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Finissons-en avec la fête des morts-vivants

Cmentarz w nocy
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Marianne Durano - publié le 03/11/25
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Au lendemain de la Toussaint, la philosophe Marianne Durano revient sur ce qu’est devenue Halloween, moins une fête sataniste que la glorification mercantile de la laideur et de l’impolitesse. Préférons fêter la vie plutôt que la mort, dit-elle, la générosité et non le rackett.

Comme chaque année, ils ont défilé, et, défigurés, nous ont rackettés. Monstres, sorcières, fantômes, fausses haches et vrai business, réclamant leur quota de sucreries, véritables allégories de la société de consommation qui vampirise nos ressources et étale partout sa laideur. Ce n’est pas un hasard si Halloween, la fête des morts sans scrupules, est également l’une des seules "traditions" plébiscitée par le capitalisme triomphant. Ce qui est bien triste, en revanche, c’est qu’il choisisse les enfants comme ambassadeurs : eux qui doivent incarner la vie renaissante, en son éternel printemps, les voilà grimés en morts-vivants, triste automne d’une société sans avenir. Ces enfants, que l’on tolère si mal dans l’espace public le reste du temps, les voilà qui viennent hanter nos rues en réclamant, non pas le droit de vivre, mais celui de s’empiffrer, grimés en êtres maléfiques et voraces, comme si notre époque ne pouvait concevoir l’enfance autrement que comme une vague menace, une armée de petits gnomes mal-élevés et avides.

Chantage et impolitesse

Jean Baudrillard, philosophe français, grand théoricien de la société de consommation, remarquait déjà en 1988 dans America : "Halloween n’a rien d’amusant. Ce festival sarcastique reflète surtout une exigence infernale de vengeance des enfants à l’égard du monde des adultes. La menace de cette force malfaisante pèse sur les adultes avec une intensité qui n’a d’égale que leur dévotion pour les enfants. Rien n’est plus malsain que cette mystification puérile. […] Les gens éteignent leurs lumières et se cachent, par peur d’être harcelés." 

Dans mon village, il est des enfants qu’on ne croise jamais dans les rues en dehors d’Halloween. Ce jour-là, sans même saluer leurs voisins, ils les haranguent en criant : "un bonbon ou un sort", triste slogan d’une société qui ne conçoit le voisinage que sous le prisme de la négociation, voire de la violence. Halloween, c’est la proximité à l’ère de l’individualisme. Ce qui me déplaît le plus dans cette "fête", c’est moins en effet ses symboles satanistes et païens que sa glorification du chantage et de l’impolitesse, ce message totalement délétère envoyé aux enfants par les adultes : menacez, et l’on vous donnera, frappez et l’on se soumettra, soyez laids et on vous sourira.

Le pèlerinage de la sainteté

Pourtant, à l’origine, Halloween n’est pas une veillée funèbre ! "All Hallows Eve" désigne en effet, tout simplement, la veille (Eve) de la fête de la Tous-saint (All Hallows), les fêtes liturgiques catholiques commençant traditionnellement après les vêpres de la veille (ce qui explique qu’on fête Noël le 24 au soir, et Pâques le samedi soir). Il n’y a donc rien d’étonnant à fêter la Toussaint dès le 31 octobre ! J’ai donc décidé, cette année, de ne plus subir le défilé des vampires, mais de lui opposer le pèlerinage de la sainteté, en décorant ma maison d’images pieuses, en invitant des amis pour découvrir une vie de saint, ou encore en confectionnant des douceurs maison, l’amour de la guimauve n’étant, somme toute, qu’un péché mignon. 

Avec mes enfants, nous avons confectionné des guirlandes joyeuses, et choisi de transformer cette soirée en une véritable fête, une fête qui célèbre la vie, et pas n’importe laquelle, la vie ÉTERNELLE ! Qui peut sincèrement préférer l’antre des sorcières au Royaume de Dieu, la demi-vie du zombie au corps glorieux des héros, la menace mesquine à la magnificence du don de soi ?

Fêtons la vie

Rappelons-nous que le Dieu d’Isaac, d’Abraham et de Jacob est d’abord venu nous libérer de la duperie et des menaces inhérentes à la superstition. Isaïe nous alerte contre "ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, qui changent l’amertume en douceur, et la douceur en amertume" (Is 5, 20), ceux qui enrobent la mort dans de la gélatine acidulée, et déguisent les enfants en fantômes. Alors, n’ayons pas peur d’Halloween, mais choisissons d’y fêter la vie, et non la mort, la générosité et non le racket, la créativité et non la consommation, la sainteté des enfants de Dieu et non le masque grimaçant des morts-vivants.

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