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Le regard, cet élément essentiel de la communication non verbale

5 min de lecture
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Crédit : Aleteia

<em>Dans toute relation humaine, le regard que l’on pose sur les autres n’est jamais neutre. C’est à travers le regard, note le consultant en entreprise Pierre d’Elbée, que l’on se sent reconnu comme personne ou non.</em>

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Lever les yeux au ciel, fusiller du regard, regarder de travers ou à l’inverse, poser un regard bienveillant ou chaleureux : le regard d’un manager en dit long sur sa relation aux autres. "Un seul regard sévère d’un patron en colère suffit à donner la chair de poule", affirme le très sérieux journal Harvard Business Review en lui consacrant un article de fond. Le regard constitue en effet un élément essentiel de la "communication non verbale". Véritable manne pour le développement personnel, la communication non verbale jouit d’une assez mauvaise réputation en raison de ses approches souvent peu scientifiques. 

Il n’empêche que la relation managériale repose largement sur un échange corporel — écouter et regarder — qui provoque de nombreuses "petites perceptions" (l’expression est de Leibniz) dont on n’a pas toujours conscience. Parmi ces perceptions, le regard est probablement un élément clé. Plus que les mots, il exprime, volontairement ou non, ce que l’on pense… 

Un regard neutre n’existe pas

Un premier point à noter est qu’une neutralité relationnelle n’existe pas. Un regard qui n’exprime rien, ni menace ni bienveillance, est en fait très perturbant : il place autrui sur le qui-vive, car on n’arrive pas à savoir ce que l’autre pense. Un regard indifférent révèle de… l’indifférence ! Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas très stimulant en matière de coopération. Et pourtant, on rencontre souvent l’idée que la relation au sein d’une équipe doit d’abord se focaliser sur l’objet à produire ou le service à rendre, plutôt que d’accorder une importance excessive à la relation interpersonnelle. Le regard se retrouve ainsi absorbé par une attention aux process plutôt qu’aux personnes. 

Regarder… le visage

Le regard exprime une intention qui dépasse largement la direction que l’on donne à ses yeux. Regarder l’autre, c’est d’abord s’adresser à lui en tournant son visage vers lui, en posant son regard sur lui. Ni trop ni trop peu. Car un regard appuyé peut vite devenir intrusif, dominateur et même condescendant alors qu’un regard fuyant marque la distance, la peur, le calcul…

Le visage d’autrui ne se résume pas à ses traits.

La méditation de Levinas sur le visage est ici inspirante : "Le visage d’autrui ne se résume pas à ses traits ; il n’est pas une donnée de la vision : c’est ce qui me regarde dans ce qui échappe à la vue" dit-il dans Totalité et Infini : quand il se tourne vers moi et me regarde, le visage de l’autre me "réclame". Il constitue une parole silencieuse qui m’est adressée et que je ne peux pas esquiver sans renier ma responsabilité à son égard. Son regard précède le mien. Au sens strict, ma responsabilité est une réponse à un visage déjà là. 

Un acte éthique

L’échange de regards est quelque chose de très personnel, et même intime. C’est un acte éthique pour le meilleur ou pour le pire, présent dans toute relation interpersonnelle physique, et opposé à la technologie. Il peut tuer ou sauver, s’ouvrir ou se fermer, en lui faisant prendre la forme que l’on décide. On est responsable du regard que l’on pose sur les autres. Mais ce n’est pas ce qui intéresse Levinas. Pour lui, "le visage est nu. Nu de défense. Il est cette pauvreté même. Dans le regard d’autrui s’annoncent cette misère et cette hauteur : “Tu ne tueras point.”" Avant même d’exprimer un choix ou une posture, le visage d’autrui donne à voir une vulnérabilité qui "assigne". On passe de la vision à une parole radicale : tu ne tueras point… Le visage regardé n’est plus simplement une face observable, mais une intériorité personnelle, trace d’un infini qui oblige en énonçant un commandement de respect.

Le regard comme acte managérial

Une telle approche du management pulvérise son caractère technocratique si prégnant aujourd’hui dans la culture professionnelle, et rétablit sa dimension humaine et transcendante. Oui, il est important de regarder son interlocuteur quand on s’adresse à lui, quel qu’il soit : manager, collaborateur, client. Pas seulement avec les yeux, mais aussi avec une intention bienveillante. Ne croyons pas une minute que cette intention reste cachée : elle se voit et autrui en est rarement dupe ! Non ce n’est pas une technique supplémentaire, mais une attitude extérieure exprimant une disposition intérieure, préalable à une relation de confiance. Dans les organisations où l’attention se porte souvent sur les chiffres et les procédures, le regard reste le lieu discret — mais décisif — qui permet à l’autre de se sentir exister. Le regard n’est pas un outil de motivation, mais une promesse de reconnaissance.