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Les Pur-Sang d’Alsace, ces guides de France qui ont mis l’idéal scout au service de la Résistance

Les Pur-Sang d’Alsace, ces guides qui ont mis l’idéal scout au service de la Résistance

Six guides de France vont être honorés ce 23 novembre à Strasbourg en l’église Saint-Jean. L’apposition d’une plaque commémorative permettra de rappeler aux fidèles et aux visiteurs leur action héroïque : la création d’une filière d’évasion à travers l’Alsace entre 1940 et 1942.

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Source: Shutterstock

Église Saint-Jean à Strasbourg où les prisonniers évadés prennent contact avec l'Équipe Pur-Sang.

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Elles n’avaient pas 20 ans, mais une foi et un courage capables de défier un régime totalitaire : les “Pur-Sang” d’Alsace ont sauvé plus de 350 vies en faisant de leur promesse scoute un acte de résistance héroïque. Ce dimanche 23 novembre, une plaque commémorant l’action héroïque de ces six guides de France va être inaugurée en l’église Saint-Jean de Strasbourg. Une occasion unique de raconter leur histoire.

Les organisations scoutes sont dissoutes par l’administration nazie dès son arrivée en Alsace. Cependant, une jeune cheftaine, Lucienne Welschinger, rassemble autour d’elle cinq de ses camarades pour constituer un groupe clandestin. Elle désire prolonger l’action du scoutisme, afin de rester fidèle à l’engagement pris au moment de sa promesse. “La guide est fille de France et aime son pays ; la guide est faite pour servir et sauver son prochain” : voilà les deux principes que ces six jeunes femmes décident de vivre jusqu’au bout. Ainsi naît l’équipe Pur-Sang, noyau d’un vaste réseau alsacien d’entraide et de résistance.

Rendez-vous devant la statue de la Vierge

Les Pur-Sang décident d’endosser le rôle dangereux de passeur afin d’accompagner les prisonniers évadés. Elles se lancent dans cette aventure avec la complicité du curé de l’église Saint-Jean. Les Pur-Sang poussent l’audace jusqu’à organiser une permanence quotidienne dans l’église, devant l’autel de la Sainte Vierge. Ainsi, tous les soirs, entre 18h et 19h, les prisonniers évadés sont assurés de trouver, à genoux devant la statue de la Vierge, une jeune guide de 18 ans prête à risquer sa vie pour les sauver.

Une fois récupérés, ces hommes doivent être logés, nourris, et habillés en attendant le passage vers la France. Les jeunes femmes montent autour d’elles tout un réseau : des commerçants offrent de la nourriture, un policier et un photographe fournissent les faux-papiers, une habile couturière transforme les vêtements. Auprès de leurs anciens camarades scouts, les guides récupèrent des boussoles, outils indispensables au succès des évasions qui ont lieu à pied, de nuit, en rase campagne ou en pleine montagne.

La guide est fille de France et aime son pays ; la guide est faite pour servir et sauver son prochain.

Les Pur-Sang cherchent une frontière facile à franchir ; elles se tournent d’abord vers la Suisse. Forte de leur formation scoute, deux d’entre elles partent en exploration et dressent un relevé topographique détaillé de l’itinéraire à suivre. Ce relevé est ensuite imprimé et distribué à tous les évadés. La filière fonctionne pendant six mois avec la complicité de paysans locaux, jusqu’à ce que les Allemands renforcent la surveillance de cette frontière.

Les nombreux camps effectués par les guides dans les Vosges avant la guerre leur permettent d’identifier rapidement un nouvel itinéraire. Les jeunes filles profitent aussi de l’amour des Alsaciens pour les excursions. Tous les week-ends, les évadés montrent dans le train à Strasbourg et se mêlent aux nombreux randonneurs qui partent sillonner les Vosges. Excellent moyen pour passer inaperçus. La guide, accompagnée de ses protégés, quitte discrètement le groupe de marcheurs, s’enfonce à travers la forêt et escalade la montagne. Les sœurs de Notre-Dame de Sion, basées à Gérardmer, de l’autre côté de la frontière, récupèrent les prisonniers et les aident à continuer leur périple.

Le morse comme moyen de communication

Les Pur-Sang et les autres membres du réseau sont arrêtés au début de l’année 1942. Emprisonnées, les six guides communiquent entre elles grâce au morse, ce qui leur d’adopter un plan de défense commun. Impressionnés par l’ampleur du réseau, les Allemands condamnent à mort Lucienne et quatre de ses complices, dont son frère André. Sur l’intervention du maréchal Pétain et du nonce apostolique, les peines de mort sont suspendues, mais les condamnés l’ignorent et ils vivent, jusqu’à la fin de la guerre, dans l’angoisse de leur prochaine exécution. Lucienne écrit plusieurs textes impressionnants de foi et de force d’âme pendant sa captivité. Elle raconte notamment comment la récitation quotidienne du rosaire lui permet de survivre aux pires épreuves.

Malgré des conditions de captivité inhumaines, les Pur-Sang survivent toutes. Pendant presque deux ans, elles ont réussi à faire passer plus de 350 personnes en France ou en Suisse. Leur action héroïque est un vibrant témoignage à l’esprit scout : débrouillardise et connaissance de la nature, amour de la patrie, sens du service et du sacrifice, le tout irrigué par une foi profonde.