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[HOMELIE] Le règne du Christ-Roi s’ancre dans le refus des hommes

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Clément Barré - publié le 22/11/25
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Prêtre du diocèse de Bordeaux, le père Clément Barré commente l’évangile de la solennité du Christ-Roi de l’univers. La grandeur de l’œuvre de Dieu est d’agir à travers le refus de l’homme pour venir à sa rencontre. Là où le péché a abondé, la grâce a jailli en surabondance.

Il y a une grande ironie à voir Jésus être désigné comme "le Roi des Juifs" quand on sait le rapport ambigu que l’Écriture entretient avec ce titre. Notre imaginaire est sans doute rempli des prophéties davidiques qui annoncent la venue d’un messie royal issu de la souche de Jessé, un roi de gloire qui est aussi un roi d’humilité, et qui viendra rétablir le royaume de Dieu, dont le règne n’aura pas de fin. Le messie sera un roi à la manière de David, un roi qui craint Dieu et accomplit enfin toute justice.

L’histoire de la royauté biblique

Quand nous célébrons la fête du Christ-Roi de l’univers, c’est d’abord cet imaginaire-là que nous convoquons. Le règne du Christ que nous voulons vivre est à l’image de cette demande faite à David : "Viens et règne sur nous." Nous célébrons la royauté humble et glorieuse du Christ qui couronne toute l’histoire des hommes. Ce règne éternel qu’inaugure l’adoration des mages, que consacre la Pâque et qui se déploie dans l’éternité bienheureuse du royaume de Dieu. Alors tout genou fléchira et toute langue dira : Jésus Christ est Seigneur, à la Gloire du Père !

C’est peut-être oublier un peu vite que l’histoire de la royauté biblique est beaucoup plus ambiguë que cela. Car la royauté arrive tardivement dans l’histoire d’Israël, elle ne fait pas partie des promesses originelles de l’alliance. Le législateur d’Israël, c’est Dieu ; c’est lui qui donne la loi et dirige le peuple. Pour arbitrer cette loi et conduire le peuple dans la voie de ses volontés, il a recours à des juges qui ne sont pas chargés de légiférer mais plutôt de s’assurer que le peuple marche dans les voies du Seigneur.

La royauté de Dieu s’ancre dans le refus des hommes

L’institution des rois arrive plus de trois siècles après l’installation en terre promise, et c’est le peuple lui-même qui demande au prophète Samuel vieillissant un roi pour être gouverné comme les autres nations. En demandant un roi, le peuple dit son refus d’être gouverné par Dieu lui-même, et tourne le dos à sa propre vocation d’être, au milieu des autres peuples, la part réservée au Seigneur : "Le Seigneur lui répondit : “Écoute la voix du peuple en tout ce qu’ils te diront. Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent : ils ne veulent pas que je règne sur eux”" (1 S 8, 7).

La royauté s’ancre dans le rejet de Dieu en même temps qu’elle est l’annonce et l’anticipation de son règne définitif. C’est là la grandeur de l’œuvre de Dieu que d’agir même à travers ce refus de l’homme pour venir à sa rencontre. Là où le péché a abondé, la grâce a jailli en surabondance. Du refus manifeste de son peuple, Dieu a fait l’annonce de son alliance éternelle, de son règne définitif qu’il instaure par le don de sa vie sur la Croix. Signe tant du refus que de la victoire, du rejet autant que de l’alliance.

Un jugement de salut

En raillant Jésus crucifié, en utilisant le titre royal pour le moquer, c’est le même refus des hommes qui est à l’œuvre. Ceux qui ne veulent pas que Dieu règne sur eux et qui sont prêts à pactiser avec toutes les puissances, même les plus infernales, pour repousser au loin le règne du Crucifié. Ils ne voulaient pas de son règne alors, ils continuent de le repousser maintenant. Mais la Croix demeure plantée dans notre monde comme un signe de contradiction, qui proclame à la face de tous les hommes, dans toutes les langues, la réalité du règne de Dieu : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs, est ainsi rendu Roi de l’univers pour que son règne s’étende à tous les hommes et demeure pour toujours. La croix noue en elle tous les paradoxes de la royauté biblique. Le Seigneur règne par la main même de ceux qui ne voulaient pas qu’il règne sur eux.

La Croix du Christ est ainsi le jugement de Dieu pour le monde : jugement de salut offert à tous les hommes pour qu’ils le reconnaissent comme le Roi de gloire, l’héritier de David qui vient enfin établir le règne véritable de Dieu sur le monde. Jugement de condamnation pour ceux qui le raillent et le rejettent.

Que son règne s’établisse en nous

En cette solennité du Christ-Roi, laissons-nous interpeller par ce paradoxe divin. Que notre cœur, souvent tenté par le refus comme celui d’Israël, s’ouvre enfin au règne humble du Crucifié. Reconnaissons en lui le Roi qui ne domine pas par la force mais par l’amour offert jusqu’au bout. Que son règne s’établisse en nous, dans nos vies quotidiennes, pour que nous devenions, à notre tour, les témoins de ce royaume où la justice et la miséricorde triomphent. Ainsi, avec les mages et les saints de tous les temps, puissions-nous fléchir le genou et proclamer : Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ! 

Lectures de la solennité du Christ roi de l’univers :

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