Le voyage de Léon XIV en Turquie le 27 novembre afin de fêter le 1.700e anniversaire du concile de Nicée est un jalon supplémentaire sur le chemin pacificateur vers l’orthodoxie entamé par Jean Paul II. Après avoir contribué à la libération des peuples d’Europe de l’Est, le pape Wojtyla a mené un combat pour la paix entre chrétiens : il a franchi le fossé de mille ans de séparation entre Rome et Constantinople. Il s’est appuyé pour cela sur l’étape prophétique du baiser de paix de 1964 à Jérusalem entre Paul VI et le patriarche orthodoxe Athénagoras. En 1995, Jean Paul II publie l’encyclique Ut unum sint, reprenant la prière du Christ "Qu’ils soient Un afin que le monde croie". Il étaye son message par "le témoignage courageux de nombreux martyrs" du XXe siècle. Il voit dans ce "martyrologe commun" des chrétiens "un potentiel œcuménique extraordinairement riche de grâce".
"L’Église doit respirer avec ses deux poumons"
Comme le poète russe Viatcheslav Ivanov, il déclare que "l’Église doit respirer avec ses deux poumons", d’Orient et d’Occident. Il invite tous les chrétiens à œuvrer dans "la fidélité à l’Evangile" pour l’unité "voulue par Dieu". Il rappelle le mot de Jean XXIII : "Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise." N’ayant pu rencontrer le patriarche de l’Église orthodoxe russe Alexis II qui a annulé deux rendez-vous en 1997 et 1998, Jean Paul II part aux devants des autres Églises orthodoxes, malgré l’épreuve de sa maladie.
En mai 1999, il se rend en Roumanie, auprès du patriarche Teoctist, dix ans après la chute du tyran Ceausescu. Il reçoit un accueil enthousiaste : à l’issue d’une messe rassemblant à Bucarest 500.000 personnes, orthodoxes et catholiques, la foule scande le mot "Unité"… Jean Paul II et Teoctist la bénissent d’un seul et même geste. Trois ans plus tard, le prélat roumain viendra saluer le pape à Rome.
Un chemin pacificateur
L’automne suivant, en Géorgie, le patriarche Ilia II exprime sa gratitude à Jean Paul II pour sa "contribution" à la chute du "système qui rejetait Dieu" dans l’ex-URSS. Mais il évite tout geste de rapprochement. On est à l’heure d’un durcissement du patriarcat de Moscou, où on déclare les voyages du pape intempestifs, en l’accusant de prosélytisme en terre orthodoxe… En Grèce au printemps 2001, malgré des oppositions véhémentes, les représentants orthodoxes reçoivent Jean Paul II, dont la visite est présentée comme un "pèlerinage". Le Pape récite un "Notre Père" avec ses interlocuteurs sur les pas de saint Paul. Il exprime son regret des torts causés à Constantinople. Il signe une déclaration commune avec l’archevêque orthodoxe athénien Christodoulos contre tout "fanatisme" et pour une "mondialisation de la fraternité dans le Christ". Le chef de l’État et les médias grecs saluent ce voyage comme pacificateur. Un an après, fait sans précédent, une délégation de l’Église orthodoxe grecque se rend à Rome. Lors d’une étape en Syrie, une autre communauté orthodoxe le reçoit au nom d’une "théologie de la réconciliation".
En juin 2001, Jean Paul II arrive en Ukraine, où trois communautés orthodoxes rivales coexistent, deux églises ukrainiennes nationales et la branche locale de l’Église orthodoxe russe. Depuis Moscou, le futur patriarche Kirill cherche à le faire renoncer à ce voyage… Mais à Kiev, plus des deux tiers des journaux approuvent cette visite, et le Grand Rabbin d’Ukraine relaye ses propos pour le respect de la vie.
"Benedictus qui venit in nomine Domini"
En avril 2002, en Bulgarie, le supérieur du sanctuaire national orthodoxe — qui fut invité à Vatican II par Jean XXIII — souhaite la bienvenue à Jean Paul II en latin : "Benedictus qui venit in nomine Domini !" Après un concert grégorien et byzantin à Sofia, un auditoire bouleversé lui souhaite longue vie : Mnogaïa lieta ! L’ayant vu surmonter son épuisement, le ministre des Affaires étrangères salue sa "force d’âme" et son message "libérateur et purificateur". Dès lors, une dynamique fraternelle est lancée : à son tour, Benoît XVI invitera à Rome en 2006 l’archevêque orthodoxe d’Athènes. Avant même de devenir pape, il reçu le Russe Kirill devenu patriarche de Moscou. Puis c’est… à Cuba, que celui-ci rencontre le nouveau pape François en 2016 : tous deux signent une déclaration commune sur les racines chrétiennes de l’Europe. La réconciliation des chrétiens est possible, comme le pressentait au XVIIe siècle l’évêque orthodoxe ukrainien Platon : "Les murs qui nous séparent ne montent pas jusqu’au ciel. Des hommes les ont édifiés, d’autres hommes pourront les abattre." Malgré les conflits entre États, ce défi reste un but à poursuivre pour tous les disciples du Christ.

![[VIDÉO] Portable caché, scrutins inattendus… Dans les coulisses du dernier conclave](https://wp.fr.aleteia.org/wp-content/uploads/sites/6/2025/05/VATICAN-POPE-CONCLAVE-SISTINE0A-2013-000_DV1436250.jpg?resize=75,75&q=25)








