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"J’ai aimé ma mère dans mon enfance comme je n’ai jamais aimé et n’aimerai personne dans ma vie", confesse-t-il. Alors qu’en ce mois de novembre fleurissent les prix littéraires, tels des gerbes de chrysanthèmes au milieu des cimetières, Emmanuel Carrère vient de remporter ce mercredi 5 novembre 2025 le prestigieux prix Médicis du roman en français pour Kolkhoze, succédant ainsi à Julia Deck pour Ann d'Angleterre. Le prix Médicis du roman étranger a quant à lui été attribué à Nina Allan pour Les Bons Voisins. Enfin, dans la catégorie essais, Fabrice Gabriel a été mis à l’honneur pour Au cinéma Central.
Ce Kolkhoze, la presse s’en était largement fait l’écho les semaines passées, l’inondant d’attributs tels que "magistral", "délicieux", "romanesque", "intimiste"… Loin de lui les oubliettes ! Véritable fresque familiale, il retrace sur quatre générations la vie de la famille de l’auteur, qui parle en son nom. Avec au centre, la figure de sa mère, Hélène Carrère d’Encausse. Deux ans après sa mort, Emmanuel, son fils aîné, dresse un portrait sans complaisance de cette femme complexe. On sait bien que l’être humain est bourré de contradictions, mais elle semble en avoir fait une véritable ligne directrice. Fille d’immigrés, d’origine russe et géorgienne, celle qui n’a appris le français qu’à l’âge de cinq ans est devenue des années plus tard une figure incontournable du paysage culturel français, historienne spécialiste de la Russie, académicienne et secrétaire perpétuelle de l’Académie française, pour enfin recevoir après sa mort les honneurs de la République dans la Cour d’honneur des Invalides.
Mère affectueuse, grand-mère gâteau, conteuse fantaisiste et affabulatrice mais aussi épouse froide et femme parfois cruelle… Loin des Carrère monotonie et platitudes !
Dévoilant son intimité sans tomber dans la crudité, Emmanuel Carrère réussit à mêler son histoire à la grande Histoire grâce à un ton romanesque sans égal et à un humour savamment distillé. D’aucuns ont parlé de livre cruel sans être à charge. Car oui, le fils peut sembler cinglant. Et en même temps, le fils chéri adore sa mère à laquelle il doit ce qu’il est devenu. Mère affectueuse, grand-mère gâteau, conteuse fantaisiste et affabulatrice mais aussi épouse froide et femme parfois cruelle… Loin des Carrère monotonie et platitudes ! De son rapt raté par un aviateur afghan à la relation tendue avec son époux durant plusieurs décennies, de sa froideur à sa générosité, de ses mensonges nombreux à ses petits noms pleins de tendresse, Emmanuel Carrère nous donne à voir une femme qui a vécu, maladroitement, certes, mais pleinement : sa mère, le grand amour de sa vie.










