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RDC : un hôpital tenu par des religieuses sauvagement attaqué par des terroristes

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Fidèles congolais réunis place Saint Pierre en mars 2024.

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Daniel Esparza - Cécile Séveirac - publié le 17/11/25
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Une vingtaine de personnes ont été tuées le 14 novembre au cours d'une attaque terroriste contre un hôpital géré par des religieuses dans le village de Byambwe, au Nord-Kivu, en République démocratique du Congo. Un massacre de plus qui témoigne du long calvaire de ce pays enlisé dans la guerre et la violence.

Une attaque terroriste contre des civils a fait une vingtaine de morts vendredi 14 novembre dans la région du Nord-Kivu, située à l'est de la République démocratique du Congo (RDC). L’assaut, perpétré dans le village de Byambwe, visait un centre de santé administré par les Petites Sœurs de la Présentation. Les patients incapables de fuir ont été tués dans leurs lits, avant que le bâtiment ne soit incendié. Plusieurs femmes présentes dans le service de maternité ont péri dans les flammes, et des témoins rapportent que des nouveaux-nés ont été enlevés par les assaillants.

Les autorités locales et des responsables ecclésiastiques désignent les auteurs comme des membres des Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe allié à l’État islamique. Les ADF sévissent depuis des années dans le Nord-Kivu et l’Ituri, s’en prenant régulièrement aux villages, écoles, fermes et rassemblements de prière. La région souffre à la fois de tensions politiques internes et de dynamiques transfrontalières impliquant le Rwanda et l’Ouganda, malgré de récents efforts diplomatiques.

Le père Giovanni Piumatti, missionnaire italien ayant servi plus de cinquante ans dans le diocèse de Butembo-Beni, a confirmé les détails de l’attaque auprès de Vatican News. Parlant depuis l’Italie, il décrit un mode opératoire fidèle à celui des actions précédentes menées par les ADF. Selon ses informations, quinze personnes ont été tuées à l’intérieur de la clinique et cinq autres dans les environs immédiats. Les maisons autour du centre ont été brûlées après le pillage des fournitures médicales par les assaillants, qui étaient lourdement armés et se sont rapidement dispersés dans la forêt après leur passage à Byambwe.

"Ce qui est le plus tragique, au-delà du nombre considérable de victimes innocentes, c’est la manière dont ils tuent", déclare le père Piumatti. "Ils égorgent des civils, les décapitent… c’est horrible. Ici, ils ont tué des mères qui allaitaient leurs bébés. Ces massacres sont inimaginables et se produisent presque chaque semaine. Beaucoup ne sont jamais signalés."

Série d'attaques meurtrières

Les combattants des ADF sont présents dans la région depuis au moins trois ans. Un certain nombre viennent d'Ouganda, selon le père Piumatti. "Ils attaquent sans distinction : sur les routes, dans les villages, dans les champs, pendant que les gens travaillent. Outre les meurtres, ils enlèvent des enfants et des jeunes pour les entraîner. Ils agissent souvent sous l'emprise de la drogue et droguent les personnes qu'ils kidnappent".

Le même réseau de militants serait à l’origine de l’attaque contre une église catholique à Komanda en juillet dernier, où plus de 40 fidèles ont été tués pendant un office. À la suite de cet événement tragique, le pape Léon XIV avait condamné la violence lors de l'audience générale du 30 juillet, offrant ses prières et appelant les dirigeants internationaux à prendre la mesure de la crise. La Conférence des évêques de France avait elle aussi réagi, exprimant son "émotion et sa profonde tristesse".

Des soins essentiels dans une zone reculée

Les sœurs qui géraient le centre de Byambwe assuraient depuis longtemps des soins médicaux essentiels dans une zone sans services fiables, principalement en matière d’accouchement et de chirurgie de base. Aucune d'entre elles n'est morte dans l'attaque, selon Vatican News. De nombreuses familles dépendaient d’elles comme leur unique source de traitement. Avec la destruction de l’établissement, elles s’efforcent désormais d’aider les survivants en plein air, en attendant qu’une évaluation des risques soit effectuée. Beaucoup de villageois demeurent déplacés, trop effrayés pour regagner leur foyer.

Alors que les prêtres locaux, les organisations humanitaires et les religieuses tentent de faire le bilan des disparus et de prendre en charge les blessés, Byambwe rejoint la longue liste de communautés à la recherche de sécurité et de stabilité dans une région marquée par les violences répétées.

La RDC est enfermée dans une spirale de violence dont les causes sont multiples et entremêlées. Plusieurs groupes armés sévissent à l'est du pays avec des revendications différentes allant de l'autonomie pour certains au contrôle des ressources minières pour d'autres. Les motifs ethniques et religieux des nombreux massacres perpétrés sont bien réels, comme ce fut le cas pour l'attaque meurtrière de Komanda en juillet. Au milieu des différentes forces qui se disputent le pouvoir, le gouvernement congolais est dans l'incapacité d'assurer la sécurité de ses citoyens et s'en trouve encore plus fragilisé. La communauté internationale ne semble pour le moment pas décidée à agir. Les appels incessants des Églises ou des ONG n'ont guère entraîné plus que des condamnations symboliques.

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