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La scène, extrêmement dure à supporter, a poussé l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a réclamer un “cessez-le-feu” immédiat au Soudan, le 29 octobre, après avoir reçu des informations sur le meurtre de plus de 460 personnes, dans une maternité à El-Fasher, ville du Darfour du Nord prise par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), le 26 octobre. L’établissement a subi sa quatrième attaque en l’espace d’un mois, au cours de laquelle une infirmière a aussi été tuée et trois autres membres du personnel soignant ont été blessés, selon l’OMS. L’organisation a également indiqué que six professionnels de santé avaient été enlevés. Celle-ci a déclaré être "consternée et profondément choquée par les informations faisant état [de ce] meurtre tragique", a annoncé son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans un communiqué, le 29 octobre.
Viols collectifs
Seif Magango, le porte-parole du Bureau des droits de l'homme des Nations Unies, a dénoncé, le 29 octobre, des "informations alarmantes concernant des violences sexuelle" à El-Fasher, affirmant qu'”au moins 25 femmes ont été victimes de viols collectifs lorsque les FSR sont entrées dans un abri pour personnes déplacées près de l'université". Depuis sa chute, la ville a été coupée de toute communication mais "des témoins confirment que des membres des FSR ont sélectionné des femmes et des filles et les ont violées sous la menace d'une arme, et ont forcé les autres personnes déplacées à quitter les lieux", a-t-il déclaré. Seif Magango a demandé, le 29 octobre, des "enquêtes indépendantes, rapides, transparentes et approfondies" sur toutes les violations présumées du droit international et que leurs auteurs rendent des comptes.
Douleur du pape Léon XIV
Lors de l’Angélus du 2 novembre, Place Saint-Pierre, le pape Léon XIV a confié sa douleur devant les "violences indiscriminées" contre les populations civiles du Soudan, et notamment celles de la ville d’El Fasher. "C’est avec une grande douleur que je suis les tragiques nouvelles en provenance du Soudan, en particulier de la ville d’El Fasher, dans le Darfour du Nord martyrisé", a-t-il déclaré devant la foule réunie. Priant pour les victimes et pour toucher le cœur des responsables, le pape a renouvelé "un appel pressant aux parties impliquées pour un cessez-le-feu et l’ouverture urgente de corridors humanitaires". Il a invité "la communauté internationale à intervenir avec détermination et générosité, afin d’offrir une assistance et de soutenir ceux qui s’efforcent de porter secours".
Une crise qui s’aggrave
Après la prise d’El-Fasher, les FSR contrôlent désormais l’intégralité du Darfour, une vaste région couvrant un tiers du territoire soudanais à l’ouest du pays. Dirigées par le général Mohammed Hamdan Daglo, dit "Hemetti", les FSR, qui s’opposent depuis 2023 aux forces armées gouvernementales du pays, ont mis en place une administration parallèle dans le Darfour et contrôlent, grâce à leurs alliés, principalement les Emirats arabes unis, toute la partie ouest ainsi que certains secteurs du sud. L’armée gouvernementale, dirigée par Abdel Fattah al-Burhan, garde la main sur le nord, l’est et le centre du Soudan, ravagés par plus de deux années de conflit. Les spécialistes redoutent une “"nouvelle partition du Soudan " ainsi qu’un "retour des massacres" qui, dans les années 2000, avaient ensanglanté le Darfour, théâtre d’affrontements violents entre le pouvoir et les milices.
L’OMS a observé une "montée de la malnutrition, qui affaiblit le système immunitaire et rend les personnes plus vulnérables aux maladies comme le choléra ou la malaria". Selon l’organisation, "le choléra se répand particulièrement rapidement" à cause du manque d’accès à l’eau potable. Cette année, à El-Fasher, "32 personnes sont mortes de cette maladie sur 272 cas rapportés", s’alarme l’OMS. En dehors de l’attaque sur la maternité, l’OMS avait déjà comptabilisé, depuis le début du conflit en avril 2023, "185 attaques contre des structures de santé ayant fait 1 204 morts et 416 blessés". Rien qu’en 2025, 966 décès ont été recensés dans la capitale du Darfour du Nord, après 49 attaques. Face à cette situation, l’organisation dénonce une "tragédie" qui "s’inscrit dans le contexte d’une crise qui s’aggrave rapidement à El-Fasher, dans le nord du Darfour, où l’escalade de la violence, les conditions de siège et la recrudescence de la faim et des maladies tuent des civils, y compris des enfants, et font s’effondrer un système de santé déjà fragile ." L’OMS "condamne avec la plus grande fermeté ces attaques horribles contre le système de santé et appelle au respect du caractère sacré des soins".










