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Le congrès mission à l’épreuve du temps

ACCOR ARENA, Bercy

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Clément Barré - publié le 05/11/25
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Dix ans après son lancement dans sa forme actuelle, l’heure est au premier bilan du congrès Mission. Si son mouvement de "conversion missionnaire" a porté de bons fruits dans les paroisses, estime le père Clément Barré, il lui faut faire face aux réalités nouvelles qui se présentent à l’Église en France.

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Pour sa dixième édition, le congrès Mission voit grand en rassemblant, le week-end du 8 et 9 novembre, des milliers de chrétiens à l’Accor Arena, une des plus grandes salles parisiennes. Cet événement, à mi-chemin entre le Salon de l’automobile et les sessions d’été de Paray-le-Monial, était à l’origine une réponse à l’exhortation apostolique du pape François Evangelii Gaudium. Il s’est imposé avec le temps au milieu du paysage ecclésial français pour devenir un incontournable. Véritable forum où s’échangent les bonnes pratiques, les dernières tendances et les nouvelles idées de la vie ecclésiale, il se veut le laboratoire de la nouvelle évangélisation dans l’Église de France. Et s’il n’échappe pas aux polémiques, devenues inévitables pour un événement de cette ampleur, il est difficile de ne pas voir en même temps son succès et son utilité. Dans un paysage ecclésial qui se fragmente, il a réussi à rassembler presque toutes les tendances du catholicisme français, leur permettant de disposer d’un lieu pour coexister, se rencontrer et même se parler.

La conversion missionnaire

Le congrès Mission ne vient pas de nulle part. Il s’inscrit dans un mouvement théologique et pastoral œcuménique qui s’est propagé dans les anciens pays chrétiens sécularisés redevenus terre de mission. Ce mouvement que l’on peut nommer "conversion missionnaire" se fonde sur trois expériences venues du monde anglo-saxon : celle du prêtre catholique canadien James Mallon, mise par écrit dans son best-seller Manuel de survie à l’usage des paroisses, celle de la communauté baptiste de Saddleback en Californie conduite par son pasteur Rick Warren et ses fameux "cinq essentiels", et celle des parcours Alpha d’origine anglicane. La "conversion missionnaire" vise la transformation des structures ecclésiales par l’implication de tous les baptisés dans le processus missionnaire. Pour cela, elle n’hésite pas à faire appel à des méthodes et des ressources profanes venues notamment du monde de l’entreprise et du management. Ainsi se propagent partout dans l’Église des parcours de coaching, de transformation des institutions, de développement personnel dont les fondements idéologiques renvoient clairement à la culture capitaliste de l’entreprise. C’est ainsi que l’on a vu fleurir dans de nombreuses paroisses les "visions pastorales", les "projets pastoraux", les "processus de croissance" et tout un tas d’innovations destinées à renforcer la conscience missionnaire des communautés.

Dix ans après, un premier bilan

Le coach est aussi devenu une figure incontournable de la vie de l’Église. Il est présent partout : dans les monastères, les séminaires, les conseils presbytéraux, les paroisses. Parmi les intervenants annoncés du Congrès, on dénombre plus d’une douzaine de coachs. Des presbyteriums entiers conduits par leurs évêques assistent à des formations imaginées par des réseaux de coachs chrétiens heureux de trouver une nouvelle clientèle. Peu à peu, le soin des âmes fut remplacé par le leadership et les prêtres troquèrent leur goupillon pour des post-it.

Alors que le congrès Mission arrive au cap fatidique des dix ans, il est bon de pouvoir dresser un premier bilan de ce mouvement de conversion missionnaire dont il est la tête de gondole. Il faut déjà relever les bons fruits :  il a permis un vrai renouveau dans certaines communautés et chez de nombreux fidèles qui ont redécouvert l’exigence missionnaire chrétienne et ont pu ainsi s’engager dans l’annonce de l’Évangile. Par des parcours de transformation missionnaire, des communautés ont été renouvelées dans leurs missions et ont pu sortir d’une forme de routine qui consistait à gérer le déclin inévitable du christianisme. Ces parcours ont pu redonner une espérance et un dynamisme à un catholicisme parfois trop sclérosé et replié sur lui-même dans la conscience de son inévitable disparition.

L’afflux de catéchumènes surgis de nulle part

Toutefois, à cause des imaginaires qu’il mobilise issus de la culture néo-libérale et des moyens qu’il nécessite pour sa mise en œuvre, le mouvement de conversion missionnaire a aussi montré ses limites, n’étant pas adapté à toutes les réalités ecclésiales. Il a surtout fonctionné dans les grandes paroisses de centres-villes, capables de mobiliser un grand nombre de bénévoles, et conduites par des équipes de prêtres et de laïcs plutôt jeunes et déjà habitués à ce type de pratique dans leurs milieux professionnels. Les modèles de conversion pastorale adaptés aux paroisses de campagne ou de milieux populaires, malgré quelques tentatives, restent encore à inventer. On voit aussi que des paroisses sont revenues de ce modèle pastoral car trop exigeant et épuisant pour les fidèles comme pour les prêtres.

L’afflux récent de catéchumènes dans les paroisses vient aussi interroger ce modèle. La conversion missionnaire consiste à penser des processus pour faire venir des nouveaux chrétiens et pour les intégrer, les accueillir et les former dans les paroisses. Or nous constatons chaque jour que, non seulement les nouveaux catéchumènes qui arrivent ne viennent pas du tout des œuvres évangélisatrices mises en place dans les paroisses, mais qu’en plus les structures mises en place dans le cadre de la conversion missionnaire ne sont pas adaptées pour répondre à cette demande et qu’il nous faut nous réorganiser et bouleverser nos projets pastoraux.

Trouver les meilleures réponses

Ces réalités nouvelles présentent un défi pour le congrès Mission et pour toutes les personnes engagées dans la mission évangélisatrice de l’Église. C’est dans le réel que l’Esprit Saint souffle, et c’est là que nous devons nous laisser travailler par lui. Le congrès Mission peut être un de ces lieux où l’Église œuvre à trouver les meilleures réponses à chacun des défis que le réel nous envoie. Pour cela, il ne devrait pas faire l’économie d’une réflexion sur ses propres fondements et il devra trouver les moyens de se réinventer.

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