separateurCreated with Sketch.

Henri de Lubac, théologien de la mission dans le monde athée contemporain

Henri de Lubac (1896-1991)

whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Marie-Gabrielle Lemaire - publié le 05/11/25
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
L’exemple du grand théologien Henri de Lubac est une source d’inspiration pour les catholiques désireux d’être missionnaires dans un monde marqué par l’athéisme. Postulatrice de sa cause, auteur de "Henri de Lubac" aux éditions CLD, Marie-Gabrielle Lemaire montre comment le cardinal jésuite mit sa vie et sa théologie au service de la mission, y compris en souffrant par et pour l’Église.

CAMPAGNE DE NOËL 2025

Pour qu'Aleteia poursuive sa mission d'évangélisation, faites un don déductible à 66% de votre impôt sur le revenu.
Ainsi l'avenir d'Aleteia deviendra aussi le vôtre.

Je donne en 3 clics

Si la mission est un apostolat, un combat de la foi pour défendre la vérité du Christ et l’amour de son Église, dans la fidélité désintéressée et le don de soi, alors oui, le cardinal jésuite Henri de Lubac (1896-1991) fut un grand missionnaire. 

Théologien de la mission

Réfléchissant sur la vocation missionnaire de l’Église et à la tâche qu’une telle vocation confie au théologien, Henri de Lubac résume : "L’Église a pour unique mission de rendre Jésus-Christ présent aux hommes. Elle doit l’annoncer, le montrer, le donner à tous" (Méditation sur l’Église, 1953, p. 198-169). Étant elle-même "le corps de la charité sur terre", l’Église reçoit du Christ la charge de "répandre universellement" le "feu" de cette "charité divine" incarnée en Jésus-Christ. De là vient le principe de la vocation missionnaire de l’Église : "Si je cesse d’évangéliser, c’est que la charité s’est retirée de moi. Si je n’éprouve plus le besoin de communiquer la flamme de la charité, c’est qu’elle ne brûle plus en moi" (Le Fondement théologique des missions, 1941). Le père de Lubac exprime ainsi une exigence qu’il applique à lui-même, conscient que l’Église, c’est "chacun de nous". "Tant qu’elle n’aura pas recouvert et pénétré l’humanité tout entière pour lui faire prendre la forme du Christ, l’Église ne peut être en repos" (Catholicisme, 1938, p. 191). Aussi peut-il dire : "Si nous vivons [...] à peu près tranquilles au milieu du monde, c’est peut-être que nous sommes tièdes" (Méditation sur l’Église, p. 153-155).

Le meilleur argument contre l’athéisme

C’est dans le feu de cette charité apostolique qu’il a combattu les arguments de l’athéisme en aimant de toute son âme l’athée à qui le Christ veut se donner, conscient que le meilleur argument pour la défense de la foi, c’est "la sainteté" du "témoignage rendu au Dieu vivant" (Athéisme et sens de l’homme, 1968, p. 467). C’est dans cet élan missionnaire qu’il a rejoint les aspirations mystiques présentes dans les religions non-chrétiennes pour les conduire à la charité incomparable du Christ. C’est encore par amour de Dieu et des hommes qu’aux derniers jours de sa vie, tandis qu’il était frappé d’hémiplégie et d’aphasie, il offrait son sourire silencieux et sa simplicité rayonnante à ceux qui lui rendaient visite, comme s’il s’était totalement livré à l’ "attraction de Dieu", "attraction de son Amour" dont parle toute son œuvre.

Martyr de la mission

En 1952, tandis qu’il passe pour l’initiateur d’une "nouvelle théologie" aux relents modernistes — tout ce qu’il détestait ! — et subit des sanctions disciplinaires de la part de son Supérieur religieux, il écrit : "Je n’ai jamais voulu autre chose [...] que servir le Christ et son Église, selon ma profession de chrétien et de jésuite ; que tâcher de faire entrevoir à quelques esprits la grandeur et la beauté de nos mystères, pour leur donner enfin, si j’ose dire, le goût de Dieu. Je n’ai d’autre intention que de continuer aujourd’hui à le faire, quand l’obéissance me le permettra." 

Interdit de publication, suspendu de son enseignement, écarté du scolasticat de Fourvière, il est même envoyé en exil à Tunis, sans ordre de mission. Les grands missionnaires connaissent parfois cette épreuve extrême. Son amour pour l’Église s’exerce alors dans une fidélité héroïque, jusqu’à une certaine forme de martyre. Les adversaires du père de Lubac, en effet, sont insatiables : si les mesures prises contre lui sont ostentatoires et suffisent à briser un homme, elles ne sont pas la condamnation de sa doctrine. Et pour cause : il n’aura jamais à se rétracter et ne sera condamné. Mais en attendant, il est calomnié, et chaque jour lui en apporte de nouveaux échos, chaque fois reçus comme un nouveau "coup de couteau au cœur". Pourtant, au milieu de son exil africain, il confesse avec constance : "Je n’aime que la foi de l’Église. J’ai toujours proclamé que l’obéissance cordiale et confiante à son magistère était la condition de toute pensée comme de toute vie chrétienne." Dans l’une des nombreuses lettres de soumission qu’il adresse à ses supérieurs, il écrit en 1951 : "Devant Dieu, je l’atteste : je suis entièrement soumis à tout ce qui me vient de l’autorité de la Sainte Église." 

Une fécondité missionnaire

Ainsi sa vocation de théologien missionnaire semblait mise à l’arrêt. Elle se poursuivait au contraire, dans les souffrances consenties au nom du Christ. "C’est jusque dans ma prière la plus intime, que je souffre d’un tel malentendu, entretenu depuis des années. Si toutefois cette consolation doit m’être refusée jusqu’au bout, je me soumets à la Volonté de Dieu, que j’adore." Il l’avait d’avance acceptée, celui qui écrivait un an plus tôt : "Jamais l’Église ne nous donne mieux Jésus-Christ que dans ces occasions qu’elle nous offre d’être configurés à Sa Passion" (Méditation sur l’Église, p. 184-185). Ici, l’héroïsme du père de Lubac a été aussi bien de "ne rien lâcher en matière de vérité", alors même qu’il eut été plus facile — et combien tentant ! — de tout abandonner à ses adversaires acharnés. On a pu y voir de l’obstination, mais en matière de foi, la vérité n’est pas un détail. "C’est la force de l’amour qui exige la rectitude de la foi" (Histoire et Esprit, 1950, p. 62).On peut juger la fécondité missionnaire de la vie d’Henri de Lubac à ses fruits. Outre les fruits évidents dans le renouvellement de l’intelligence de la foi dont témoigne le concile Vatican II, où il fut expert théologien, il y a les fruits spirituels dans la vie de nombreux croyants. Les conversions, les guérisons spirituelles, les grâces de discernement reçues à la lecture de ses ouvrages ou par l’exemple de sa vie, font de lui un guide sûr pour penser et vivre aujourd’hui la mission de l’Église. "Je crois en l’Amour créateur et miséricordieux, manifesté en Jésus-Christ, dont l’Église nous transmet la foi. Je veux jusqu’au bout, vivre et mourir dans la communion de tous" (1986).

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)