"Faites du cinéma un art de l'Esprit !", a exhorté le pape Léon XIV lors d'une audience accordée au Vatican à des réalisateurs, acteurs et producteurs du monde du septième art, ce 15 novembre 2025. Le Pape a fait l'éloge d'un cinéma capable d'émerveiller et d'élever l'âme, et a défendu les salles de cinéma, de plus en plus désertées, les décrivant comme des "lieux d'humanisation".

C'est devant un parterre de célébrités plus habitués des tapis rouges hollywoodiens ou cannois qu'aux fresques et marbres du XVIe siècle que le Pape s'est exprimé ce matin dans la Salle Clémentine. Les acteurs Monica Bellucci, Cate Blanchett, Chris Pine, Viggo Mortensen ou les réalisateurs Greta Gerwig, Spike Lee et Emir Kusturica avaient tous fait le déplacement pour venir rencontrer le premier pape américano-péruvien.
Le cinéma, ce n'est pas seulement faire bouger des images : c'est mettre l'espérance en mouvement !
Originellement, cette audience devait se tenir en février dernier dans les studios romains de la Cinecittà, mais l'événement avait été annulé après l'hospitalisation du pape François. Comme le pape argentin, admirateur de Fellini et Rossellini, Léon XIV n'est pas insensible au grand écran. Il a récemment confié que ses quatre films préférés étaient La vie est belle (1946) de Frank Capra, La mélodie du bonheur (1965) de Robert Wise, Des gens comme les autres (1980) de Robert Redford et La vie est belle (1997) de Roberto Benigni.
Devant ses hôtes, Léon XIV a exprimé "l'émerveillement qui se produit lorsque la lanterne magique du cinéma s'allume dans l'obscurité, [et que] les yeux de l'âme s'embrasent en même temps". Il a salué la nature "profondément démocratique" de cet "art populaire au sens le plus noble, qui est né pour tous et qui parle à tous".
Pour Léon XIV, le cinéma, "art jeune, rêveur et un peu inquiet", n'est pas qu'un divertissement, mais aussi une expérience qui peut aider "le spectateur à revenir à lui-même, [...] à revoir le monde comme si c'était la première fois". "Le cinéma, ce n'est pas seulement faire bouger des images : c'est mettre l'espérance en mouvement !", a-t-il insisté.
"Retrouver l'authenticité de l'image"
À l'époque "des écrans numériques toujours allumés", le Pape voit dans le cinéma une alternative permettant de "retrouver l'authenticité de l'image", "défendre la lenteur quand elle sert, le silence quand il parle, la différence quand elle provoque". Dans son discours, il a aussi apporté son soutien aux salles de cinéma, "lieux d'humanisation" aujourd’hui en danger, et a rendu hommage au "dévouement silencieux" des métiers de l'ombre de l'industrie cinématographique, "sans qui réaliser un film serait impossible".
Le Pape a ensuite encouragé les professionnels du grand écran à "se confronter dans leur art aux blessures du monde". "Donner la parole aux sentiments complexes, contradictoires, parfois obscurs qui habitent le cœur humain est un acte d'amour", a-t-il insisté, les exhortant à ne pas "fuir le mystère de la fragilité" de l'homme. "Que votre cinéma reste toujours un lieu de rencontre, un foyer pour ceux qui cherchent un sens, un langage de paix", a-t-il ajouté.
Léon XIV a ensuite cité le cinéaste David W. Griffith (1875-1948), géant du cinéma muet : "Ce qui manque au film moderne, c'est la beauté, la beauté du vent en mouvement dans les arbres". Une réflexion qui lui a évoqué l'Évangile de Jean : "Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va : il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit" (Jn 3, 8). Et il a conclu en les encourageant : "Faites du cinéma un art de l'Esprit !", les invitant à "montrer dans leurs films ne serait-ce qu'un fragment du mystère de Dieu".
Cate Blanchett : le Pape est "très inspirant"
"Ce que Sa Sainteté a dit a vraiment parlé à notre humanité commune", a confié Cate Blanchett à plusieurs journalistes, dont I.Media, à la sortie de l'audience. Elle a affirmé avoir trouvé « très inspirant » le discours du pontife, y voyant un appel à "raconter des histoires qui traversent les frontières". "Le cinéma n'est pas que du divertissement, cela doit donner une voix à ceux qui sont marginalisés, il ne faut pas s'éloigner de la douleur et de la complexité que nous vivons tous aujourd'hui", a-t-elle insisté.
Le réalisateur Spike Lee, connu mondialement pour ses films consacrés à la culture afro-américaine, a offert au pape un maillot des Knicks "avec le numéro 14", dont il est un fan inconditionnel. Il a rappelé que trois joueurs de cette équipe de basket-ball new-yorkaise avaient été formés à Villanova University (près de Philadelphie), l'université administrée par l'Ordre de Saint-Augustin, où le pontife a lui aussi fait ses études. "Avoir un pape américain, c'est énorme", s'est-il exclamé, tout en le félicitant pour son italien. "C'était très émouvant, il a parlé à nos cœurs", a-t-il conclu.










