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Un nouveau congé de naissance… très paternaliste ?

Mère-Enfant

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Marianne Durano - publié le 17/11/25
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Auteur de "Naître ou le néant. Pourquoi faire des enfants en temps d'effondrement ?" (DDB, 2024), notre chroniqueuse la philosophe Marianne Durano se félicite de la création d’un nouveau congé de naissance, sans comprendre toutefois l’absurde "égalité homme-femme" devant l’accouchement, ni l’obsession du retour à l’emploi qui méconnaît la réalité de la maternité<strong>.</strong>

Enfin une bonne nouvelle ! Quasi deux ans après le fameux "réarmement démographique" promis par Emmanuel Macron, l’Assemblée nationale a approuvé ce mercredi 12 novembre la création d’un nouveau "congé de naissance" de quatre mois à répartir à égalité entre les deux parents. Ce dernier pourrait être rémunéré jusqu’à 70% du salaire le premier mois, et doit s’ajouter aux actuels congés maternité, paternité, et parental. Il faut dire qu’on l’a échappé belle, le congé de naissance étant initialement censé remplacer le congé parental de trois ans, considéré comme trop long et "discriminant" pour les mères. Le gouvernement aurait reculé devant la pression des associations de parents, qui dénonçaient, notamment, une pénurie des modes de garde.

Un minimum de justice

Bien sûr, on ne peut que se réjouir d’une telle mesure, qui permet aux parents de s’occuper plus longtemps de leur enfant après la naissance (jusqu’à 4 mois et demi pour la mère et 3 mois pour le père : formidable !). Néanmoins, il faut redire qu’il s’agit seulement de rétablir un minimum de justice et de rattraper le retard considérable de la France vis-à-vis des autres pays : 52 semaines pour l’Albanie, la Bosnie ou le Danemark, un an pour la Croatie, 420 jours pour la Suède — même la Chine fait mieux que nous, avec 24 semaines de congé, contre 16 semaines chez nous ! D’un strict point de vue médical, rappelons qu’il faut ainsi 45 jours au corps féminin pour soigner les inflammations et les blessures internes causées par l’accouchement, et résorber complètement les lochies, ces saignements abondants qui suivent la naissance. Les organes et les muscles entourant l’utérus (plancher pelvien, vagin, urètre, anus), peuvent mettre, eux, jusqu’à 3 mois à retrouver leur place initiale. Le tout, sans compter sur la fatigue intense qui suit la grossesse et qui, accentuée par l’allaitement et les nuits sans sommeil, accompagne les premiers mois de la mère. 

Absurde égalité

Au risque d’être prosaïque, il faut marteler que cette dernière souffre physiquement après l’accouchement : elle saigne, son corps est déformé et douloureux, elle est épuisée. Lui octroyer dix semaines pour se remettre d’une telle épreuve, c’est bien le minimum que puisse faire un pays qui se vante d’avoir créé l’État-Providence, sans même parler, à ce stade, du bien-être psychologique de l’enfant ! Il est absurde de vouloir, dans ce domaine, rétablir une parfaite "égalité homme-femme" : j’y vois un déni violent et méprisant de ce que vivent les femmes qui accouchent, puis qui nourrissent éventuellement leur enfant. L’accouchement est un caillou dans la chaussure des partisans de l’indifférenciation homme-femme : pousser à tout prix les couples à s’investir de manière symétrique dans l’accueil de leur bébé, c’est nier l’implication particulière des femmes dans l’expérience.

Pourquoi exiger que le congé de naissance soit partagé à égalité entre le père et la mère ?

Il est très bon, évidemment, que les pères puissent bénéficier d’un congé paternité allongé, qui leur permet de soutenir leur femme dans sa traversée du post-partum. Mais pourquoi exiger que le congé de naissance soit partagé à égalité entre le père et la mère ? Pourquoi ne pas laisser cette dernière prendre la totalité du congé, si elle souhaite, par exemple, allaiter son enfant, comme l’ont fait la plupart des femmes pendant des millénaires ? Pourquoi ce chantage pour contraindre les pères à s’arrêter et les mères à retravailler le plus vite possible, si tel n’est pas leur souhait ? Une telle mesure me semble pour le coup extraordinairement paternaliste, comme si les femmes ne savaient pas ce qu’il y a de mieux pour elle et pour leur enfant ! Et, je suis désolée, mais la plupart des jeunes mères que je connais souhaitent rester le plus longtemps possible avec celui qu’elles ont porté neuf mois dans leur corps. J’ai moi-même expérimenté une année durant laquelle mon mari était en congé parental, pendant que je travaillais à plein temps, enceinte de mon quatrième enfant : c’était une belle expérience, mais elle ne peut pas se substituer à la présence d’une mère lors des premiers mois de son bébé.

L’obsession du retour à l’emploi

Plus profondément, on peut s’interroger sur cette obsession du "retour à l’emploi", comme si l’accueil de l’enfant ne devait surtout pas bouleverser notre rapport au travail, au salariat, au temps en général, comme s’il s’agissait juste d’expulser le bébé de soi pour le confier au bout de quelques mois à des inconnus, pour retourner bosser comme si de rien n’était. Comme si la maternité n’était qu’un intermède plus ou moins plaisant dans le bon déroulement de notre carrière. L’impensé est qu’une telle vision de la famille présuppose toute une division du travail fondée sur la production industrielle de laits infantiles, de purées toutes faites, sur la sous-traitance subventionnée de l’éducation des enfants et, accessoirement, sur l’épuisement des mères tiraillées entre charge mentale et injonctions contradictoires. 

Et si les Françaises et les Français ne faisaient plus d’enfants précisément parce qu’ils rejettent cette conception de la parentalité ? Et si courir de la crèche au métro, de la cuisine au bureau, ne faisait plus rêver personne ? Et si, plutôt que de pousser les mères à retourner au plus vite au turbin, on encourageait au contraire tout le monde à travailler un peu moins ? L’accueil d’un tout-petit est bien souvent l’occasion d’une remise en cause de soi et de ses priorités, une occasion de ralentir pour se recentrer sur ce qui compte vraiment à nos yeux, quitte à relativiser l’importance de notre carrière et de notre compte bancaire. C’est pourquoi, si je salue le nouveau congé de naissance qui vient d’être voté, je suis préoccupée à l’idée qu’il puisse à l’avenir remettre en question la durée légale du congé parental, qui permet précisément aux mères qui le souhaitent de prendre du temps pour leur famille sans se couper définitivement du fameux "marché de l’emploi". Et si "choisir la vie", cela commençait par laisser le choix à celles qui la portent ?

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