separateurCreated with Sketch.

Mgr Benoît Bertrand : “L’éducation est l’affaire de tous”

Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise.

whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Mathilde de Robien - publié le 13/11/25
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
<em>Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise et vice-président de la Conférence des évêques de France (CEF), accompagne le projet de travail des évêques sur l’éducation qui s’étalera sur trois ans. "L’Église veut s’engager, en partenariat avec la société, aux côtés des éducateurs", assure-t-il auprès d’Aleteia. Entretien.</em>

Le principe a été voté à l’unanimité lors de la plénière à Lourdes : les évêques de France sont tous d’accord pour s’engager dans un travail triennal sur les défis de l’éducation. Une réponse à l’appel du pape Léon XIV dans sa lettre apostolique Dessiner de nouvelles cartes d’espérance, qui invite notamment au dialogue entre les établissements catholiques et la société civile. Parmi d’autres sujets, l’assemblée plénière des évêques réunis à Lourdes du 4 au 9 novembre s’est longuement penchée sur l’éducation. Les évêques ont échangé avec Guillaume Prévost, le nouveau Secrétaire général de l’Enseignement catholique, ont fait un point d’étape dans la prévention et la lutte contre les abus dans les établissements, ont adressé un "message d’encouragement et de proximité" aux acteurs de l’Enseignement catholique et enfin ont voté pour la mise en place d’un travail triennal sur l’éducation. Un projet piloté par Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise. Il revient pour Aleteia sur le sens de cette démarche et la place que souhaite prendre l’Église, "en partenariat avec la société", dans le monde éducatif.

Aleteia : Quel regard posez-vous, en tant qu’évêque, sur le monde éducatif ?
Mgr Benoît Bertrand : Lors de nos visites pastorales, de nos rencontres, nous entendons, en tant qu’évêques, beaucoup de préoccupations, de questions autour des questions éducatives, du côté des parents, des familles, des enseignants, mais aussi des élus, de la pastorale des jeunes… L’école a des défaillances, notamment en ce qui concerne les abus dans certains établissements, mais en même temps, nous sommes les témoins édifiés de beaucoup d’engagements enthousiastes, d’expériences nouvelles, du point de vue éducatif, dans les quartiers, les patronages, les lieux de réinsertion, le scoutisme, les paroisses, les écoles… Des lieux où les jeunes sont acteurs et où les éducateurs ont foi en l’éducabilité.

Comment les évêques peuvent-ils s’engager aux côtés des éducateurs ?
L’éducation est un sujet transversal, qui touche aussi bien aux questions d’anthropologie, à la santé mentale des jeunes, à la qualité d’accès à l’éducation qu’à la précarité de certaines familles. Et l’Église, en dépit de ses fragilités, riche de son expérience, veut s’engager, en partenariat avec la société, aux côtés des éducateurs. L’éducation est l’affaire de tous et de toute une vie. Charles Péguy disait : "Une société qui n’éduque pas est une société qui ne s’aime pas ; qui ne s’estime pas" ("Pour la rentrée" (1904), ndlr).

L’Église souhaite se situer comme partenaire des institutions civiles, des collectivités locales, des associations, et contribuer, avec elles, à servir la société.

Vous dites que l’Église veut s’engager "en partenariat avec la société". Comment ce partenariat peut-il prendre forme dans une société qui défend les principes de la laïcité ?
L’Église souhaite se situer comme partenaire des institutions civiles, des collectivités locales, des associations, et contribuer, avec elles, au nom de sa foi, à servir la jeunesse et la société. Nous démarrons une séquence de trois années, pendant laquelle nous allons nous mettre à l’écoute, des jeunes, des parents, nous allons dialoguer avec des experts, des personnes engagées dans le monde de l’éducation. L’objectif est de travailler en collaboration, dans l’écoute, dans le dialogue. Nous voulons conjuguer "l’enracinement chrétien et l’ouverture à tous", comme le souligne le message d’encouragement que nous avons adressé aux acteurs de l’Enseignement catholique. Un projet que nous lançons pendant cette année sainte, c’est un signe magnifique !

Qu’est-ce qui a été le déclencheur de cette mobilisation des évêques pour l’éducation ?
Lorsque la Présidence de la Conférence des Évêques de France a rencontré le pape François le 18 décembre dernier, le Pape a eu ces mots : "L’Église en France est spirituelle et créative, qu’elle le demeure !". Nous avons pris pour ainsi dire la phrase au bond et avons décidé de nous engager dans une telle démarche. Et lors d’un échange avec le cardinal Jean-Marc Aveline, Mgr Vincent Jordy et moi-même (la Présidence de la Conférence des évêques de France, ndlr), nous avons estimé qu’il était crucial pour notre société d’aborder ce sujet. Nous en avons parlé au Conseil permanent et avons souhaité qu’il y ait un accord de principe de l’ensemble des évêques sur ce sujet, d’où sa présentation à l’assemblée plénière à Lourdes, qui a été suivie d’un vote à l’unanimité en faveur de cette démarche.

Le grand défi de l’éducateur est d’aider les jeunes à aimer ce monde que Dieu nous donne à aimer.

Quelle expérience l’Église a-t-elle en matière d’éducation ?
L’Église est riche de figures de sainteté et de modèles d’éducateurs. Elle peut s’appuyer sur l’expérience séculaire des congrégations religieuses, nous avons les salésiens, les jésuites, les lasalliens… La récente lettre apostolique du pape Léon XIV nous encourage justement à utiliser les charismes éducatifs. Dans cette même lettre, le Pape, lui-même ancien enseignant, invite à faire de l’intériorité, de l’unité, de l’amour et de la joie les points cardinaux de la mission d’éducation.

Quel message l’Église et les éducateurs chrétiens ont-ils à offrir ?
Dans un contexte où beaucoup de jeunes sont dans l’incertitude ou ont des craintes vis-à-vis de l’avenir, les éducateurs doivent être à l’écoute des jeunes et les accompagner pour qu’ils grandissent en humanité et sainteté avec un regard aimant, bienveillant sur le monde d’aujourd’hui. Don Bosco disait : "L’éducateur ne gémit jamais sur son temps". Le grand défi de l’éducateur est d’aider les jeunes qui lui sont confiés à aimer ce monde que Dieu nous donne à aimer. Si les éducateurs posent sur le monde un regard empreint de pessimisme et de morosité, je ne pense pas qu’ils puissent répondre à l’intuition de don Bosco. "Les vrais, les seuls regards d'amour sont ceux qui nous espèrent, qui nous envisagent au lieu de nous dévisager", disait Paul Baudiquey (prêtre du diocèse de Besançon mort en 2001, ndlr).

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !