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Sainte Marguerite d’Écosse, la vertu couronnée 

MARGARET

Sainte Marguerite d'Écosse.

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Anne Bernet - publié le 15/11/25
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<em>Princesse en exil, épouse d’un roi rude, Marguerite d’Angleterre, que l’Église fête le 16 novembre, transforma par sa foi un royaume encore barbare en terre de charité et de lumière. Éducatrice, réformatrice et mère exemplaire, elle fit du trône un autel de service et de pénitence. Sa couronne, plus que d’or, fut celle de la sainteté.</em>

La vie de certains saints atteint une telle perfection que l’on serait tenté de douter de leur biographe. Tel est le cas de Marguerite d’Écosse, fille du  prince Édouard d’Outre-Mer, prétendant malheureux à la couronne anglaise et d’Agathe de Hongrie, pays où l’exilé a trouvé refuge, s’est marié et a eu trois enfants. Rappelé dans sa patrie par saint Édouard le Confesseur, Édouard d’Outre-Mer meurt à Londres en 1057, laissant un fils, Edgar, héritier légitime de la couronne, et deux filles Christine et Marguerite, que leur extrême piété semble promettre au cloître. Ce sera en effet le destin de l’aînée, celui de la cadette sera tout autre.

En 1066, le Confesseur meurt et, nonobstant ses vœux, Edgar est écarté du trône, en raison de sa naissance en terre étrangère. La place, après la victoire de Hastings, est prête pour Guillaume de Normandie. Inquiet de la tournure que prend l’affaire, le Bâtard ne passant point pour tendre, Edgar, inquiet pour sa survie, s’embarque hâtivement, emmenant Marguerite.

Une rencontre décisive en Écosse

La nef qui les emporte vers la Scandinavie est drossée par une tempête vers la côte écossaise où elle aborde. Apprenant l’arrivée de ces hôtes, le roi Malcolm leur fait grand accueil. Est-ce tout à fait gratuit ? Écosse et Angleterre sont ennemies, mutuellement désireuses d’annexer le royaume voisin. Héberger l’héritier légitime d’Édouard, c’est s’assurer un moyen de pression sur Guillaume … Est-ce aussi la raison qui pousse Malcolm à demander la main de Marguerite, cette union assurant, en cas de disparition d’Edgar sans héritier, des droits à la couronne anglaise aux enfants à naître de ce mariage ? Des esprits peu romanesques le supposent, bien que Marguerite soit, dit-on, remarquablement belle. La princesse rêve-t-elle de vie consacrée ? L’on peut en douter car, à 24 ans, il y a longtemps qu’elle aurait pris le voile si elle l’avait voulu. Est-elle éprise de Malcolm, rustre des Highlands à peine frotté à la civilisation, au christianisme aux forts relents de paganisme ? Peut-être pas mais Marguerite s’est trouvée une mission : transformer l’Écosse en modèle idéal de royaume catholique et faire de Malcolm un roi selon l’évangile.

L’admirable est que la jeune femme va parvenir à ses fins. Conscient de l’intelligence de son épouse, de ses qualités politiques, admiratif aussi, quand même, de ses vertus, Malcolm ne tarde pas, en effet, à lui abandonner la conduite des affaires de l’État.

Une reine réformatrice et sainte

Marguerite règne, et s’en cache à peine, mais donne aussi deux filles et six princes à l’Écosse, qu’elle élève en vue d’en faire des souverains exemplaires. Les affaires même de l’Église deviennent de son ressort. Clergé et épiscopat écossais sont lamentables, c’est fréquent à l’époque, dissolus, ignorants, simoniaques, donnant au peuple, prompt à revenir aux mœurs païennes un fâcheux exemple. Marguerite remet son monde au pas, n’hésitant pas à imposer à ses sujets, sous peine de lourdes amendes, voire de prison, le respect du carême, le jeûne, la pratique des sacrements. Ce serait intolérable si elle ne payait d’exemple, s’adonnant aux plus sévères pénitences, se privant de tout, se dépouillant pour donner aux pauvres, aumônière  infatigable qui voudrait soulager toutes les misères du pays. À son contact, Malcolm acquiert des façons de saint homme, on le canonisera d’ailleurs, ce qui ne l’empêche point de châtier les lairds qui ne prennent à leur aise avec l’autorité royale et s’imposer assez pour mettre un terme aux guerres privées qui désolent le royaume. Sur le conseil de son épouse, il transforme sa cour, y attirant poètes, musiciens, savants, philosophes, inaugurant la réputation de foyer d’érudition de l’Écosse. Il bâtit aussi, élevant la cathédrale de Durham et maints autres édifices religieux car Marguerite veut que Dieu soit vraiment honoré chez elle, qui, de son côté, fonde couvents, monastères et hospices. Le reste du temps, elle pleure ses péchés, notamment d’orgueil, ayant reçu le don des larmes, que Malcolm expérimente à l’occasion …

Le tableau, cependant, est-il aussi idyllique qu’on le prétend ? Malcolm respecte son épouse, l’admire, la vénère, mais sa ferveur tyrannique lui pèse et il demeure un domaine en lequel il ne veut pas la voir s’aventurer : la guerre. Or, à la suite d’une intrusion anglaise, Malcolm la déclare à Guillaume le Roux, successeur du Conquérant, et les supplications de Marguerite qui le conjure de chercher une solution négociée, lui promettant drames et désastres s’il persiste dans ses projets ne le dissuadent pas de partir …

Lorsque sa femme lui affirme qu’il ne la reverra pas vivante, il ne s’émeut pas davantage, croyant à un chantage affectif plutôt qu’à une connaissance surnaturelle de l’avenir. Il a tort. 

Fin octobre 1093, son mari et ses fils au combat, Marguerite tombe malade et annonce à son confesseur avoir la certitude de sa mort prochaine. Début novembre, il ne fait plus de doute que la reine va mourir ; elle s’y prépare en s’unissant sereinement aux souffrances du Christ en croix. La sienne, la dernière, l’atteint à quelques heures seulement de son décès lorsque l’un de ses fils revient du front pour informer de la défaite face aux troupes anglaises, comme Marguerite l’a prédit. La trouvant si mal, il n’ose lui avouer que son père et son frère aîné Édouard, sont tombés au combat et assure que tous deux se portent bien. Sa mère réplique : “Ne mentez pas ; je sais ce qu’il en est vraiment.” et ajoute : “Mon Dieu, je vous remercie de m’avoir envoyé à ma dernière heure une si grande affliction qui, je l’espère, par votre miséricorde, achèvera de me purifier de mes péchés.” Sur ces mots, elle rend l’âme en baisant le crucifix. On est le 16 novembre 1093.

Marguerite est la patronne de l’Écosse. Sauvées des dévastations de la Réforme, ses reliques se partagent entre l’Espagne, Rome, la Belgique et la France.

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