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Sous les doigts de Perrine, tisser la Création

Atelier Pétronille

Atelier Pétronille

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Hortense Leger - publié le 13/11/25
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<em><br>Toucher les cœurs par le Beau. Tel est le fil qui guide Perrine Bouzereau dans toutes ses créations. Jeune styliste de 22 ans, cette bourguignonne, qui partage ses réalisations sur son compte Instagram "Atelier Pétronille" depuis 2020, a décidé de mettre ses doigts de fée au service de la Création. Sept tenues et une collection, "Genèse", pour célébrer l'œuvre de Dieu.</em><br>

"Seigneur, dans tout labeur de mes mains, laisse une grâce de Toi pour parler aux autres, et un défaut de moi pour parler à moi-même", dit la Prière de l’artisan peintre d’icônes. À Meursault, au milieu des vignes dorées de Bourgogne, Perrine, 22 ans, a appris que la beauté naît souvent du travail des mains. Élevée dans une famille de vignerons, un univers où l’on cultive la patience, la précision et l’amour du geste juste, elle découvre la couture à l’âge de huit ans. Et cette passion ne la quitte plus. Chez elle, la vigne et l’aiguille se répondent dans un même labeur silencieux. "J’ai toujours eu besoin de créer avec mes mains, confie-t-elle. Petite, je faisais de la poterie, du dessin, de la couture avec ma maman… Un jour, j’ai même découpé les rideaux pour faire des robes !". Soutenue par ses parents, pourtant éloignés du monde artistique, Perrine suit des études de stylisme et de modélisme à LISAA, une école où elle découvre la force du collectif entre artisans du Beau. "Ce que j’ai aimé tout de suite, c’est que les étudiants venaient de partout. On partageait la même passion, au-delà de nos milieux ou de nos croyances."

Son univers, elle le partage depuis 2020 sur Instagram, sous le nom d’Atelier Pétronille, un clin d’œil à sa sainte patronne. Au départ, c’est un simple portfolio, un carnet de route créatif. Mais très vite, les commandes affluent. Perrine ouvre alors une auto-entreprise, en 2023, jonglant entre études, stages et créations sur mesure. "Je voulais que ce soit un espace libre, où je puisse partager sans me sentir contrainte par la pression des réseaux. Atelier Pétronille, c’est un peu ma respiration." Dans son atelier, les tissus s’empilent, les croquis s’éparpillent, et le travail se mêle à la prière. 

"Genèse", une collection offerte à Dieu

Pour sa dernière année d’école, en septembre 2023, Perrine doit concevoir une collection complète. Mais comment choisir, dans ce flot de possibles ? Un matin, dans la prière, une évidence s’impose : tout commence à l’origine. Ce sera Genèse. Sept jours, sept tenues : une collection pour retracer le récit de la Création du monde. "Je voulais offrir ce projet à Dieu, comme un grand "merci". Dire que tous les talents reçus viennent de Lui." Et puis Perrine, depuis petite, est touchée par cette nature qui l’entoure et qui lui parle de Dieu. Mais le défi est immense. Il faut traduire la lumière des premiers jours du monde, la naissance du ciel et des eaux, le souffle de vie… sans que ce soit mal compris par le jury. Perrine prie avant de commencer à coudre, parle à Jésus "comme à un ami", confie son travail à son ange gardien, qu’elle appelle tendrement Jean. "C’est Lui et moi, pas moi seule." Elle ouvre sa Bible, médite, esquisse. Son frère, séminariste, l’accompagne à distance : il lui écrit une lettre pour chaque tenue, éclairant de théologie chaque étape de la Création. "C’était très fort. Il priait, il étudiait, il me partageait ce qu’il découvrait. Cela m’aidait à ne pas rester à la surface des choses."

Genèse_Look_1
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Sur six tenues de sa collection, Perrine a cousu des "mains". Celles du premier artiste, Dieu. "Je voulais raconter le fait que Dieu est le premier créateur, et que nous, les artistes, nous bricolons avec ce que Lui a créé en premier. On ne fait que fabriquer de petites choses à partir de la seule œuvre véritable, la Création." Pour réaliser ces "mains", la jeune femme teste un grand nombre de peintures dorées différentes, et parcourt Paris à la recherche de la perle rare. ​​La première tenue évoque les anges, vêtus de plumes dorées. La dernière est composée d’un grand pardessus, la veste soleil, qui célèbre le repos de Dieu. Perrine y brode une grande frise, conclusion de cette semaine de Création, et, sur les manches, le texte biblique du septième jour, en hébreux. Au-dessous de la veste, le modèle porte une simple blouse d’artiste marquée de cinq tâches de peinture, représentant les plaies du Christ. Un sac à main, fait à partir d’une Bible, finalise la tenue, ainsi qu’une canne surmontée d’un globe terrestre, réalisée par son grand-père. "L’idée était aussi qu’un homme âgé, figurant Dieu, porte le vêtement. Je voulais montrer que la vieillesse permet la contemplation et correspond bien au septième jour de la Création, jour du repos de Dieu devant son œuvre.", ajoute Perrine. La jeune artiste se met donc à la recherche de son modèle. Le jour du shooting de la collection arrive, mais Perrine n’a personne. Un petit miracle se produit alors : c’est le propriétaire des ruines de l’église où le shooting a lieu qui accepte de poser pour elle. "Sa femme était une artiste. Il était très ému. Les vêtements lui allaient parfaitement. Ce jour-là, j’ai vraiment senti que le Seigneur avait tout préparé pour moi."

Genèse_Look_5
Genèse_Look_5

Le fil de la foi dans le tissu du monde

Pour Perrine, la mode et la foi ne s’opposent pas : elles se répondent. "Travailler dans la mode et être catholique, c’est possible, et même beau", souligne-t-elle. La jeune femme témoigne simplement de sa foi au cœur de ce milieu parfois méconnu. "Je n’ai jamais caché que j’étais catholique", confie-t-elle. "Cela intrigue plus que cela ne ferme des portes. Les discussions sur Dieu viennent naturellement, dans la confiance et l’amitié." Quand Perrine présente sa collection aux différents jurys de son école, en juin 2024, elle parle bien sûr de Dieu, mais tient à ne pas tout expliquer. "Il y a beaucoup de choses que je n’ai pas exprimées au jury. J’allais les effrayer je pense, ce qui n’était pas le but. Alors que le premier objectif est de toucher par le Beau."

Inspirée par sainte Thérèse de Lisieux, elle veut "mettre de l’amour dans les petites choses comme dans les grandes" et orienter son travail vers Dieu, comme une action de grâce pour les talents reçus. Convaincue que le Beau peut toucher les cœurs, même les plus éloignés de Dieu, elle voit dans son art un chemin d’évangélisation silencieux. Dans son regard, la mode n’a rien de superficiel : elle est une manière de servir la beauté de la Création. "Le corps est l’œuvre d’art la plus parfaite de Dieu. Travailler le vêtement, c’est aussi louer le corps, célébrer ce chef-d’œuvre fait à son image."

Genèse_Look_3_1
Genèse_Look_3_1

La suite, Perrine la dessine peu à peu. Après ses études, fin 2024, la jeune femme a décidé de faire une année de stage. Six mois chez une créatrice de robes de mariée et deux mois au sein de la maison Alaïa, juste avant la fashion week. Aujourd’hui, Perrine réfléchit. "Dans l’idée j'aimerais bien partir voyager avant de créer ma marque. L’aventure de l’entrepreneuriat est un peu folle, donc je veux prendre le temps de bien y réfléchir. Mais j’aimerais beaucoup que Atelier Pétronille se lance un jour." L'œuvre de Perrine en est encore à ses débuts, mais, comme les icônes, elle touche déjà les cœurs.

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