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[REPORTAGE] À la rencontre des “pierres vivantes” de Terre sainte

Pèlerins de l'oeuvre d'Orient à Taybeh, village entièrement chrétien de Palestine.

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Cécile Séveirac - publié le 05/11/25
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Une dizaine de jeunes professionnels sont partis, accompagnés de l’Œuvre d’Orient, en pèlerinage en Terre sainte début novembre. Des collines de Galilée au désert de Judée, en passant par Jérusalem et Bethléem, ils ont rencontré les communautés chrétiennes locales et racontent un voyage marquant, vécu au cœur d’une région blessée mais porteuse de foi et d’espérance. Reportage.

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Lamia a cuisiné toute la journée. Lorsque ses invités d’un soir passent la porte, des plats traditionnels les attendent sur une grande table dressée pour l’occasion. Les hommes ont sorti leurs meilleures bouteilles de vin et chantent des prières en arabe au son de l’oud, luth oriental au timbre mélancolique. La doyenne de la maison ne parle pas un mot d’anglais. Seuls ses yeux pétillants témoignent de sa joie d’accueillir ces jeunes pèlerins français dans son village de Maghar, perché sur les collines de Galilée, au nord d’Israël. 

Embarqués par l’Œuvre d’Orient pendant une dizaine de jours, de jeunes professionnels âgés de 20 à 35 ans se sont lancés à la découverte de la terre du Christ du 25 octobre au 2 novembre. Arrivés quelques jours plus tôt à Jérusalem, sous un soleil encore chaud, loin de la fraîcheur automnale française, ils ont arpenté tambour battant les rues pavées de la Ville sainte. Mur des lamentations, Via dolorosa, Gethsémani, Saint-Sépulcre, tombeau de la Vierge… Le rythme est dense mais l’émerveillement au rendez-vous. "J’ai l’impression d’avoir déjà vécu trois semaines de pèlerinage !", s’étonne Mathilde, 28 ans, au début du séjour. Cette jeune juriste en entreprise est venue sur l’invitation d’une de ses amies et organisatrice, Caroline, tombée amoureuse de la Terre sainte après un volontariat sur place. Marcher dans les pas du Christ et des disciples a bouleversé la jeune femme. "Me rendre dans ces lieux dont nous parlent les textes bibliques a complètement transformé ma foi. Je ne relirai jamais les écritures de la même façon."

Arrivée au Saint-Sépulcre.

Geoffroy, 27 ans, voit dans ce voyage un moyen de mieux connaître le Christ… à qui il pourrait bien consacrer sa vie. Le jeune homme doit en effet commencer un discernement pour devenir moine cistercien. “J’avais envie de découvrir cette terre qui a porté le Christ”, confie-t-il. Marqué par la messe célébrée au point du jour dans le tombeau, le jeune homme décrit avec émotion sa perception du Saint Sépulcre. "Le Saint Sépulcre n’est pas comme Notre-Dame de Paris, désormais si blanche, si pure, toute parfaite, bref ce que l’âme aspire à être. Ici, c’est plus sombre, c’est en travaux à droite et à gauche, c’est un peu le bazar. C’est l’image de notre âme, en chantier, avec ses zones d’ombre, ses doutes, appelée à être une Jérusalem céleste."

Rencontre des “pierres vivantes” de Terre sainte

Au-delà de l'émotion suscitée par les lieux saints, c'est la rencontre avec les communautés locales qui a le plus marqué le groupe. Loin de se limiter à la seule visite des lieux saints, le programme a été pensé pour rencontrer les diverses communautés chrétiennes qui habitent la Terre sainte et y font rayonner la foi. "Ce voyage en Terre sainte est vraiment un appel à un nouveau type de pèlerinage", explique à Aleteia Nicolas Meslin, chef de projets service jeunes de l’association Œuvre d’Orient. "Le but n’est pas de visiter la Terre sainte comme si celle-ci n’était qu’un “musée” des lieux saints où le Christ est allé, mais de toucher du doigt la réalité des chrétiens qui continuent de faire vivre la foi ici."  Syriaques orthodoxes, syriaques catholiques, melkites… Cette rencontre des communautés, “pierres vivantes” de la Terre sainte comme les décrit Nicolas Meslin, se matérialise par des temps d’échange et de prière. 

Adélaïde, professeur, se dit très marquée par le séjour à Bethléem, où le mur qui se dresse avec ses multiples checkpoints et miradors sépare Israël de la Cisjordanie. "Voir le mur et comprendre tout ce que cela implique de souffrances pour les Palestiniens est quelque chose nouveau pour moi", confie la jeune femme de 27 ans. Hélie, le benjamin du groupe, ne cache pas non plus avoir été touché par le quotidien des Palestiniens de Bethléem. "Il est laid, ce mur. Je m’imagine, moi, à la place d’un habitant de Bethléem, grandir et vivre ici en étant bloqué par une construction en béton qui sépare deux peuples, entre l’endroit où le Christ est né et celui où Il est mort. C’est la représentation visuelle de la discorde", regrette le jeune homme de 20 ans. 

Mur de séparation à Bethléem.

Pourtant, malgré ce contexte oppressant, la résilience des chrétiens locaux impressionne. Charles, 29 ans, décrit quant à lui avec admiration le courage des communautés religieuses présentes partout en Terre sainte dans une société plus que jamais fragmentée par la guerre et la colonisation. "Malgré un contexte extrêmement tendu, elles arrivent à rayonner avec leurs différents charismes et à apporter une véritable lumière au milieu du chaos", témoigne le jeune homme. "Les chrétiens d’ici sont un exemple", estime quant à lui Hélie. "Ils nous montrent que le seul parti que nous devons prendre, quelles que soient les circonstances, c’est celui du Christ."

 Chute drastique des pèlerinages 

À Bethléem, à Taybeh, à Jérusalem ou en Galilée, les chrétiens témoignent avec force de cette foi qu’ils gardent depuis le passage de Jésus sur terre. "C’est la difficulté qui permet d’arriver au Ciel. Une vie de chrétien sans difficulté, ce n’est pas une vie de chrétien", témoigne ainsi F., père de famille grec-catholique du village de Maghar. "Nous sommes très heureux d’accueillir des chrétiens d’Europe ici et de pouvoir partager notre foi. Vous êtes un souffle d’espérance pour nous", résume quant à lui Bachar. 

Depuis la pandémie de Covid-19 et la guerre à Gaza, les pèlerinages en Terre sainte se sont en effet drastiquement raréfiés. Les tensions et l’instabilité dans la région ont conduit de nombreux groupes à annuler leur venue, privant ainsi les communautés locales d’un précieux soutien, tant spirituel qu’économique. En moyenne, près de 2 millions de pèlerins se rendent en Israël chaque année. Depuis le 7 octobre 2023, on compte 70 à 90% de visiteurs en moins. Cette absence se fait ressentir jusque dans les rues habituellement animées de Bethléem, où les commerces tenus par des familles chrétiennes peinent à survivre. Ici et là, des vendeurs se précipitent pour échanger avec les jeunes Français, d’autres tentent tant bien que mal de vendre leurs chapelets et leurs objets religieux. Dans la vieille ville de Jérusalem, tout comme dans l'enceinte du Saint Sépulcre, habituellement surchargés de monde à cette période de l'année, on circule avec aisance.

Artisan dans sa boutique à Bethléem.

En Terre sainte, de Jérusalem à Bethléem en passant par la Galilée, un seul mot jaillit sur les lèvres : “Revenez”. En août, le cardinal Aveline, président de la Conférence des évêques de France, a lui-même invité les catholiques de l'Hexagone à reprendre les pèlerinages. Mais si quelques-uns s'y aventurent, la reprise reste encore trop fragile et inégale. Le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères déconseille encore tout déplacement "non indispensable" en Israël et en Cisjordanie, ce qui inclut de facto les pèlerinages.

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