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Rassurer les victimes, sécuriser les terrasses, protéger les civils, secourir les blessés… Les policiers de secours étaient les premiers à intervenir sur chaque site des attentats du 13 novembre 2015. Ils ont agi dans l’urgence, sans préparation et souvent de matériel adapté. Ils avaient peur comme tout le monde mais ont mis leurs émotions de côté pour secourir les autres. Dix ans après, Yvan Assioma, responsable Île-de-France du syndicat Alliance Police nationale, a décidé de prendre la plume pour leur rendre hommage dans son ouvrage Nous avons l'honneur de vous rendre compte... (ed. Fayard).
Il y a dix ans, il a mis en place une cellule de crise pour les policiers. "Durant toute la soirée et toute la nuit, nous recevions des appels des policiers qui rapportaient minute par minute ce qui se passait sur le terrain. Nous voulions être en lien direct avec nos collègues pour qu’ils ne soient pas seuls et ne se sentent pas abandonnés face à un événement d'une telle ampleur", se souvient-il pour Aleteia. Le nombre de morts et de blessés ne cessait d’augmenter. "On se demandait quand est-ce que ce terrible décompte allait s'arrêter. On avait aussi énormément d'appels de la part des familles de policiers qui étaient inquiets pour leurs proches. Notre hantise à tous était d'avoir un policier blessé ou tué. C'était comme une chape de plomb qui venait de s'abattre sur nous."
Secourir et protéger
Cette nuit, Paris bascule dans l’horreur. Le stade de France, les terrasses parisiennes, la salle du Bataclan sont attaqués par des terroristes. Si l’on a beaucoup parlé de la brigade de recherche et d'intervention (BRI), une troupe d'élite qui a mis fin au périple meurtrier et a neutralisé les derniers terroristes au Bataclan, et du RAID qui cinq jours après donnait l'assaut à Saint-Denis pour déloger les terroristes liés aux attentats de Paris, des dizaines de policiers de secours s’étaient également retrouvés en première ligne face à l’horreur de cette nuit. Agissant avec courage alors qu’ils n’étaient ni préparés ni équipés pour un tel événement, ces policiers primo-arrivants ont fait leur métier et sauvé des vies dans l’ombre des tragiques événements.
"Il était important pour moi de parler de ce qu'ils ont accompli ce soir-là à commencer par les premiers gestes de secours qui s’apparentaient à de la médecine de guerre avec très peu de matériel qu’ils avaient à l’époque", explique cet ancien officier de Paris et du Val-de-Marne. "Il y a dix ans, ils n'avaient ni trousse de secours ni de moyen de protection individuelle, ils sont intervenus totalement démunis. Ils n’avaient que leur force et leur courage."
Ce soir-là, ils ont mis en retrait leur propre existence au profit de celles et ceux qu’ils voulaient absolument secourir et protéger.
Ce sont donc des hommes et des femmes qui n’étaient pas "d’élite" dans l’image que l’on donne communément, mais des policiers de terrain, au service des citoyens, souvent en patrouille, en voiture, en surveillance. Dans un poignant récit, ils racontent, sans détour, ce qu’ils ont vu, entendu, ressenti et fait cette nuit où tout a basculé. "Au stade de France, au vu de la présence du président François Hollande, il y avait ce soir-là un service de police plus étoffé que d’habitude. On avait des collègues qui étaient à côté des explosions. J'ai le souvenir d'un policier, Ludovic, qui a été très touché psychologiquement par ce qui s’est passé. Il était à quelques mètres d'une des trois explosions et a été soufflé par celle-ci. En se retrouvant au sol, ce soir-là, il a cru qu'il allait mourir", se souvient Yvan Assioma. Et puis, il y a eu les six établissements parisiens qui ont été attaqués et des policiers qui ont essuyé des tirs des terroristes aux abords du Bataclan, puis en pénétrant dans la salle du spectacle pour sortir les blessés et leur prodiguer les premiers soins avant que les secours n’arrivent. "Ce soir-là, ils ont mis en retrait leur propre existence au profit de celles et ceux qu’ils voulaient absolument secourir et protéger", raconte Yvan Assioma.
Dans son ouvrage Julien, âgé de 35 ans en 2015, était brigadier-chef dans une Brigade d'Information de Voie Publique (BIVP) à la Direction de l'Ordre Public et de la Circulation (DOPC) à Paris. Il témoigne : "Une jeune femme dans la vingtaine s’est approchée de moi. Elle était terrifiée. Elle m’a pris la main, elle m’a supplié : “Ne me lâchez pas, je ne veux pas mourir.”" Sa collègue, Julie, à l'époque gardien de la paix, police secours, Paris 1er, âgée de 28 ans ajoute : "Durant tout le temps de mon intervention sur place et jusqu’à ce que la BRI neutralise les assassins, je me suis sentie en danger mais je me disais “je suis policière, faut y aller, faut tenir”. J’étais célibataire sans enfant, et sur le moment ma propre personne ne comptait pas, je voulais juste aider les gens, remplir ma mission de service public, rien d’autre". Et puis, il y a ces policiers, aux abords d’une des terrasses attaquées, qui malgré leur peur n’ont pas hésité à sauter littéralement sur un homme qu’ils croyaient terroriste car il ne voulait pas obtempérer et avait des fils suspects sortant de sa veste. Autant de moments, de peur extrême et de confiance fragile qui cristallisent l’humanité de la mission des policiers ce soir-là.
"S’ils ont été rattrapés par leurs émotions, leur professionnalisme reprenait vite le dessus. Cet accomplissement de la mission est encore très présent chez eux. Chacun d’entre eux m’a confié : "Ce n’était pas mon existence personnelle qui comptait mais celle des autres", rapporte Yvan Assioma, ajoutant que beaucoup pensent aux victimes de cette nuit.
La menace terroriste existe toujours
Pour lui, "on se doit d'avoir un devoir de mémoire envers ces policiers qui agissent tous les jours. Et ce jour-là, ils ont été au-delà de leurs capacités. Ils se sont tous transcendés dans l'accomplissement de leur mission." Alors que la France se remémore cette terrible soirée, Yvan Assioma précise que bien que son livre parle des attentats du 13 novembre, il peut tout à fait sortir de sa temporalité. "Il parle à tous les policiers et à tous les gendarmes qui sont déjà intervenus sur les attentats quel que soit le territoire national."

Depuis, les policiers en France ont pris plus conscience que leur métier était de plus en plus dangereux. "Ce sont les policiers de police de secours qui essuient les plâtres, qui arrivent sur des interventions sans vraiment savoir réellement ce qui se passe. C'est-ce qui fait toute la différence entre un policier du quotidien et un policier d’une troupe d'élite tel que la BRI ou le RAID", note Yvan Assioma, ajoutant que la police a payé un lourd tribut dans les années qui ont suivi le 13 novembre. "Quasiment chaque année, il y a eu un policier mort : le double assassinat du 13 juin 2016 à Magnanville, le commissaire de police Emmanuel Grout décédé dans l'attentat de Nice le 14 juillet 2016, la mort du policier Xavier Jugelé le 20 avril 2017 sur les Champs-Élysées, Arnaud Beltrame mort égorgé le 24 mars 2018 à Carcassonne, l’attaque de la préfécture de police de Paris le 3 octobre 2019 qui a causé la mort de quatre policiers… La liste est longue. Les policiers sont souvent la cible des terroristes."
Dix ans après, Yvan Assioma prévient que la menace terroriste existe toujours et les attaques sont malheureusement encore perpétrées sur le sol français. "Mais les policiers sont mieux équipés et formés, rassure-t-il. Il y a des formations TDM comme tuerie de masse mais aussi des formations de gestes de premiers secours. Notre institution a su tirer des leçons de ce qui s'est passé".
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