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La tablette est-elle un objet liturgique ?

4 min de lecture
"À la croisée du langage militant et des formules de la communication culturelle, les présentations des spectacles peinent à donner envie de s’unir au public visé", dénonce Henri Quantin.

Crédit : Aleteia

"À la croisée du langage militant et des formules de la communication culturelle, les présentations des spectacles peinent à donner envie de s’unir au public visé", dénonce Henri Quantin.

Il y avait les "religions du Livre", va-t-on vers une religion de la tablette ? Pour l’écrivain Henri Quantin, l’emploi de la tablette pour lire à l’ambon ou à l’autel la Parole de Dieu et les mots de la consécration dénature la place essentielle du missel, et son sens liturgique.

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S’il est permis à un laïc de donner son avis sur l’ars celebrandi, sans passer illico pour un consommateur voire un râleur, nous adresserons aux clercs une supplique très simple : s’il vous plaît, pas de tablette ! La pratique semble encore assez rare, mais le seul fait qu’elle ne suscite apparemment aucune réflexion préalable laisse penser qu’elle pourrait facilement s’étendre. Sans doute beaucoup ne voient-ils rien à redire à cette nouvelle extension du domaine technologique. Arguant que la tablette n’est qu’un outil, ils ne la distingueront ni du micro, fort utile quand le prêtre n’est pas Stentor, ni de la corbeille électronique pour carte bleue, remède salutaire à la raréfaction des pièces et des billets dans les poches des fidèles. Ainsi va le monde, dira-t-on, il faut vivre avec son temps et seuls des "technophobes" — soupçon de phobie, que de crimes on commet en ton nom ! — peuvent tenir aux livres anciens.

La place essentielle du missel

Certes, mais alors que le micro ne prend le risque de déformer la voix que pour l’amplifier, la tablette, elle, remplace le livre, dont l’épaisseur matérielle, la beauté visuelle et la portée symbolique ne peuvent être sous-estimées sans dommages. Dans son bel essai sur Les Raisons de la liturgie (Éd. de l’Œuvre), Grégory Solari a bien montré la place essentielle du missel dans la célébration, rappelant que les premiers sacramentaires se distinguaient des autres livres par la typographie, les ornements, le papier, la couverture.

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Le livre est particulièrement adapté à l’Incarnation, en tant qu’il a un début et une fin, et qu’il renvoie conjointement à une totalité.

Il n’est en outre pas anodin qu’au rouleau de la liturgie de la synagogue ait succédé "un codex, dont l’existence dessine la ligne de démarcation entre l’ancienne et la nouvelle alliance". Le livre est particulièrement adapté à l’Incarnation, en tant qu’il a un début et une fin, et qu’il renvoie conjointement à une totalité : on y progresse linéairement, tout en sachant que Dieu s’y révèle tout entier dans chaque phrase. C’est, rappelle Solari, le sens d’un rite tridentin un peu oublié : à la fin de la messe, le missel "doit être refermé face contre l’autel, comme s’il avait été lu intégralement". Cela suggère que "chaque célébration liturgique particulière est la célébration du mystère du Christ tout entier". Et Grégory Solari de conclure, indépendamment même des tablettes pour dire la messe, dont il n’avait sans doute pas encore été témoin : "Sur l’écran de nos ordinateurs, les textes se déroulent : après deux mille ans de christianisme, nous sommes revenus à la civilisation du rouleau." Tant pis pour l’Incarnation !

Banalisation du mystère

Plus globalement, si, comme le rappelait Benoît XVI dans Sacramentum caritatis, "l’ars celebrandi doit favoriser le sens du sacré et l’utilisation des formes extérieures qui éduquent à un tel sens, comme l’harmonie du rite, des vêtements liturgiques, de l’ameublement et du lieu sacré", il est impensable que le support matériel de la Parole de Dieu ou des mots de la Consécration puisse être indifférent. Hors de circonstances particulières que seule la mauvaise foi mettrait en avant, peut-on prétendre qu’un tupperware et un calice en or sont strictement équivalents pour accueillir le sang du Christ ? Soutiendra-t-on alors qu’il n’y a pas la moindre différence entre célébrer en chasuble et célébrer en jean ou même en slip ?

Si on ajoute à ces arguments sensibles que le Missel, même dans sa forme matérielle la plus ordinaire, a toujours le mérite d’être exclusivement fait pour la liturgie, alors que la tablette sert indifféremment pour consulter les actualités du jour, payer un excès de vitesse ou commander une pizza, on peut affirmer que remplacer le livre par une tablette contribue nécessairement à une banalisation du mystère… à moins qu’il ne s’agisse à l’inverse d’une consécration de la technologie.