ont rencontrées. 

"Cet abandon total aux autres a été fondamental : notre aventure repose largement sur la spontanéité et l’authenticité des foyers qui nous ont ouvert leurs portes", confie Romain. Même si, de leur propre aveu, ils ne se sentaient pas légitimes à se définir comme pèlerins, la spiritualité s’est imposée à eux à travers ces paysages humains : des familles ayant vécu des expériences très intenses, les maires qui se confiaient sur leurs difficultés, les curés qui leur ouvraient leurs églises… "Nous sommes restés touchés par ces témoignages d’amour."

Tous ces moments de grâce nous permettaient de nous reconnaître dans la transcendance. Quand on s’abandonne à l’aventure, on comprend que l’on n’est pas seul.

Ainsi, ces rencontres sont devenues tout aussi importantes que la marche elle-même. Parfois quelques mots, parfois des heures de discussions, des confidences profondes entre inconnus qui ne se reverront jamais. "Je me souviens d’une dame qui nous a raconté le jour où elle avait perdu l’ouïe. Étant psychologue, sa vie était centrée sur l’écoute, et elle a partagé avec nous son parcours de reconstruction. Aujourd’hui opérée et avec une audition partielle, elle avait quelque chose de particulier", se souvient Justine, ajoutant que l’écoute, c’est ce qu’ils avaient à offrir aux autres pour leur hospitalité. Chaque journée était une rencontre magnifique pour les deux trentenaires. "Nous avons rencontré des archétypes humains marquants et avons gardé des liens forts avec certains de nos hôtes", raconte Romain.

Mais les particuliers n’étaient pas les seuls à héberger la famille Brès. De nombreuses églises et abbayes les avaient abrités. Comme par exemple l’abbatiale de Lachalade, en Argonne-Meuse. "On nous a confié les clés de l’édifice, en cours de restauration. Une fois la porte fermée, nous étions seuls, comme coupés du monde. Éclairées par la lumière des vitraux et de la lune, les statues semblaient vouloir nous parler. Cela invitait à un silence de recueillement, même Homère est resté tranquille cette nuit-là", note Romain. Dans la Marne, ils ont admiré les ruines de l’abbaye des Trois-Fontaines. "Nous y avons ressenti un fort sentiment de fin de cycle", glisse le couple. À Vichy, ce sont les sœurs Apostoliques de Saint Jean qui ont reçu la jeune famille. "C’était un beau témoignage de la vitalité de l’Église", explique Romain, qui garde également un très bon souvenir de leur passage à l’Abbaye de Sept-Fons (Allier). "Tous ces moments de grâce nous permettaient de nous reconnaître dans la transcendance. Quand on s’abandonne à l’aventure, on comprend que l’on n’est pas seul."

La marche, lieu de conversion intérieure

La marche a ceci de particulier qu’elle déleste. On laisse tomber ce qui encombre, chaque kilomètre est un pas vers un avenir plus beau. Justine raconte comment le fait de marcher avec son époux a renforcé leur couple : "J’ai découvert un Romain que je ne connaissais pas vraiment, dans toute sa vulnérabilité et toute son humanité." Romain parle lui aussi de ces moments intenses, qui révèlent beaucoup de l’humain. "Avec le recul, je pense que cette aventure n’a fait que renforcer l’importance que nous pouvions accorder à notre couple, véritable ciment et base de la famille."

Il y a dans leur récit une profondeur quasi spirituelle, même si elle n’est pas explicitée. La marche devient un espace intérieur, un lieu où quelque chose se répare. Et leur arrivée à Saint-Jean-Pied-de-Port ne marque pas la fin du voyage, bien au contraire. Depuis, Romain et Justine ont en effet pris la décision radicale de quitter la région parisienne pour le Pays basque où depuis quelques mois, ils vivent chacun une reconversion professionnelle qui n'a rien à voir avec leur vie d’avant. "Nous nous sommes dit qu’il nous fallait trouver quelque chose de sensé et utile, un métier à travers lequel on pourrait rayonner et faire du bien autour de nous".

Justine a décidé de se tourner vers la thanatopraxie. "Récemment confrontée à des décès dans nos familles, j’ai pu observer ce travail effectué sur un corps et mesurer combien il apaisait la peine des proches du défunt", explique la jeune femme, qui estime que “la mort est un signe de la vie”. De son côté, Romain se forme à l’art de la boucherie. "Quand nous vivions à Paris, nous avions un excellent boucher, devenu un très bon ami, qui faisait un travail remarquable. J’étais fasciné par ce qu’il réalisait. Je trouve beaucoup de sens dans ce métier, qui permet de mettre en valeur les richesses de notre pays et de son territoire", détaille-t-il. 

S’ils débordent de nouveaux projets de marche, Romain et Justine restent humbles face à ce que l’avenir peut leur réserver. "Nous cultivons des relations simples et franches, dans une proximité avec les montagnes des Pyrénées qui nous relie à la nature et au temps."

Pratique

Une famille en chemin – La diagonale du vide (éd. Transboréal) de Romain et Justine Brès, octobre 2025.