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Soudan : les évêques, bouleversés par la crise humanitaire, sortent de leur réserve

5 min de lecture
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Crédit : AFP

Des Soudanaises déplacées, ayant fui El-Fasher après la chute de la ville aux mains des Forces de soutien rapide (FSR), se tiennent devant leur abri de fortune dans le camp d'Um Yanqur, situé à la périphérie sud-ouest de Tawila, dans la région du Darfour, à l'ouest du Soudan.

À l’issue de leur assemblée plénière, le 14 novembre, les évêques du Soudan et du Soudan du Sud ont fait part de leur inquiétude face à la violence et à la crise humanitaire que subit leur pays miné par la guerre depuis avril 2023 et ont dénoncé de manière explicite la corruption des dirigeants.

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C’est un véritable cri de douleur qu’ont lancé les évêques soudanais face à la tragédie que traverse leur pays. Conflits armés, massacres de civils, famine, catastrophe naturelle, choléra… La situation, bien que peu médiatisée, est alarmante. C’est dans ce contexte que s’est tenue la Conférence épiscopale du Soudan et du Soudan du Sud, réunie à Malakal du 7 au 14 novembre autour du thème "Construire la paix, panser les plaies et renforcer l'unité".

"Après avoir prié, réfléchi et échangé sur la situation pastorale de nos deux pays, nous nous trouvons profondément préoccupés par les conflits dévastateurs continus et les accords de paix non respectés dans les deux pays", affirment les évêques, relevant une aggravation de la situation en 2025, dans un texte lu par le cardinal Stephen Ameyu Martin Mulla, archevêque de Djouba et président de l'épiscopat, le 13 novembre. "Il est alarmant que le dialogue ne soit plus perçu comme un moyen d’harmonie, de guérison, de réconciliation et d’unité. Au lieu de rechercher le dialogue, les intérêts égoïstes ont déclenché la violence, aggravant les crises humanitaires, la haine entre les communautés et les déplacements massifs de population", regrettent-ils.

Les évêques condamnent également les luttes de pouvoir entre factions politiques rivales ainsi que les graves violations des droits humains. Récemment, la maternité saoudienne de la ville d’El Fasher, dans le Darfour du Nord, a été la cible d’atroces exactions lors de la prise de la ville par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). 460 personnes ont été tuées et plus d’une vingtaine de viols ont été recensés le 26 octobre.

Crise humanitaire et corruption

Les évêques dénoncent également l'utilisation abusive des ressources nationales à des fins personnelles, alors que la famine touche une grande partie de la population. "Notre terre est riche en ressources, détournées par des individus pour leur luxe, créant des clientèles de partisans tandis que les populations souffrent dans une pauvreté extrême", affirment les évêques, sortant de leur réserve habituelle.

Selon un rapport de la Commission des droits de l’homme de l’ONU publié le 11 novembre après deux ans d'enquêtes, la corruption au Soudan du Sud est "systémique". "Notre rapport raconte l’histoire du pillage d’une nation : la corruption n’est pas accidentelle, elle est le moteur du déclin du Soudan du Sud", a déclaré la présidente de la Commission, Yasmin Sooka. "Les souffrances des civils sud-soudanais sont la conséquence directe du pillage éhonté des recettes publiques depuis l’indépendance en 2011". L’analyse des données officielles réalisée par la Commission montre que les recettes pétrolières du gouvernement ont dépassé à elles seules 25,2 milliards de dollars depuis 2011, une somme colossale pour l’un des pays les plus pauvres du monde. Pourtant, la corruption systémique et le détournement des recettes pétrolières et non pétrolières font que pratiquement aucun argent n’est affecté aux services essentiels.

Le 13 novembre, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres publiait un message sur X faisant part de sa "profonde préoccupation" par la situation au Soudan. Il dénonce les "atrocités massives et les violations flagrantes des droits humains à El-Fasher" ainsi que "l’aggravation de la violence au Kordofan et dans d’autres régions du Soudan". Il exige l’arrêt des livraisons d’armes et demande aux dirigeants de parvenir rapidement à "des mesures rapides et concrètes vers un règlement négocié".

L’OMS observe de son côté une "montée de la malnutrition, qui affaiblit le système immunitaire et rend les personnes plus vulnérables aux maladies comme le choléra ou la malaria". Selon l’organisation, "le choléra se répand particulièrement rapidement" à cause du manque d’accès à l’eau potable.

Proximité spirituelle

Les évêques soudanais ont enfin adressé un message de soutien à leurs fidèles. "Nous vous assurons que nous partageons votre douleur et votre souffrance et que nous sommes déterminés à poursuivre notre plaidoyer en faveur du dialogue, de la réconciliation, de la guérison, de l'unité et de la paix, tant auprès des dirigeants politiques qu’auprès des communautés locales." Ils souhaitent que leurs "églises deviennent des sanctuaires d'espérance, où chacun puisse trouver guérison, unité et force".

Début septembre, lors de l’Angélus, alors que le village de Tarsin, dans le Darfour, venait d’être enseveli par un glissement de terrain causant près d’un millier de morts, Léon XIV s’était dit "proche de la population soudanaise", assurant prier "pour toutes les victimes", notamment les familles, les enfants et les personnes déplacées. "J’adresse un appel vibrant à tous les responsables et à la communauté internationale, afin que soient garantis des couloirs humanitaires et que soit mise en œuvre une réponse coordonnée pour arrêter cette catastrophe", avait demandé le Pape. "Il est temps d’ouvrir un dialogue sérieux, sincère et inclusif entre les parties pour mettre fin au conflit et restituer espérance, dignité et paix au peuple du Soudan", avait-il exigé.