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L’incroyable pèlerinage d’Ann Sieben à travers les 305 communes Saint-Martin de France

L’incroyable pèlerinage d’Ann Sieben à travers 305 communes Saint-Martin de France

Originaire du Colorado, aux États-Unis, Ann Sieben consacre sa vie à la "marche spirituelle".Après avoir traversé plus de 56 pays, l’Américaine a bouclé le 10 novembre son tour des communes françaises portant le nom de saint Martin. Un incroyable projet qui lui a pris cinq ans. 

5 min de lecture

Source: Ann Sieben

Ann Sieben a fait apposer le tampon officiel de chacun des 305 villages Saint-Martin sur un morceau de peau de chèvre qu’elle transportait, perpétuant une tradition datant de l’époque de Charlemagne.

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Visage radieux, sac sur le dos, Ann Sieben arrive enfin devant la cathédrale Saint-Gatien à Tours (où se reposent les reliques de saint Martin), entourée de dizaines de pèlerins de la Via Sancti Martini. Son grand projet touche à sa fin. Il y a cinq ans, cette pèlerine infatigable de 62 ans, ingénieure de formation, s’était lancé une mission audacieuse : relier à pied les 305 communes françaises portant le nom de Saint Martin. Jour après jour, elle a parcouru plusieurs milliers de kilomètres, à raison de 35 km par jour, reliant, d’un pas régulier et d’un cœur ouvert, les communautés françaises.

Plus de 56 pays parcourus à pied

Originaire du Colorado, cette Américaine a tout quitté il y a dix-huit ans pour consacrer sa vie à la marche spirituelle. En 2007, elle a pris une année sabbatique pour faire une pause dans sa vie et effectuer son premier pèlerinage : de Canterbury à Rome, sur la Via Francigena, jusqu’au tombeau de saint Pierre. Issue d’une famille catholique, elle confie à Aleteia tenir sa ferveur d’une grand-mère irlandaise. "Ma grand-mère faisait beaucoup de pèlerinages aux États-Unis, mais en bus. En voyageant à travers l’Europe, j’ai découvert un autre mode de pèlerinage, à pied. C’est plus simple, et ça m’a tout de suite parlé". Cette première expérience, fondatrice, la transforme à jamais et donne sens à toutes ses marches suivantes.

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Le pèlerinage est l’un des meilleurs moyens de tisser la paix entre les gens.

Depuis, Ann Sieben a quitté son travail pour devenir une pèlerine à temps plein. Célibataire et sans enfants, elle est consacrée depuis 2014 au sein de la Society of Servant Pilgrims, où elle renouvelle chaque année ses vœux. Un appel à la vie consacrée qu’elle a ressenti après avoir marché de Saint-Jacques-de-Compostelle jusqu’à la Terre sainte, en traversant l’Afrique du Nord. Au bout de six mois de marche, seule dans le Cénacle, elle a compris que sa vocation était de continuer à pèleriner. "L’objectif des pèlerins de la Société est de parcourir le monde en rencontrant les habitants, quels qu’ils soient, au-delà des distinctions de religion et de culture. Le pèlerinage est l’un des meilleurs moyens de tisser la paix entre les gens", explique-t-elle.

Depuis, elle a traversé plus de 56 pays, des Balkans à l’Espagne, du Mexique au Japon. En 2018, en découvrant qu’en France, saint Martin est le nom le plus présent dans la toponymie, plus que tous les autres saints, elle décide de traverser le territoire français en reliant entre elles les communes dédiées à ce saint du IVe siècle. Elle entame son projet en 2021 et marche chaque hiver. "L’été, il fait trop chaud. J'en profite pour me reposer et préparer mon pèlerinage qui dure en général trois mois car c’est la durée de mes visas. N’ayant plus de chez moi, je suis souvent accueillie par des amis ou par le diocèse de Denver. Et surtout, je prends contact avec les maires et les curés des communes où je dois me rendre pour m’assurer un logement, car je suis une pèlerine mendiante", détaille Ann.

"Ambassadrice" de saint Martin

À chaque étape, elle est accueillie par une petite délégation d’habitants, souvent six ou sept personnes, curieuses d’en savoir plus sur cette pèlerine intrigante. "Je me souviens qu’à Saint-Martin-de-Bréthencourt (Yvelines), une trentaine de personnes m’attendaient, et de petites affiches me souhaitaient la bienvenue. C’était très touchant", se rappelle-t-elle, ajoutant que chaque jour était pour elle une succession de rencontres inoubliables.

L’incroyable pèlerinage d’Ann Sieben à travers les 305 communes Saint-Martin de France

"Les gens sont toujours intéressés par mon voyage. En "ambassadrice" de saint Martin que je suis, je ne cesse d’expliquer sa vie. Pour moi, il est un héros plein de courage et de belles vertus qui parlent à tout le monde, croyant ou non. C’est un saint universel !"

Pour mieux se faire comprendre par les habitants et mieux témoigner de sa mission, Ann a appris le français. Elle maîtrise aujourd’hui la langue de Molière à merveille, ainsi que l’allemand, l’espagnol, l’italien et le portugais. "Je voyage beaucoup, et partout je dois nouer des contacts avec les habitants des villes que je visite. Il faut donc apprendre vite leur langue", sourit-elle. Dans chaque mairie visitée, elle a fait apposer sur un morceau de peau de chèvre qu’elle transportait avec elle le tampon officiel, perpétuant une tradition datant de l’époque de Charlemagne. Celui-ci arbore désormais plus de 300 tampons, de quoi rendre fière sa propriétaire. 

L’incroyable pèlerinage d’Ann Sieben à travers les 305 communes Saint-Martin de France
Ann Sieben avec les pèlerins de Via Sancti Martini devant la Cathédrale Saint-Gatien à Tours où se trouvent les reliques de saint Martin, le 10 novembre 2025.

À Tours, la veille de la fête de saint Martin, Ann confie ressentir une émotion partagée : "Je suis à la fois triste et heureuse. Mon grand pèlerinage est terminé ; j’aurais aimé continuer à marcher. Mais je suis aussi heureuse que ce soit fini, car c’est épuisant". Pourtant, son incroyable aventure ne s’arrête pas là. L’infatigable pèlerine prévoit de revenir en Europe prochainement avec un groupe de jeunes Américains pour marcher avec eux sur les traces de saint Martin, sur la Sancta Via Martini, de Saragosse, en Espagne, à Tours, en quarante jours, à raison de trente kilomètres par jour. Mais en attendant, elle s'apprête à fêter son saint préféré à Tours, le 11 Novembre, en compagnie d'autres pèlerins de saint Martin.