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Intégrité, communication, respect et excellence ! Telles étaient les "valeurs" revendiquées par la société Enron dans les années 2000. We work with customers and prospects openly, honestly and sincerely ("Nous travaillons avec nos clients et prospects de manière ouverte, honnête et sincère"), déclarait-elle sans sourciller en distribuant son Code of Ethics (64 pages !) à l’ensemble de ses salariés. Or, en octobre 2001, des mensonges comptables sont révélés au public : cataclysme… Deux mois plus tard, la septième plus grande entreprise américaine est en faillite. Cet événement devient emblématique du discrédit vis-à-vis des valeurs affichées par une entreprise.
Pourquoi s’intéresser aux "valeurs" aujourd’hui ?
En septembre 2025, l’union patronale du Var rassemble plusieurs milliers de dirigeants d’entreprises, de parlementaires et d’élus locaux sur le thème implicite des "valeurs de l’authentique" dans l’entreprise. On peut s’interroger sur les raisons d’un tel intérêt. Après la crise du début des années 2000, il s’agit en effet de comprendre comment des dirigeants entendent désormais sortir du déclaratif et incarner leurs valeurs. D’ailleurs, cette question n’intéresse pas seulement les dirigeants, mais tous les salariés.
Dès l’ouverture du salon, la présidente Véronique Maurel adopte un ton "parler vrai", exit "les discours ampoulés et le jeu d’acteurs": une valeur authentique suppose qu’on soit "aligné" avec ce qui se passe au quotidien dans l’entreprise. Elle contraste avec un scepticisme qui règne trop souvent dans le monde du travail que l’on juge dominé par un marché rapace, exclusivement motivé par le gain. L’authenticité s’oppose ainsi à la brutalité et au cynisme. Toute la question est de savoir si elle est vraiment nécessaire, ou si elle représente simplement un critère humaniste dérisoire.
Valeurs de l’éthique et valeurs de la performance ne sont pas interchangeables
Les Anglo-saxons ont tendance à promouvoir les valeurs éthiques pour leur efficacité : soyez juste avec les salariés, comme ça ils travaillent mieux. C’est souvent vrai, mais pas toujours. On peut rencontrer des managers autoritaires et même injustes… et efficaces. Passons. Le point clé est de comprendre que l’ordre de la performance constitue un ensemble de vraies valeurs, c’est-à-dire des qualités recherchées pour elles-mêmes : l’efficacité, l’innovation, l’agilité, l’adaptation sont des exemples de valeurs performantes, nécessaires à la vie économique. Les valeurs éthiques sont d’un autre ordre. Elles concernent la dignité de la personne : le respect, la justice, le courage, la maîtrise de soi…
Ces deux ordres, performance du résultat et dignité de la personne, sont essentiels pour des raisons différentes. C’est le rôle du manager et du responsable d’incarner un équilibre entre ces deux sphères. Ce qu’Enron a totalement ignoré.
Personne ne peut travailler sans "valeurs"
On cite souvent les valeurs préférées des nouvelles générations au travail : le sens, le pragmatisme, l’équilibre vie privée/vie professionnelle, la flexibilité, l’authenticité… Sont-elles vraiment différentes des générations précédentes ? Rien n’est moins sûr. Ce qu’on peut observer, c’est qu’elles ont toujours trait à la fois à la performance et au respect de la personne, au sens que l’on donne à sa vie. Cet équilibre entre éthique et efficacité dans le travail n’est pas seulement lié aux générations, c’est une question de fond pour tout homme et toute femme qui souhaite une vie professionnelle de qualité. Un contre-témoignage retentissant comme celui d’Enron n’y change rien. Toute personne a besoin d’aligner son activité sur ce qui est important pour elle. Certains ne trouvent pas dans leur travail les valeurs dans lesquelles ils se reconnaissent ou qui suscitent chez eux une forte adhésion. Il arrive alors qu’ils compensent ce manque par une activité privée qui correspond davantage à leurs valeurs personnelles. D’autres trouvent dans leur profession des conditions favorables à cet alignement. C’est évidemment une chance… dont ils ne se rendent pas toujours compte : près de la moitié des salariés aux États-Unis et au Royaume-Uni déclarent souhaiter quitter leur entreprise (Qualtrix 2022), parce qu’elle n’incarne pas adéquatement leurs valeurs personnelles ! On mesure par-là combien le rapport aux valeurs dans le monde du travail est une question existentielle qui ne pourra jamais être sous-estimée.










