"C’est la m****." En trois petits mots, le quotidien de cette petite famille s’effondre. Fin juillet 2025, Xavier Clermont, suspendu au téléphone, écoute sa femme, Camille, qui l’appelle depuis l’hôpital. Elle est atteinte d’un cancer du sein. La nouvelle est reçue comme une déflagration. "Je me suis littéralement affalé. À cette époque, tout roule pour nous, assure Xavier. Je viens de changer de travail, nous déménageons dans un appartement plus grand… Avec cette annonce, c’est une petite bulle qui éclate." Une nouvelle vie commence, faite d’interminables questionnements, de remise en question et d’incertitudes. Une chose demeure : "Nous devons coûte que coûte protéger notre couple."
Août 2023. Après des vies paisibles et bien occupées professionnellement, Xavier et Camille se marient, "pas vraiment jeunes", mais avec de fortes convictions. Issus tous deux de familles unies et catholiques pratiquantes, ils n’ont "aucun doute" sur ce qu’ils désirent : "construire une famille et avoir un bébé". Le bonheur n’attend pas. Neuf mois après leur mariage, Camille donne naissance à un petit Bosco, qui fait leur joie. Près d’un an et demi s’écoule, jusqu’à ce fameux été 2025. "On ne pensait pas à un arrêt buffet aussi rapide."
Protéger leur couple
Quelques jours avant le départ pour les grandes vacances, Camille a un rendez-vous "de routine" avec sa sage-femme. Elle a détecté une petite boule dans sa poitrine, peu inquiétante à première vue. Une mammographie [radiographie des seins qui permet de détecter une anomalie, ndlr], s’impose tout de même. Une décision salutaire. Le rendez-vous s’achève, la phrase est lâchée, comme un claquement sec : "Il faut vous attendre au pire", leur annonce-t-on. Le verdict tombe, deux jours après, cruel. "Pour moi, le cancer signifiait juste la mort." Une pensée, instinctive, qu’il s’impose de mettre à l’écart. Sa mission est de protéger leur couple. "C’est le socle qui fait tenir tout le reste. Un couple qui n’est pas fort, c’est une famille qui explose."
Dès qu’ils se retrouvent, sonnés, Camille et Xavier se rendent à leur paroisse, l’église Saint-Vincent-de-Paul, à Clichy. Ils remettent ce lourd fardeau dans les mains de la Sainte Vierge. Une petite dame, assise un chapelet à la main, pose sa main sur l’épaule de Camille et lui glisse : "Ne pleurez pas et ayez confiance." Un premier fioretti. Ces quelques minutes à prier les confortent : "Je me suis toujours beaucoup confié à la Vierge Marie, c’est une figure incroyable. Là, j’ai compris qu’on ne pouvait pas lui demander l’impossible, mais des micro-miracles. Nous avons appris la juste mesure dans la prière. On a convenu d’une seule chose ensemble : nous aurons une confiance absolue dans ce qui se passera."
"Notre relation est plus simple"
De la confiance il en faut, tant du côté de Camille, dans le corps médical, que du côté de Xavier… dans sa capacité à s’adapter, face à la maladie de sa femme. Dans ses regards, d’abord. La première fois qu’il voit le sein de Camille, après la mastectomie, une pensée le traverse : "Si jamais tu es choqué par ce que tu vois, feins-le, dis que c’est vraiment propre, que c’est très bien fait. Ne te loupe pas car ce que tu diras ce jour-là sera gravé dans son esprit à jamais." Le résultat est en fait "bluffant". Xavier redouble d’attention envers Camille. Exit l’affirmation "Ça va aller", qu’elle n’a pas envie d’entendre. "De quoi as-tu besoin ? Comment puis-je te l’apporter ? Comment fonctionnes-tu en vérité ? Avec cette maladie, j’ai appris à comprendre comment fonctionne Camille, en vérité. Elle a besoin qu’on lui pose des questions ouvertes", sixième langage de l’amour selon Xavier, "et surtout que l’on écoute ses réponses"... le septième langage de l’amour. "Notre relation est plus simple aujourd’hui."
Si la maladie les ouvre à des discussions plus franches, elle leur fait entrevoir aussi ce qu’ils risquent de perdre. "Ce n’est pas parce qu’un cancer se guérit bien qu’il n’emporte pas un paquet de choses", glisse Xavier. D’abord, "un sein en moins, un morceau du corps de ma femme". Ensuite, le désir d’agrandir leur famille, remis clairement en question avec la maladie. "Le mari peut vite se sentir en dehors du sujet, tant il relève de l’intime. C’est un sujet délicat. Je n’ai trouvé aucun témoignage de mari à ce sujet." Au mois d’octobre 2025, il se met à écrire, comme une forme d’exercice thérapeutique et partage leur épreuve sur le réseau LinkedIn, chapitre par chapitre. "S’il y a une seule chose qu’il faudrait retenir pour ceux qui lisent ces quelques mots, c’est qu’il y a malgré tout un aspect qui ne se guérit pas : la fin d’une vie insouciante", écrit-il notamment. Camille ne le sait pas, elle ne le relit pas. Il aime l’exercice et souhaite poser des mots sur le tourbillon d’émotions qu'ils traversent et les nombreux choix que Camille et lui doivent poser dans l'urgence.
"Fécondité" du couple
Aujourd’hui, "le plus lourd du protocole est passé", assure Xavier. Une grosse partie de la chimiothérapie, phase de guérison du cancer, est passée. En trois mois, leur vie de couple a drastiquement changé. "On a compris qu’on ne fonctionnait pas du tout de la même manière. Nous avons résolu bien plus que le cancer. On a touché du doigt le mystère du couple." S’intéresser aux autres, être réceptifs aux "petits bonheurs dans le malheur", continuer à prier chaque soir en famille, chose qu’ils ne faisaient "pas forcément auparavant"… Ensemble, ils travaillent à une forme de "fécondité" du couple. "La joie se manifeste dans la tendresse de nos proches, dans la douceur de leurs mots et de leurs intentions. La joie est logée dans la confiance que nous avons pour le projet qui nous est réservé. Et si l’on part du principe que le Ciel a un projet pour nous, il faut lui faire confiance."









