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11 Novembre, qui racontera leur histoire ?

6 min de lecture
JEAN-ETIENNE-RIME-TRIBUNE-ALETEIA.

Crédit : Aleteia

<em>Coordinateur de la Fraternité missionnaire des cités, notre chroniqueur Jean-Étienne Rime voit dans la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918 le souvenir de l’unité des peuples dans la défense du bien commun. Pour les jeunes des quartiers populaires, cette unité pour la même cause a un sens.</em>

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Septembre 1917, son avion s’écrase, il est blessé et demande à se confesser. Un aumônier lui donne l’absolution sous l’aile endommagée de l’appareil puis il tombe dans le coma. Quinze jours plus tard, il reprend connaissance mais il est amnésique. Son colonel lui raconte l’accident et l’officier demande à rencontrer le prêtre qui a reçu sa confession. Celui-ci refuse de lui rappeler les termes de leur échange puis, considérant que cela n’avait pas d’importance au vu de l’état du malade, il se ravise. Le blessé retrouva sa mémoire grâce à l’absolution reçue. Cet artilleur devenu aviateur pour repérer les positions de l’ennemi, écrivit son histoire, une histoire comme il y en a tant dans la grande histoire.

Qui racontera son histoire ?

Des témoignages de ce genre, qui les racontera à nos enfants, petits-enfants et les générations au-delà ? Cela risque de se perdre au fil du temps alors que le sacrifice de tant d’hommes de France a permis de sauver notre pays, ceux qui vécurent ou moururent dans les tranchées d’une guerre qui n’en finissait plus, toujours plus avaleuse de vies. Ce 11 Novembre célèbre ces jeunes, cette génération massacrée dans les corps comme dans les esprits pour défendre un idéal partagé.

On doit cependant se poser la question de la légitimité de cette célébration : doit-elle perdurer alors que l’on a oublié les trop nombreux conflits qui ont émaillé l’histoire de notre pays ? Devrait-on aussi ou en même temps commémorer la guerre de Cent Ans, celle de Sept Ans, Austerlitz ou Iéna et plus récemment la libération en 1944 ? 

Une guerre différente

La guerre 1914-1918 est différente. Pas une famille n’a été épargnée et il suffit de parcourir les villes et villages jusqu’à la plus petite commune pour retrouver ces listes sans fin de morts pour la France. Partout des morts à la guerre. Qui étaient-ils ? quelques soldats professionnels mais surtout des cultivateurs, imprimeurs, cheminots ou employés de banque, boulangers, ingénieurs, architectes, colporteurs… leurs noms sont inscrits dans le marbre ou le granit, une statue souvent religieuse surplombe le monument. Nous avons tous un ancêtre qui est tombé sous les balles ou l’obus d’un peuple ennemi hier, et ami d’aujourd’hui. Aucune guerre dans le temps de l’histoire n’a été aussi dramatique pour notre pays.

Il faut s’en souvenir par respect de ceux qui sont morts ou ont été blessés, ces gazés et ces gueules cassées. Ils ont haï la guerre et aimé leur pays, ils ont fraternisé dans la boue et le froid des tranchées et se sont engagés en pensant à leurs femmes et leurs fiancées, leurs enfants, leurs aînés et le peuple de France. Ils sont aussi venus de loin, très loin, de ce qui était l’Empire pour souffrir dans ces goulets infestés de poux en risquant mourir à chaque assaut.

Des années fondatrices

Il faut s’en souvenir, ce n’est pas un passé sans retour et nous voyons les frères d’armes de nos grands-pères se battre dans des tranchées identiques en Ukraine. Ils sont eux aussi de simples civils à qui l’on a donné un treillis et une arme pour se battre au front. Notre monde est incertain, qui aurait pensé que l’on revoit ces scènes de guerre ailleurs qu’au cinéma ?

Ces quatre années de conflit sont aujourd’hui des pages fondatrices de notre mémoire collective.

Il faut s’en souvenir tant cette période a constitué une page gravée dans notre histoire et continue à vivre dans les mémoires. Je pense par exemple à Gagny (Seine-Saint-Denis), où sur la place de l’hôtel de ville se trouve un taxi de la Marne, un de ceux qui conduisirent les soldats au front et contribuèrent ainsi à stopper l’avance ennemie et éviter l’invasion de Paris. Ce véhicule de collection est montré aux jeunes de la ville et rappelle l’engagement d’hier et surtout les raisons de la mobilisation, les valeurs, l’esprit d’un pays qui a décidé de se battre pour conserver ses principes de liberté. Nous avons besoin de ces symboles pour construire cet idéal de la nation. Ces quatre années de conflit sont aujourd’hui des pages fondatrices de notre mémoire collective.

Le jour de la saint Martin

Alors pourquoi ne pas en faire une journée de commémoration plus globale, une journée pour la paix ? La question a été posée par le prêtre d’un quartier de cette même Seine-Saint-Denis à qui l’on demandait une messe pour le repos de l’âme des soldats et civils morts pour la France. Les anciens combattants qui, bien sûr, n’ont pas connu les tranchées, ont refusé d’étendre les intentions : prier pour la paix, oui, mais il faut commémorer durablement l’armistice de 1918, qui a mis fin à ce conflit qui a touché toute la France, et au-delà — ce qui étaient alors les colonies. Picards et Angevins, Provençaux et Auvergnats se sont battus, Algériens et Marocains, Ivoiriens et Malgaches se sont battus ensemble et pour la même cause. Que de sens cette unité dans les quartiers populaires !

Cette unité autour des valeurs de la nation française est unique dans notre histoire et son analyse fait grandir les générations actuelles : se battre ensemble pour notre liberté, le respect et l’attention aux autres, le travail et la solidarité, la vie de famille et l’écoute entre les âges, les cultures, les religions tout cela motivait l’engagement de cette jeunesse sacrifiée de 1914 à 1918. Plus de cent dix ans après, ces poilus parlent encore à la jeunesse de France à la recherche de repères. Honorons ces témoins de l’histoire en ce jour où nous fêtons saint Martin, un soldat engagé, autre témoin de foi pour la France.