Le chant grégorien est-il devenu has-been ? À l’heure des playlists Spotify et des concerts chrétiens aux rythmes pop ou country, le genre millénaire peut paraître un peu dépassé. Pourtant, en Seine-Saint-Denis, des groupes de jeunes refusent de le jeter aux oubliettes et tentent même de lui trouver de nouveaux adeptes. Événements, messes, rencontres… Le chant grégorien n'a pas dit son dernier mot et attire même de plus en plus les jeunes générations.
"Comment ça has-been ?"
"Has-been ? Comment ça has-been ?", rit Elvis Zannou. Ce jeune homme de 25 ans fait partie du pôle jeunes du diocèse de Saint-Denis. Ils sont environ une centaine à se réunir chaque mois, pour prier ensemble et préparer des événements pour le diocèse. Prochain rendez-vous : un week-end consacré au chant grégorien, les 22 et 23 novembre, à la basilique-cathédrale. Le groupe en assure une partie de l’organisation, et Elvis participera à une table ronde.
Pourtant, le grégorien n’était pas une évidence pour lui au départ. "J’ai découvert le chant grégorien en 5ᵉ… et au début, ce n’était pas vraiment un coup de cœur", avoue-t-il. À l’origine, il est surtout adepte de la louange et des chants chrétiens "qui bougent plus". Mais après plusieurs années de découvertes, et surtout un voyage marquant à Rome pour le jubilé des jeunes, son regard a changé.
"J’y ai trouvé un vrai sens dans le chant grégorien", raconte Elvis, "une sorte de sobriété qui permet d’entrer plus en profondeur dans la prière". Aujourd’hui, si le jeune homme continue la louange, il l’accompagne aussi de grégorien dans des moments plus calmes, comme le matin ou dans les transports. "C’est différent, mais complémentaire", ajoute-t-il.
Le mystère du grégorien
Louis Joseph, cofondateur de la confrérie Saint-Paul, partage cet enthousiasme. Depuis trois ans, il dirige ce groupe d’une trentaine de jeunes hommes, particulièrement attachés à la liturgie romaine. Plusieurs fois par mois, et de plus en plus souvent, la confrérie se retrouve pour chanter lors de messes, de complies ou de vêpres en grégorien. Et malgré un engagement exigeant, le succès est au rendez-vous.
La confrérie ne cesse d’accueillir de nouveaux membres, venus de Sarcelles (diocèse de Pontoise) mais aussi de nombreuses villes alentour. Comment entendent-ils parler du groupe ? "C’est un peu un mystère", sourit Louis. Ils devaient même chanter lors du week-end de Saint-Denis, mais ont dû décliner en raison d’un agenda trop chargé. "Les répétitions nous demandent beaucoup de temps", précise Louis. La confrérie a demandé au curé de mettre en place un temps de formation spécifique au chant grégorien pour ses membres.

Et à Sarcelles, les paroissiens se montrent particulièrement réceptifs à cette liturgie. "Dès que nous avons commencé nos messes animées en grégorien, l’assemblée a tout de suite accroché", raconte William, chef de chœur de la confrérie. "Nous avons même reçu beaucoup de retours positifs et une réelle demande pour de prochaines célébrations."
Un intérêt national
Selon Dom Guilmard, moine de l’abbaye de Solesmes (haut lieu du chant grégorien), le phénomène dépasse largement la Seine-Saint-Denis. Partout en France, il constate un intérêt renouvelé pour cette tradition musicale. "Le chant grégorien a de nombreux atouts : sa beauté incroyable, qui élève dans la prière, son vaste répertoire et sa grande diversité", explique-t-il. Jeunes et moins jeunes peuvent ainsi y trouver des mélodies adaptées à chaque temps liturgique, profondément universelles, qui permettent de prier véritablement "en Église", avec l’ensemble des chrétiens.
Des points clefs, qui expliqueraient peut-être le retour en force du genre ainsi que la multiplication des rencontres grégoriennes dans tout le pays. "C’est simple : un chant est moderne si on le chante", résume le moine. "Alors à nous de guider notre jeunesse vers le grégorien, afin que ce chant, dont la beauté subsiste depuis plus de mille ans, ne s’éteigne jamais."
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