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“Sacré-Cœur” : on en redemande !

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Jean Duchesne - publié le 11/11/25
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Comment expliquer le succès du film "Sacré Cœur", ce long-métrage sans scénario ? Pour l’essayiste Jean Duchesne, d’autres figures de sainteté que la visitandine de Paray-le-Monial pourraient inspirer des "docufictions" en salle sur grand écran.

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Le film Sacré-Cœur a déjà suscité d’abondants commentaires s’efforçant d’expliquer son succès inattendu. On a parlé du soutien de médias dits conservateurs, ce qui semble avoir déclenché la censure d’une bien-pensance symétrique (laïcarde, mais aussi "catho de gauche"), laquelle aurait ainsi procuré une publicité involontaire. On a aussi évoqué un énième "retour du religieux", favorisé par une actualité anxiogène, ou dans le sillage de l’augmentation au printemps dernier du nombre des baptêmes de jeunes et d’adultes... Peut-être est-il possible d’aller un peu plus loin.

Les questions à se poser

Ce sera forcément en prenant quelques risques, et plus précisément en commençant par poser une question à laquelle il n’est pas de réponse fondée sur des données dûment recensées : d’où viennent les foules de spectateurs qui ont allés voir le film ? Quelles étaient leurs motivations, leurs attentes ? Ce qui amène à se demander ensuite : et maintenant ? Ou encore : quelles leçons en tirer ?

Il est probable que le public qui s’est pressé pour regarder Sacré-Cœur et qui a poussé à multiplier les séances (ou, comme dans le Gers récemment, à refuser de programmer le film) n’est pas en majorité celui des habitués des salles de cinéma. Donc ni ceux qui ne ratent jamais le dernier blockbuster avec stars internationales et force effets spéciaux, ni ceux qui s’intéressent plutôt aux œuvres "d’art et d’essai" et tiennent à découvrir leurs audaces.

Un public de non-cinéphiles

On peut donc dire que ce succès au box-office n’a pas fait de tort à l’industrie cinématographique et lui a même amené des non-habitués. Ceux qui ont tenu à voir Sacré-Cœur sont apparemment pour la plupart des croyants plus ou moins convaincus, jusque-là privés d’expressions culturelles de leur foi, obligés de la vivre en privé, voire en secret, ou au sein de communautés plus ou moins minoritaires ou marginalisées, ne la retrouvant en dehors que superficielle ou tronquée, dans les paysages (où croix et clochers restent incrustés), les musées et les "affaires" de toutes sortes où l’Église est impliquée.

L’obscurité de la salle de projection permet des émotions individuelles et anonymes, mais profondes et durables, et en même temps le phénomène a une dimension publique, voire sociale, en raison de l’affichage, des queues à l’entrée et des commentaires médiatiques. On comprend que l’événement crispe d’un côté ceux pour qui la laïcité interdit toute extériorisation de l’expérience religieuse, tandis qu’il détend de l’autre ceux dont la foi non seulement n’a rien à cacher, mais encore est avivée ou ranimée par le renouvellement perpétuel de ses présentations et formulations.

Le genre du "docufiction"

Cette créativité repose d’une part sur l’inépuisable fécondité du mystère de Christ (Ep 3, 8), qui autorise et même stimule une variété infinie d’approches. Et les innovations sont dues d’autre part à la diversité des charismes suscités par l’Esprit saint (1 Co 12, 7-11), en plus de ceux qui sont institués et en fonction des besoins du moment. En l’occurrence, Sacré-Cœur est un "objet" difficile à ranger dans une catégorie prédéterminée. C’est un "docufiction", avec des scènes de reconstitution (d’épisodes de la vie de sainte Marguerite-Marie Alacoque et de la Passion), des témoignages, quelques reportages et des enseignements donnés par des prêtres. 

Ce mélange ressemble fort à certaines émissions — que l’on peut voir (et revoir) — de la chaîne de télévision catholique KTO, comme par exemple Dans cinq heures, je verrai Jésus. Ce film récemment diffusé, du format désormais classique de 52 minutes, est consacré à Jacques Fesch. Ce jeune homme de bonne famille, assassin d’un policier au cours d’un hold-up raté, a été guillotiné en 1957. Mais il s’était converti et il est question de béatifier, en raison de l’audience qu’ont commencé à recevoir ses écrits de prison. 

Un film pas tout à fait comme les autres

La différence est que Sacré-Cœur dure plus d’une heure et demie, n’est visible qu’en sortant de chez soi et en achetant sa place, et fait parler. C’est aussi qu’alors que l’histoire moins ancienne de Jacques Fesch (son identification progressive au "bon larron" de Lc 23, 39-43) est moins bien connue et doit être retracée pas à pas, dans ce film pas tout à fait comme les autres, il n’y a pas de scénario (et c’est un paradoxe pour un spectacle offert au grand public) : les révélations dont la sainte a bénéficié sont présentées dès le début, et la suite explore quasi exclusivement leur impact actuel, sans complexes et bien au-delà de leur troublante crudité.

Notons qu’il n’y a pas la moindre référence aux utilisations politiques du Sacré-Cœur qui peuvent être déclarées "de droite" (voire "extrême") : dans la chouannerie contre-révolutionnaire, par les zouaves pontificaux papistes et nationalistes de 1870-1871, ou à la basilique de Montmartre, pour autant qu’elle est rétrospectivement associée à la répression de la Commune de Paris, qui n’en est pourtant pas la motivation originelle. Il n’est même pas fait allusion dans le film au cœur rouge stylisé et surmonté d’une croix que saint Charles de Foucauld arbore sur son vêtement sans offusquer aucune pruderie anticléricale.

Après la sainte de Paray-le-Monial

Le message que transmet sainte Marguerite-Marie et que le film décline sur tous les modes imaginables (au sens premier du terme) est que "l’amour n’est pas aimé, mais rien ne peut le décourager". La question qui se pose est de savoir si l’on peut se contenter de ce "coup", ou si d’autres tentatives du même genre sont à envisager, sans craindre de mêler, comme dans Sacré-Cœur et dans des proportions variables selon les sujets, des reconstitutions historiques (puisque la foi est reçue et se manifeste à travers des événements), des témoignages qui actualisent ceux des saints, et des catéchèses qui donnent les mots pour assimiler et partager.

On peut rêver de ce que donneraient des films qui ne racontent pas simplement, à la façon dont Rossellini ou Pasolini ont mis en scène François d’Assise, la vie d’Augustin d’Hippone, de Thomas d’Aquin, de John Henry Newman, de Jean-Marie Vianney, de Thérèse de Lisieux, d’Édith Stein ou de Mère Teresa... Ce qui a été fait à partir de la sainte de Paray-le-Monial peut sans doute l’être aussi en essayant de capter quelque chose du rayonnement aujourd’hui de ceux-là et de bien d’autres. Ce n’est pas une affaire de moyens ni d’argent, ni même de volonté, mais d’inspiration — à la grâce de Dieu.

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