<em>Comment l’Église distingue-t-elle les authentiques expériences mystiques des illusions ou des impostures ? C’est sur cette question cruciale qu’ont planché, entre autres, les participants du séminaire annuel du dicastère pour les Causes des saints, à Rome, du 10 au 13 novembre. Éléments de réponse.</em>
Comment distinguer les authentiques expériences mystiques des illusions et autres impostures ? C’est à cette délicate question que s’est attelé du 10 au 13 novembre le dicastère pour les Causes des saints lors d’un séminaire consacré à "la mystique et son rapport avec la sainteté". Pour le cardinal Marcello Semeraro, préfet du dicastère pour les Causes des saints, la mystique reste une "ressource indispensable" dans un monde marqué par "l’aridité scientifique et technologique". Néanmoins, a-t-il rappelé dans son discours inaugurant le séminaire, un saint n’est pas obligatoirement un mystique, et vice-versa.
Le docteur Massimo Gandolfini, neurochirurgien et expert médical du dicastère, a rappelé que l’Église rejette à la fois le "positivisme" — qui réduirait tout à la biologie — et toute posture "acritique" — qui ignorerait les enseignements de la science. "La foi n’est pas une alternative à la raison, mais sa racine", a-t-il souligné, citant Max Planck.
Soutenez Aleteia
Une étude rigoureuse des stigmates
Le docteur a notamment assuré que les stigmates, blessures de Jésus sur la croix observées sur Padre Pio ou saint François d’Assise par exemple, peuvent et doivent être examinées avec une grande rigueur. Les études médicales effectuées ces dernières années tendent selon lui à montrer que des plaies authentiques présentent des caractéristiques médicalement atypiques (absence de cicatrices, aspect toujours "frais"). Des spécificités qui permettent déjà d’écarter les cas où les plaies résultent d’une automutilation, qui provoque une certaine cicatrisation bien documentée.
Pour offrir une perspective plus spirituelle, le père Mihaly Szentmartoni, jésuite et universitaire d'origine hongroise, a rappelé le récit que fait Goethe dans son Voyage en Italie d'une enquête menée à la fin du XVIIIe siècle par saint Philippe Néri à la demande du Pape auprès d'une religieuse réputée pour des dons spirituels.
Attention aux faussaires
Se rendant au monastère sur son mulet, le saint italien passe par des chemins boueux. Une fois devant la pieuse femme, il lui tend une de ses bottes crottées pour qu'elle l'enlève. "La vierge sainte, délicate, recule en arrière et exprime en termes violents son indignation face à cet ordre". Philippe Néri se lève tranquillement, et rentre directement faire son rapport au Pape, qui est très surpris, s'attendant à une enquête approfondie. "Ce n’est pas une sainte, s’écria le religieux, elle ne fait point de miracles, car elle n’a pas la qualité essentielle, l’humilité", raconte Goethe.
Le problème n'est pas les mystiques mais la crédulité des gens.
Partant de cet exemple classique, le prêtre et consulteur théologien au dicastère pour les Causes des saints a souligné combien les faussaires "s'insèrent dans nos problèmes" en venant apporter des réponses à "nos croyances". Le jésuite a rapporté le cas d’une mystique dont on affirmait qu’elle avait "prédit" la démission de Benoît XVI — une interprétation qui relève en réalité d’un "déjà-vu", un phénomène médicalement documenté, où une personne croit revivre un événement. Souvent, "le problème n'est pas les mystiques mais la crédulité des gens", a-t-il déploré.
Mgr Felice Accrocca, archevêque de Bénévent, a pour sa part rappelé qu’un vrai mystique "ne sait rien de plus que les autres chrétiens, il le sait simplement différemment". Enfin, recevant les participants en audience ce jeudi, le pape Léon XIV a reconnu que certaines réalités mystiques "peuvent être trompeuses". Il a cité l’Évangile de Luc (6, 43-44) : "On reconnaît l’arbre à ses fruits". Un authentique événement de grâce divine "se manifeste par les fruits qu’il produit", a-t-il conclu, invitant à un discernement fondé sur le magistère, la théologie et la spiritualité.












