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Comment faire de la liturgie des heures une “cathédrale de louange” ?

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Olivier-Marie Sarr - publié le 11/11/25
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De plus en plus de laïcs sanctifient leurs journées en s’unissant à la prière de l’Église par la liturgie des Heures. Abbé de l’abbaye bénédictine de Keur Moussa (Sénégal) dom Olivier-Marie Sarr, auteur de "Une cathédrale de louange" (Cerf), montre comment l’on peut sanctifier sa vie en structurant son temps autour du chant des psaumes.

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La liturgie des Heures est un immense trésor de l’Église. Elle est la prière ordinaire de tout chrétien qui est appelé à la célébrer pleinement au rythme des psaumes et nourrir ainsi sa vie spirituelle. Mais comment cette prière, longtemps réservée à tort aux prêtres et religieux, trouve-t-elle sa place dans un monde où tout va très vite et dans nos vies bien souvent bousculées ? Il est incontestable, en effet, qu’il existe une réelle difficulté d’harmoniser de nos jours une prière régulière dans une société profondément marquée par l’immédiateté, l’instant présent et la fragmentation du temps. 

Du temps pour ce qu’on aime

Est-ce qu’un laïc, loin du cadre porteur d’un monastère ou d’une communauté religieuse, ne pourrait pas prier l’office des laudes, du milieu du jour et des vêpres, en famille, entre amis ou collègues, ou bien seul, grâce à l’application de la liturgie des Heures qu’il a déjà téléchargée sur son téléphone portable ? 

D’un autre point de vue, y aurait-il un affrontement entre la liturgie des Heures et le temps ? On a généralement du temps pour ce qu’on aime et on se donne à ce qu’on aime ; on est présent (don et cadeau) à ce qu’on aime. Or réserver du temps pour le donner à Dieu, c’est comme prélever une réalité qui nous est chère pour la lui offrir. Dieu a toujours notre temps, mais la réciproque n’est pas toujours vraie. Dans ces conditions, comment arriver à inculquer cette notion d’amour, de temps, de don et de présence à nos contemporains dans leur quête d’une vie spirituelle dans un quotidien désacralisé ? 

Penser la liturgie des Heures de façon réaliste

Pour répondre à toutes ces questions, il faudrait tout d’abord penser à la liturgie des Heures de façon réaliste afin de mettre en lumière la manière dont le chrétien d’aujourd’hui pourrait parvenir à intégrer la prière horaire quotidienne dans son rythme de vie. Elle ne doit cependant pas être limitée à une approche pratique portant sur des adaptations de la forme de l’office ou des supports, numériques ou imprimés, y donnant accès. Elle doit se confronter d’une part à la conception actuelle du temps et à son accélération, et d’autre part au fait que cette forme de prière est loin de faire naturellement partie des exercices spirituels familiers aux chrétiens de rite romain. La messe apparaît comme la forme la plus courante de prière commune pour une communauté ou pour un groupe qui se réunit, même en semaine, et la prière "non sacramentelle" vécue par les chrétiens, seuls ou ensemble, est bien plus souvent l’adoration ou le Rosaire que la liturgie des Heures. 

Partout… et à toutes les heures

Il faut néanmoins admettre la très grande diversité de sa pratique aujourd’hui. En voici quelques exemples. En pèlerinage avec un groupe de laïcs en Terre Sainte, un prêtre les accompagne. Chaque jour, le départ a lieu assez tôt le matin, et le groupe a souvent l’occasion d’attendre leur accompagnateur qui arrive un peu en retard, avec un grand sourire, en disant : "Il ne m’arrive jamais de commencer une journée sans avoir dit les laudes. Ce n’est pas ici que je vais faire autrement…" Il a considéré comme un devoir absolu de dire son office, mais n’a pas envisagé de partager cette prière avec le groupe de laïcs qu’il accompagne.

Deuxième exemple : arrivée à la fin de sa journée de travail, cette fonctionnaire des impôts sort de son sac son smartphone et ouvre l’application liturgique pour dire les vêpres avant de quitter son bureau. Elle ne peut partager cette prière avec son mari incroyant, et cela a du sens pour elle de prier ainsi sur son lieu de travail. Le temps passé à traiter les dossiers qui lui sont confiés se trouve chargé d’un autre sens lorsqu’il est ainsi présenté à Dieu dans l’office du soir, en communion avec toute l’Église. Cela lui prend moins de dix minutes, mais ce bref moment marque l’ensemble de sa journée.

Membres d’une communauté de laïcs qui promeut la prière des heures en famille, ce couple et leurs quatre enfants se préparent à célébrer les vêpres. Les plus petits sont chargés d’allumer les bougies, pendant que les parents et les plus grands chantent un office adapté à la liturgie familiale. Lorsqu’ils avaient entendu parler de cette pratique, ce couple trouvait cela assez utopique et n’imaginait pas que ce soit possible ; mais ils ont tenté l’aventure et ont eu la surprise de voir leurs adolescents accepter une telle prière en famille, alors que la plupart de leurs amis s’y refusaient. 

Le temps de la gratuité et du don

Ainsi donc, l’un des buts de la liturgie des Heures est de sanctifier la journée et toute l’activité humaine. Elle sanctifie le temps qui passe en le consacrant, en l’offrant à Dieu. Par conséquent, sanctifier le temps, c’est le placer sous le regard de Dieu, l’envisager comme une histoire dans laquelle Dieu s’engage à nos côtés. Pour y arriver, la célébration de la liturgie des Heures nécessite une rupture, un arrêt temporaire des activités ou des conversations. Cette rupture ne constitue pas du temps libre, mais un temps libéré pour Dieu afin de donner du poids au temps, non pas dans le sens d’un remplissage, mais bien plus, en soupesant chaque instant, en lui donnant une certaine respiration, une sorte de présence pour un solide ancrage. 

Ce poids du temps offert pour la prière n’est ni mesurable, ni quantifiable. Il dépasse celui du temps de travail dont le temps libre — vacances et loisirs — veut se défaire. La différence est profonde, et il importe de bien la souligner. Il s’agit tout particulièrement d’un passage d’un temps du devoir, du travail à un temps de la gratuité et du don. Une telle dimension apporte un saut qualitatif dans le rapport entre la prière horaire et le temps. C’est seulement dans la gratuité que sont dépassées les catégories de devoir, de l’ennui et de la lourdeur, pour un rendez-vous avec Dieu. Pour honorer ce rendez-vous, il y a une condition : la liturgie des Heures est une ascèse et la célébrer au quotidien passe avant tout par un chemin de conversion. C’est une disposition intérieure préliminaire qui accompagne, conforte et soutient celui qui s’adonne à la prière des psaumes. 

Une rencontre intime avec Jésus

En définitive, si la liturgie est "source et sommet de la vie chrétienne" (SC 10), la liturgie des Heures a sans doute sa partition à jouer dans cette fécondité de la vie spirituelle des baptisés. Car elle est la célébration du mystère pascal et le signe de la présence du Christ dans son Église en prière. Par conséquent, il faut parvenir à convaincre nos contemporains que prier la liturgie des Heures, c’est faire toujours l’expérience des disciples d’Emmaüs (Lc 24,13-32), c’est être en chemin avec Jésus ressuscité, et sentir son cœur en feu en contact de sa Parole. La liturgie des Heures constitue donc une rencontre intime capable de transformer la vie même du baptisé en une « cathédrale de louange" au fur et à mesure que s’établit une certaine harmonie entre le temps, l’existence humaine et notre itinéraire de foi. Dans la liturgie des Heures, en effet, il s’agit de laisser la grâce développer, dans le temps long d’une vie, à travers cette forme de liturgie répétitive, les vertus essentielles à la vie chrétienne. À travers les limites d’un office, limite temporelle, mais aussi limites des conditions de sa réalisation, se construit cependant quelque chose qui est de l’ordre de l’éternité.

Pratique :

Une cathédrale de louange, spiritualité du temps dans la liturgie des Heures, Dom Olivier-Marie Sarr, Cerf, 2025, 190 pages, 20 euros.
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