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Razzias, traite humaine, drogue… La poudrière du Nigeria

CHRETIENS-MASSACRE-NIGERIA-AED

Enterrement de chrétiens après un massacre au Nigeria, en décembre 2023.

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Jean-Baptiste Noé - publié le 13/11/25
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<em>Les menaces d’intervention américaine au Nigeria en raison de "massacres de chrétiens" sont-elles sérieuses ? Si le pays connaît d’incessantes attaques contre les chrétiens, analyse le géopoliticien Jean-Baptiste Noé, le facteur religieux n’est pas la principale cause des troubles que connaît le Nigeria, où la recrudescence de la traite humaine devrait davantage alarmer la communauté internationale.</em>

La litanie des attaques perpétrées au Nigeria est presque sans fin. Chaque semaine, des civils sont attaqués, des villages razziés. Si ce sont essentiellement des populations chrétiennes qui sont ainsi attaquées, le facteur religieux n’est néanmoins pas la cause première de ces atteintes. Pays d’Afrique le plus peuplé, avec près de 230 millions de personnes recensées, le Nigeria est un État fédéral composé d’une grande diversité ethnique, soumis à une instabilité humaine et politique majeure. 

Des attaques séculaires

L’essentiel des attaques qui frappent les Nigérians actuellement se déroule dans l’espace du plateau de Jos, au centre du pays, qui a toujours été une zone de confrontation entre populations nomades et sédentaires. Les populations Peul du nord, pour la plupart nomades et islamisées, conduisent des attaques séculaires contre les populations du centre du pays, christianisées avec l’arrivée des colons européens. Populations qui ont toujours trouvé refuge sur le plateau de Jos qui, du fait de son altitude, est une zone assez aisée de protection et de refuge. 

Si ces populations sont attaquées, ce n’est pas tant parce qu’elles sont chrétiennes que parce qu’elles ne sont pas musulmanes. Ce faisant, elles peuvent être réduites en esclavage et vendues sur les routes de la traite. Une pratique là aussi séculaire, qui fut arrêtée à l’époque coloniale et qui a repris depuis les années 1970, avec une accélération récente depuis l’effondrement de la Libye. Les populations razziées sont ainsi acheminées vers le nord, soit vers le Niger, soit vers le Tchad, avant d’aboutir dans les marchés aux esclaves de Libye. De là, elles franchissent la Méditerranée en utilisant les routes migratoires et les facilités offertes par les mafias italiennes. Naples devient ainsi l’un des débouchés des routes migratoires. Des populations qui servent soit dans la prostitution soit dans les travaux de force.

Les routes de la traite

Ces routes de la traite bénéficient à l’ensemble des populations africaines qui en sont partie prenante : chauffeurs de taxi qui assurent le transport d’un village à l’autre, moyennant quelques billets, tenanciers d’hôtels et de camps, vendeurs à la sauvette, pour qui les hommes de la traite sont des clients réguliers. La traite fait vivre toute une économie parallèle et implantée, et pas seulement les chefs qui la conduisent. 

C’est pourquoi l’annonce de Donald Trump de mener une opération militaire pour faire cesser les attaques est absurde. Aucune attaque militaire ne pourra faire cesser une activité séculaire qui profite financièrement à des milliers de personnes, au Nigeria, mais aussi au Niger, au Tchad et en Libye. Ce ne sont pas des attaques planifiées par des chefs que l’on pourrait éradiquer, mais une violence réticulaire et imprégnée dans le tissu social et économique de la bande sahélienne. Toutefois, les propos du président américain ont un avantage, celui de faire parler de ces attaques et donc de les placer sous les feux de l’actualité en les sortant de l’indifférence où elles se trouvent depuis longtemps. 

Une criminalité organisée et mondiale

Si la grille de lecture christianisme/islam est commode, elle se révèle fausse dès que l’on creuse les causes des attaques au nord du pays. Mais elle est encore plus fausse pour peu que l’on s’intéresse aux activités criminelles de la partie sud. Ici, les populations sont majoritairement chrétiennes, notamment les Ibo et les Yoruba. C’est pourtant depuis ces États que se déploient des réseaux criminels qui ont aujourd'hui leurs assises en Europe et aux États-Unis, dont le plus célèbre est la Black Axe confraternity, dont l’assise est l’État d’Edo. Des syndicats du crime intimement liés au rite vaudou en plein essor dans le sud du Nigeria, pourtant christianisé. 

Conjuguant traite humaine, trafics de drogue et prostitution, ces réseaux sont désormais solidement implantés en Europe, notamment à Marseille, où leur violence s’exerce à l’encontre des réseaux plus anciennement installés, notamment comoriens et algériens. Ici, la prostitution est exercée par des femmes, à l’encontre d’autres femmes issues de leur famille élargie, venue en Europe attirées par de fausses promesses. Des femmes psychologiquement tenues par les rites vaudou, dit "juju" au Nigeria ; rites que doivent pratiquer ceux qui intègrent les réseaux criminels, mêlant rite du sang et sorcellerie. Ce qui n’empêche pas les mêmes personnes de fréquenter également les églises chrétiennes, qu’elles soient catholiques ou protestantes. 

Prise de conscience

Le haut degré de criminalité et de violence, bien que connu des chercheurs et amplement documenté, échappe encore aux décideurs politiques, même si les polices européennes y sont de plus en plus confrontées. Si les propos de Donald Trump permettent une prise de conscience du danger que représentent ces réseaux criminels, ce sera un premier gain, pour les pays d’Europe et pour le Nigeria. 

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