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“Mes parents ne donnent plus de nouvelles!”, comment réagir ?

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Axelle Senturk - publié le 15/11/25
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Quand les enfants quittent le nid, les liens familiaux se transforment. Si l’on remarque parfois le silence des jeunes adultes, il arrive aussi que les parents prennent leurs distances. Bénédicte Clément Devergne, médecin psychothérapeute, livre ses conseils pour mieux vivre ces changements parfois délicats.

Lorsque la maison se vide, les rôles évoluent : les parents, longtemps repères et éducateurs, deviennent témoins à distance. Les échanges s’espacent, les appels se raréfient et ce silence peut s’imposer comme une présence paradoxale, à la fois apaisante et douloureuse. Faut-il y voir un désintérêt, un effacement ou un respect discret ? Les parents, soudain dépossédés de leur mission quotidienne, cherchent à aimer autrement : sans envahir, sans contrôler, en laissant place à la liberté de leurs enfants.

Ce silence, pourtant, n’est pas sans retentissement. Derrière l’apparente autonomie, persiste chez l’enfant devenu adulte une attente muette : un mot d’encouragement, un signe d’attention, une preuve d’intérêt. Lorsque ces gestes se font rares, une sourde mélancolie s’installe, un sentiment d’être relégué au second plan, de voir la relation s’étioler. La pudeur empêche souvent d’exprimer ce manque, au nom d’une indépendance conquise. Mais le besoin de tendresse et de reconnaissance demeure.

Accompagner, soutenir, demeurer présents autrement

Pour le Dr. Clément Devergne, la mission parentale continue lorsque les enfants prennent leur envol. Être parent consiste désormais à être une présence discrète mais attentive, respectueuse et bienveillante, accompagner dans la prière. "Aujourd’hui, on vieillit plus tard et on est en meilleure santé. À 50 ans, on est encore en activité et on peut avoir ce besoin de souffler. La tentation peut être grande pour certains d’oublier que la parentalité, c’est pour la vie".

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Mais le rôle des parents est parfois relégué à celui de grands-parents. En effet, quand on est grand-parent, garder ses petits-enfants régulièrement, c’est un moyen de les voir grandir, de tisser des liens forts avec eux. "C’est aussi une façon d’aider concrètement ses enfants, en veillant bien sûr à ne pas devenir corvéable à merci." Le statut de parent passe ainsi au second plan. Pour mieux se comprendre, Bénédicte Clément Devergne recommande le dialogue : "Dans le couple comme ailleurs, le secret réside dans la communication et l’écoute des besoins de chacun."

Le lien adulte : une responsabilité partagée

Les parents, parfois retenus par la crainte d’être envahissants, n’attendent souvent qu’un signe pour oser revenir vers leurs enfants. "Il peut y avoir beaucoup d’inquiétude des parents d’être invasifs, explique le Dr. Clément Devergne. Parfois parce qu’ils ont eu eux-mêmes des parents trop présents, ou parce qu’ils ont eu des modèles de parents qui leur ont dit ‘ne soyez surtout pas invasifs’ ! C’est pourquoi je dis toujours aux parents : on est jamais invasif quand on formule une demande et qu’on laisse cette liberté à l’autre de répondre ’oui avec plaisir’, ou ‘non ça ne m’arrange pas’."

Avec le temps, la verticalité du lien s’efface au profit d’une relation plus horizontale, fondée sur le respect et la liberté. Ce nouvel équilibre se nourrit de régularité : un appel hebdomadaire, une rencontre mensuelle, une parole vraie partagée sans attente. Cette relation adulte, apaisée, devient alors un refuge dans les épreuves. "L’amour est patient, il est plein de bonté ; il ne cherche pas son intérêt, il n’entretient pas de rancune." (1 Co 13,4-5)

Il n’y a pas de parents idéaux et il n’y a pas d’enfants idéaux. Ce n’est pas possible, ça n’existe pas.

"Il n’y a pas de parents idéaux et il n’y a pas d’enfants idéaux. Ce n’est pas possible, ça n’existe pas", affirme Bénédicte Clément Devergne. "En revanche, comment peut-on faire en sorte que le lien persiste et comment peut-on faire en sorte que la vie intime des uns et des autres soit respectée ? Cela devient un lien d’adulte à adulte et non plus de parent à enfant."

"Il faut savoir crier son besoin"

Le silence des parents peut ainsi être une transition, un temps de transformation du lien. Reconnaître la blessure qu’il engendre, c’est déjà rouvrir la porte de la relation. Un simple appel, une parole, une prière commune suffisent parfois à restaurer le fil invisible qui unit les parents à leurs enfants. "Il faut savoir crier son besoin", explique le Dr. Clément Devergne. "Une demande n’est jamais dérangeante à partir du moment où elle est faite intelligemment et avec respect."

Quant aux parents, ils doivent apprendre à s’effacer tout en étant toujours là. "Dans les Évangiles, la Vierge Marie s’efface et pourtant elle est là", souligne Bénédicte Clément Devergne. "Elle est là, même au pied de la croix et même si elle ne comprend pas tout. Le rôle de la mère vieillissante, il est un peu là."

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