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[HOMÉLIE] La dédicace d’une église, signe de la sainteté du peuple chrétien

Basilique Saint-Jean-de-Latran.

Basilique Saint-Jean-de-Latran.

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Jean-Thomas de Beauregard - publié le 08/11/25
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Dominicain du couvent de Bordeaux, le frère Jean-Thomas de Beauregard commente les lectures de la fête de la dédicace de la basilique Saint-Jean-de- Latran. L’Église est toujours menacée de s’écrouler, mais elle possède les promesses de la vie éternelle si elle sait accueillir les forces nouvelles suscitées par l’Esprit saint à chaque époque.

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Lorsque le frère dominicain Jacques de Voragine (1230-1298) compose sa célèbre Légende dorée, où il raconte la vie des saints de toutes les époques, il achève son ouvrage par un chapitre sur la fête de la dédicace d’une église, comme un épilogue ecclésiologique à toute l’œuvre : ce que la vie des saints raconte, c’est l’édification de l’Église comme assemblée des saints, c’est pourquoi il convient de terminer le récit de leurs exploits par celui de la dédicace, c’est-à-dire la consécration et la bénédiction d’une église.

Le songe du pape Innocent III

On pourrait trouver cela étrange, tout comme il paraît étrange que la liturgie de l’Église attache tant d’importance à la célébration de la dédicace d’une basilique, fût-elle du Latran ! Le père Congar (1904-1995), célèbre théologien dominicain du XXe siècle qui fut un des artisans du concile Vatican II, était parfaitement fidèle à l’Écriture Sainte et à la théologie la plus traditionnelle lorsqu’il écrivait : "L’Église, ce n’est pas les murs, mais les fidèles." Si le souci patrimonial est légitime, un chrétien ne s’attache pas d’abord à des pierres, sans quoi l’Église risque, littéralement, de se pétrifier. Jésus lui-même semble relativiser l’importance du Temple de Jérusalem, qu’on peut bien détruire, puisque le vrai temple, qui est son corps, sera relevé en trois jours (Jn 2, 19).

L’édification conjointe du bâtiment-église et du peuple-Église aboutit dans une dédicace, c’est-à-dire une consécration à Dieu qui vient habiter le bâtiment et le peuple comme en sa demeure de prédilection.

Alors, la liturgie a-t-elle quelque motif de célébrer la mémoire de la dédicace d’une église ? Jacques de Voragine a-t-il quelque raison valable de conclure l’histoire des saints par le récit du rite de la dédicace d’une église ? Oui. Il suffit de songer au songe du pape Innocent III (1161-1216), qui voyait justement l’église Saint-Jean-de-Latran, dont nous célébrons la mémoire de la dédicace en ce dimanche, s’écrouler dans son cauchemar, avant que saint Dominique — ou saint François d’Assise, ou peut-être bien les deux, puisque leurs deux ordres naissants à l’époque rapportent tous deux ce récit — vienne soutenir à bout de bras l’édifice.

Reconstruire l’Église universelle

Le songe est éloquent, et le pape Innocent III qui hésitait à accepter la constitution de ces deux ordres nouveaux, jugés par certains trop novateurs, en conclut qu’il fallait accepter et encourager ces fondations. Le songe était clair. Le contenant — l’église-bâtiment — est l’image du contenu — l’Église-communauté. Et dans le cas d’espèce, la basilique Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de l’évêque de Rome, le pape, il est clair que la ruine du bâtiment symbolisait la ruine de l’Église tout entière, s’il est vrai que le charisme pontifical consiste à présider à la communion de charité de toute l’Église. Et Dominique comme François étaient envoyés par l’Esprit saint pour coopérer à la mission de reconstruire l’Église universelle.

On pourrait objecter que quelle que soit l’église dont on célèbre la dédicace, le soin apporté à l’église-bâtiment ne sauvera pas l’Église-communauté. Mais ne pas soigner le bâtiment manifeste a contrario la détérioration de la communauté qui y célèbre, et son manque de considération pour le Seigneur qui y est célébré. Il faut ici se garder d’un spiritualisme désincarné, qui mépriserait les apparences et n’accorderait aucune importance à la beauté du lieu où le Christ vient communiquer sa grâce d’une manière privilégiée. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, dans la tradition dominicaine, la visite canonique d’un couvent par le Provincial commençait par l’inspection de l’église, et plus particulièrement du tabernacle. C’est quelque chose comme cela qui provoque la colère de Jésus au Temple de Jérusalem, devant l’affront que font subir les marchands à ce qui devrait être le lieu où peuvent s’épanouir le culte de Dieu et la sanctification du peuple d’Israël (Jn 2, 13-22).

"L’auberge de Dieu"

Après tout, c’est dans l’église-bâtiment, cette "auberge de Dieu", que les saints au cours de l’histoire sont venus reprendre des forces par la célébration des sacrements, de la liturgie des heures et la prière personnelle, avant d’aller dans le monde pour édifier l’Église comme assemblée des saints. Et c’est dans l’église-bâtiment que cette assemblée des saints qu’est l’Église prend corps, lors de la célébration de l’Eucharistie, où nous devenons ce que nous recevons, le corps du Christ.

Sur ce fondement assuré, saint Augustin ne se privait pas, dans un sermon, de jouer en latin sur la proximité des termes ædificatio (édification) et dedicatio (dédicace). L’édification conjointe du bâtiment-église et du peuple-Église aboutit dans une dédicace, c’est-à-dire une consécration à Dieu qui vient habiter le bâtiment et le peuple comme en sa demeure de prédilection. On pourrait même y ajouter un troisième terme, deificatio (déification). L’édification est solennisée dans une dédicace, mais culmine dans une déification, c’est-à-dire pour un baptisé, d’une conformation radicale de son âme à Dieu, et par là, de toute sa vie.

Un rite de baptême

Le rite de dédicace d’une église est instructif. L’évêque préside, et commence dehors. Suivi par l’assemblée en procession, il fait trois fois le tour de l’église en aspergeant les murs extérieurs d’eau bénite. Puis, après avoir frappé trois fois sur la porte de l’église, il entre. Sur le sol, il inscrit les alphabets grec et latin qui forment ensemble une croix de saint André. Puis les reliques d’un saint sont déposées dans l’autel, et l’évêque scelle les reliques dans l’autel, avant d’asperger l’autel d’eau bénite, de l’oindre d’huile, puis de l’encenser. Enfin, la célébration de la première messe achève de consacrer l’église. Autrement dit, le rite de dédicace d’une église reproduit pour un bâtiment les rites du baptême pour le catéchumène, le tout s’achevant dans les deux cas par la célébration de l’Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne.

L’Église est toujours menacée de s’écrouler, mais elle possède les promesses de la vie éternelle, si elle sait accueillir avec gratitude les forces nouvelles suscitées par l’Esprit-Saint.

Tout cela, les dominicains le font évidemment lorsqu’ils dédicacent leur église. Mais il y a une particularité sur laquelle notre frère Bernard Gui (1261-1331) insiste beaucoup, en amont de la dédicace de l’église : alors que dans les monastères ou dans les églises diocésaines, c’est l’abbé ou l’évêque qui a le privilège de poser la première pierre de l’église, chez les dominicains, c’est à un laïc que revient ce droit. Pourquoi ? Parce que ce sont les laïcs qui financent la construction de l’église, bien sûr, mais plus encore parce que c’est au peuple chrétien qu’appartient l’église. Tout le rite de la dédicace ne vise qu’à une chose : la sainteté du peuple chrétien. Si "le Seigneur se tient debout sur un mur, une truelle à la main" (Am 7, 7), c’est pour que le ciment de la charité unisse les pierres vivantes que sont les baptisés en un temple saint.

Les promesses de la vie éternelle

Puisque nous célébrons la mémoire de la dédicace de la basilique Saint-Jean-de-Latran, il n’est pas inutile de revenir au songe d’Innocent III. Dans son cauchemar, la basilique s’écroulait. L’arrivée de Dominique et François permettait de transformer le cauchemar en rêve, puisqu’on évitait l’effondrement total et qu’on pouvait même commencer la reconstruction. La leçon est claire : l’Église est toujours menacée de s’écrouler, mais elle possède les promesses de la vie éternelle, si elle sait accueillir avec gratitude les forces nouvelles suscitées par l’Esprit saint à chaque époque, et si ceux qui incarnent ces forces nouvelles acceptent d’unir leurs forces dans la fidélité au pape.

Pratique :

Lectures de la fête de la dédicace de la basilique du Latran :
Ez 47, 1-2.8-9.12 ; 1 Co 3, 9c-11.16-1 ; Jn 2, 13-22

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