À l’approche de Noël, les marchands du Temple sont sur le pied de guerre, jusque depuis la Chine. Alors que le nom même de la fête est attaqué, constate notre chroniqueur Jean-Étienne Rime, les chrétiens sont attendus pour redonner son sens à la Nativité du Sauveur.
À peine la Toussaint passée, la grande période commerciale de Noël est lancée. Noël ou plutôt les fêtes de fin d’année, certains voulant supprimer cette dénomination à des fins de laïcité mal comprise, d’égalité entre les croyants de diverses religions ou les athées. Les catholiques se rebiffent, ils ont bien raison et devraient plus encore manifester leur attachement à ce qu’est une tradition, la pierre angulaire de notre culture occidentale et surtout leur foi en l’Avènement du Sauveur. Ils sont épaulés par les historiens, les amateurs de patrimoine et une foule immense de gens de bon sens.
Un allié inattendu
On devrait d’ailleurs faire plus de pédagogie et expliquer ce qu’est Noël et ce que sont d’autres fêtes religieuses, par exemple la différence entre l’Ascension et l’Assomption. Il est probable que pour la plupart des Français, il ne s’agit que de jours fériés. Si l’on ne fait rien, cela deviendra la fête de fin d’année, la fête du printemps ou la célébration des vacances d’été et fi donc de la mémoire religieuse.
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Ce sujet est bien connu et revient régulièrement dans les médias mais voici que l’on trouve un allié inattendu, presque paradoxal : la Chine. Les usines spécialisées y sont en pleine effervescence pour fournir de très nombreux objets de décoration et notamment religieux. Un crucifix, un chapelet, une crèche, une icône fabriqués en Chine portent la mention discrète "made un RPC" (République populaire de Chine), plus discret que "made in China" mais tout aussi peu chers et distribués dans les sanctuaires de France ou d’ailleurs. Les Chinois ne voudraient surtout pas voir disparaître Noël, pas plus que tout le culte catholique qui est une manne pour leurs industries. Laïcards de tous bords, vous voudriez priver les Chinois d’un pan très profitable de leur économie ? Allons, allons !
Une réponse chrétienne
Constat cependant un peu triste : nous avons recréé des marchands du temple qui ne connaissent pas le sens de ce qu’ils fabriquent mais savent que c’est rentable. Les objets de culte et de fête de la Nativité servent en réalité à enrichir un pays athée. Étrange. Réagir, c’est possible en créant soi-même des objets religieux, ou en vérifiant l’origine des objets achetés pour préférer le travail artisanal français. C’est possible surtout en remettant l’essentiel en avant, expliquer, donner du sens, parler de cet Enfant-amour qui est venu annoncer la Bonne Nouvelle.
Ne soyons pas seulement outrés. Alors que l’on attaque le nom même de Noël, se scandaliser ne sert qu’à donner la réplique et entretenir de vaines polémiques. Soyons évangélisateurs, heureux de vivre et de partager notre foi. Répondons par la joie là où l’on sème l’aigreur, par la foi où le doute plane, par l’amour du prochain et non la haine de la différence.
Un conte chinois
Pendant ce temps-là, peut-être qu’il se passe des choses inattendues en Chine ? Imaginons, à la manière d’un conte — comme dans tout conte, se cache un fond de vérité… — quelque part au centre de la Chine, une usine fabrique des décorations de Noël : guirlandes, pères Noël mais aussi crèches et autres objets symboliques de cette période. Tchang est ouvrier et depuis quelques années, il peint de faux santons vendus sur nos marchés en parfaite concurrence déloyale avec nos santonniers de Provence. Tchang est un homme curieux et il a demandé ce que signifiait ces personnages. Dans un souci de grande transparence, on lui a répondu que c’étaient des fétiches pour Occidentaux, des objets de superstition qui ne peuvent avoir cours dans un pays rationnel comme le sien.
Tchang a compris qu’il ne fallait pas en demander plus mais il a fait son enquête. Exercice difficile dans ce pays fermé aux idées et ouvert seulement à la conquête économique ! Au fil des ans, il a compris qu’il peignait l’Enfant-Dieu, il a découvert que dans le plus grand secret, une secte priait et que ses membres étaient catholiques. Puis il a cherché à mieux les connaître. À sa grande surprise, il a constaté qu’il ne s’agissait d’une secte que pour le pouvoir officiel, mais que pour ses fidèles, c’était une religion portée sur l’amour du prochain. Discrètement, il a rejoint les paroissiens du silence, il a été baptisé. Aujourd’hui, il peint toujours des objets "fétiches" pour son usine. Le pinceau n’a pas changé, mais Tchang, dans le fond de son cœur, travaille en priant… "Notre Père".












