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Ces convertis envoyés pour nous convertir

Ces convertis envoyés pour nous convertir
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Benoist de Sinety - publié le 16/11/25
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<em>Sur le chemin de Noël, puis de Pâques, les catéchumènes découvrent des rites et des traditions parfois déconcertants. Plus encore, avertit le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, ils sont confiés pour nous convertir. </em>

Les brumes de novembre ont du mal à atténuer la lumière d’un été indien qui caresse encore bien des régions de notre pays. Les places de nos villes commencent à se transformer en décors de Noël et les vitrines des magasins allèchent le chaland par les dernières promotions. Les vendredis noirs d’avant l’Avent n’ont rien à voir avec celui qui précède Pâques sinon qu’ils lui donnent plus de force encore. Pour les catéchumènes qui cherchent à avancer à la suite de Jésus, ce sera l’une des premières fois qu’ils célébreront le Il est né le divin enfant au sein d’une communauté chrétienne. Ils installeront peut-être chez eux une crèche et poseront sur celle de leur église un regard moins curieux et plus familier. 

Des rites déconcertants

Du sapin à la paille de la mangeoire, ils découvriront des rites et des traditions qui, pour certains d’entre eux, leurs sont bien étrangers. Je pense notamment à ceux qui viennent de l’islam et qui sont souvent un peu déconcertés ou mal à l’aise avec nos représentations humaines d’un Dieu dans lequel ils croient sans avoir imaginés que son Amour puisse aller jusqu’à se révéler dans les traits et habiter la chair d’un homme. 

Il y a des différences immenses entre ceux-là et ceux qui viennent de milieux si sécularisés que la mention du divin y est devenue non plus interdite mais impensable. Certains viennent parce qu’ils veulent se rattacher dans ce monde si globalisé et si individualisé, à une entité qui leur donnera d’avancer plus sûrement. L’Église catholique ne tire-t-elle pas son identité de sa prétention à être universelle ? Les obsèques de François, le conclave et l’élection de Léon XIV ne sont-ils pas autant de manifestations de cette Église-monde dont les seules frontières, pour reprendre une formule célèbre, sont celles de la charité ?

Ceux qui nous sont confiés 

D’autres sont là par fidélité à un témoin du Christ (qui souvent n’eut pas conscience de la force du témoignage donné) dont ils ont croisé la route. Ils ne sont pas le fruit de nos calculs, de nos opérations marketing, de nos grands raouts coûteux et bruyants. Ils sont l’œuvre de Dieu. Et c’est ainsi qu’ils nous sont confiés et qu’ils paraissent aux sorties de nos messes ou dans l'événement qui leur donne la force de pousser une porte, d’entamer un dialogue. Oui, « confiés », car ils ne sont pas nôtres. Ils rejoignent nos routes mais sans pour autant se plier à la cadence de nos pas ni reprendre en cœur, mécaniquement, nos refrains. Ils ne viennent pas grossir des troupes fantasmées pour je ne sais quelle reconquête mythologique.

Ils interrogent nos pratiques, remettent en cause nos habitudes, balayent nos préjugés.

Ils se confient à ce qu’ils pensent être notre sagesse, s’imaginant souvent que nous sommes bien plus fidèles que la réalité. Ils ne veulent pas être nous, mais avancer avec nous. Ils ne nous demandent pas de leur expliquer leurs vies, mais de nous réjouir ensemble de cette Vie qui s’y révèle à chaque battement de cœur. Non qu’ils n’aient rien à apprendre : ils ont si soif. C’est plutôt la source de cette connaissance dont il ne faut pas les distraire. Le seul Maître, c'est le Christ. Cela ne nous réduit pas au silence mais nous remet à notre juste place, de disciples et de témoins, pauvres et petits.

Envoyés pour nous convertir

Ainsi confiés à nos communautés, ces hommes et ces femmes, souvent jeunes et avides de comprendre et de goûter, nous sont envoyés pour nous convertir. Ils interrogent nos pratiques, remettent en cause nos habitudes, balayent nos préjugés : leurs désirs nous renvoient aux nôtres, ou à leur absence. Nos guerres de sacristie et nos cambrures liturgiques s’y dévoilent à la lumière de leurs questions ingénues, pour ce qu’elles sont : les râles d’une mort à soi-même qui nous fait si peur. Les catéchumènes nous rappellent dans les feuilles mortes de l’automne que le printemps de Pâques jaillit toujours après les froidures hivernales.

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