<em>En se rendant en Turquie du 27 au 30 novembre, Léon XIV accomplit un voyage souhaité par François. Mais il trace aussi les contours de son pontificat, analyse le géopoliticien Jean-Baptiste Noé, autour de l’unité de l’Église et du dialogue interreligieux. </em>
Le pape François avait prévu de se rendre en Turquie, dans la ville d’Iznik, pour commémorer le 1700e anniversaire du concile de Nicée (325). C’est dans cette ville que fut rédigé le Credo toujours récité à la messe. La maladie, puis le décès du pape argentin ont reporté ce voyage, qui incombe désormais à Léon XIV. Mais à ce premier voyage initial, le nouveau pape a ajouté une visite au Liban, non prévue au départ, pour soutenir et aider une communauté chrétienne éprouvée par les guerres du Levant. Si Léon XIV ne peut pas encore se rendre en Terre sainte, du fait de la guerre à Gaza, il sera au plus près de ce territoire, à sa frontière, pour contempler une terre marquée par les conflits.
La Turquie, un passage obligé
C’est Paul VI (1967) qui fut le premier pontife à se rendre en Turquie, notamment pour rencontrer le patriarche de Constantinople. Un voyage placé sous le sceau de la réconciliation et de l’unité, dans le sillage œcuménique du concile Vatican II. Depuis, la visite à Constantinople est un passage obligé des papes. Jean Paul II s’y est rendu dès 1979 et Benoît XVI en 2006. Avec une inflexion notable dans le but du séjour : ce n’était plus uniquement l’œcuménisme qui était le motif du voyage, mais aussi la paix, notamment dans le cadre du dialogue interreligieux. Jean Paul II se rend en Turquie quelques mois après la révolution islamique en Iran et alors que l’Occident découvre médusé le début de l’islamisme. Benoît XVI doit affronter les suites des attaques de septembre 2001 à New York, de l’intervention militaire en Irak en 2003 et d’un islam de plus en plus conquérant. Son but est de contribuer à désarçonner l’islamisme pour permettre aux musulmans qui ne suivent pas cette idéologie d’échapper à la spirale de violence.
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Des menaces d’attentats
La visite de Léon XIV s’effectue dans un calme relatif et une bienveillance certaine, ce qui n’était pas le cas de ses prédécesseurs. Jean Paul II a dû affronter l’hostilité des mouvements nationalistes turcs, que ceux-ci soient laïcs ou religieux. Pour eux, le pape était l’aumônier de l’Occident, la face visible de la domination intellectuelle et spirituelle de l’ouest sur les peuples décolonisés. Voici ce que relate le journal Le Monde, dans son édition du 29 novembre 1979 : "Sur la visite de Jean Paul II, la presse est discrète. À part le journal Milliyet, qui a publié le 27 novembre une lettre du terroriste de droite Mehmet Ali Agca — il vient de s'évader de prison afin, dit-il, d'assassiner le Pape — les autres journaux consacrent quelques lignes seulement à l'arrivée de Jean Paul II." Mehmet Ali Agca, qui a assassiné en février 1979 le directeur du journal Milliyet et qui tenta, en mai 1981, de mettre ses menaces à exécution en tirant sur Jean Paul II.
En 2006, les risques d’attentats contre le pape étaient grands, à tel point que plusieurs personnes de son entourage déconseillèrent à Benoît XVI d’effectuer un séjour qui fut précédé de nombreuses manifestations conduites par des associations nationalistes et islamistes. Séjour qui, finalement, se déroula sans entrave, et permit au pape d’effectuer une première visite dans un pays musulman.
Approfondir l’œcuménisme
Toute autre est la situation aujourd'hui, même si le climat social de la Turquie est tendu et fragile. Ankara et Istanbul sont deux villes à la sociologie différente, avec un rapport diversifié à la nation turque et à l’islam. Mais Léon XIV s’y rend principalement pour approfondir l’œcuménisme, même si le patriarche de Constantinople représente surtout une continuité historique, plus qu’une communauté humaine, qui est de plus en plus réduite. En son temps, le concile de Nicée restaura l’unité de l’Église après l’hérésie propagée par les Ariens, qui menaça l’intégrité de la foi. Ce concile est la démonstration que la foi se défend aussi par l’intelligence et par la théologie et qu’elle nécessite un approfondissement pour être correctement vécue.
C’est tout le sens de ce séjour, qui ne manquera pas aussi d’évoquer l’urgence de la paix et surtout l’établissement d’une paix durable, afin d’éviter de nouveaux drames dans une région où les guerres sont trop nombreuses.












