La France est au bord du chaos. Son modèle socio-économique en morceaux, les conditions sont réunies pour une explosion sociale sur fond d’insécurité économique : faible croissance, forte inflation, augmentation des bas salaires et du coût de la vie, notamment en matière de logement mais aussi d’énergie et d’alimentation. Depuis la pandémie du Covid, le pays dépense plus que jamais alors que les services publics se dégradent sans cesse : le niveau scolaire, l’accueil aux urgences, le manque de personnel soignant, le réseau ferroviaire régional et local, la lenteur de la justice, l’état lamentable des prisons… Face à la dette qui atteint les 113% du PIB, la réduction des dépenses est inévitable mais la classe politique s’avère incapable de trouver un accord sur le budget 2026 pour remettre la France sur la bonne voie.
Entre centrisme technocrate et populismes
L’impasse sur le budget reflète une impasse plus fondamentale. Le pays est enfermé dans un clivage mortifère entre un centrisme technocrate et un populisme de droite et de gauche. L’un comme l’autre sont minoritaires et ne représentent pas les intérêts d’une grande majorité du peuple. Ce que les électeurs attendent de leurs représentants politiques, c’est de créer les conditions pour une stabilité économique qui favoriserait le retour de la croissance et de la prospérité partagée ; un débat démocratique qui dépasse la démagogie et l’oligarchie des intérêts particuliers, en particulier ceux de la tech et de la finance mondialisées ; une identité civique commune capable de faciliter l’assimilation des immigrés et de nourrir la cohésion sociale.
Sur le plan économique, le populisme vacille entre un étatisme musclé et un libre-marché débridé, avec des promesses de réductions des dépenses (...) ou d’impôts sur la fortune.
Les centristes réclament le monopole de la raison et de la responsabilité alors qu’ils défendent un techno-libéralisme démesuré qui sape les fondements de l’État protecteur en prônant la "mondialisation heureuse", le libre-échange et l’immigration de masse. Désindustrialisation, délocalisation, déclin, voilà le bilan du macronisme et ses antécédents. Pour leur part, les populistes de droite prétendent restaurer la promesse républicaine de la liberté individuelle et les populistes de gauche la promesse républicaine de l’égalité collective. En réalité, les uns sont tout aussi autoritaires que les autres : la droite populiste se croit l’incarnation de la "volonté du peuple" alors que la gauche radicale traite tous qui sont en désaccord avec elle de racisme, de sexisme ou encore de misogynie. Sur le plan économique, le populisme vacille entre un étatisme musclé et un libre-marché débridé, avec des promesses de réductions des dépenses (liées à l’immigration et à l’Union européenne) ou d’impôts sur la fortune (comme la taxe Zucman). Ces promesses sont aussi utopistes les unes que les autres.
Réduire la dépense publique
En politique il n’y a jamais une équivalence morale entre différentes visions du monde, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que les populistes de part et d’autre visent à purger les élites, ce qui fait d’eux des léninistes, des "disrupteurs" démagogiques qui défendent tout sauf la démocratie. Pour sortir par le haut de la crise que nous vivons, il faut renouer avec la doctrine sociale de l’Église et le courant d’idées personnaliste. Ces deux traditions, tant intellectuelles que politiques, permettent de formuler des propositions fondées sur la réciprocité des efforts, la solidarité et la subsidiarité, au service du bien commun, soit la recherche d’un bien qui garantisse la dignité de la personne et l'épanouissement de tous. Le bien commun est ainsi le principe qui oriente les actions en vue de construire une société plus solide et solidaire.
Il faut couper les dépenses non-productives, à commencer par la réduction de la bureaucratie de l’État central, notamment les agences de l’État et organismes consultatifs.
Concrètement, cela signifie déjà trois séries de mesures pour le budget 2026. Premièrement, il est nécessaire de réduire les dépenses publiques qui relèvent de la consommation et non de l’investissement, notamment la consommation qui ne profite pas aux citoyens ou aux agents de la fonction publique qui travaillent en première ligne. Il faut couper les dépenses non-productives, à commencer par la réduction de la bureaucratie de l’État central, notamment les agences de l’État et organismes consultatifs — 857 au total et à un coût total d’environ 107 milliards d’euros par an. À quoi ajouter les "opérateurs de l’État" qui emploient environ 480.000 fonctionnaires représentent 434 organismes publics, à un coût de 81 milliards d’euros en 2023, contre 39 milliards d’euros en 2012. Cet éventail d’agences, commissions et comités, parfois appelés ironiquement "comités Théodule", existe dans tous les domaines des politiques publiques.
Rétablir la subsidiarité
Deuxièmement, il faut réduire les fonctions supports au bénéfice des fonctions opérationnelles, en particulier dans le domaine de l’Éducation nationale et de la santé mais aussi dans les autres domaines du secteur public. Ceci passe par la réduction des doublons et des effectifs. Par exemple, les administrations centrales comme les rectorats ou encore la bureaucratie hospitalière doivent être réduites au minimum au profit des services déconcentrés et assurés par les personnes en première ligne. En France le niveau de bureaucratie est très supérieur aux moyennes des autres pays de l’Union européenne et de l’OCDE : entre un quart et un tiers de plus de fonctionnaires pour les services publics dont la qualité n’est, loin de là, pas supérieure…
Une telle réduction est conforme au principe de subsidiarité, c’est-à-dire prendre les décisions au niveau le plus bas possible en accord avec le bien commun. À cette fin, il faut saisir à tous les niveaux (local, régional et national) du secteur public la révolution de l’Intelligence artificielle (IA) pour supprimer un grand nombre d’emplois répétitifs et reconvertir dans la mesure du possible une part de ces postes vers des besoins réels : soignants, éducateurs et formateurs, policiers, juges…
Bâtir un nouveau pacte social
Troisièmement, une fois que des économies d’environ 50 milliards d’euros peuvent ainsi être réalisées, la tâche consiste à bâtir un nouveau pacte social pour remettre le modèle économique en ordre de marche durable et éviter une dégradation encore plus forte aux conséquences politiques redoutables. Un tel pacte doit se construire sur des engagements réciproques et courageux des travailleurs, des employeurs et de l’État. L’accord pour agir serait alors fondé sur des efforts de toutes parts : gouvernement, entreprises et actionnaires, salariés et agents, citoyens et usagers de services publics. Le double défi consiste à augmenter les bas salaires pour permettre aux plus démunis de mener une vie décente tout en réduisant les impôts et charges qui pèsent sur les petites et moyennes entreprises.
Face au clivage entre centristes et populistes, l’alternative proposée par la doctrine sociale de l’Église part des obligations réciproques pour tisser des relations interpersonnelles et renouveler les institutions civiques capables de bâtir une société de relations, de liens et de partages, vivante et au service du bien commun.
Pratique











