Dans les cimetières, chaque pierre raconte une histoire. Des noms, des dates, parfois une photo sépia rongée par le temps… autant de traces fragiles qui se dégradent néanmoins peu à peu, ou pire sont vouées à la destruction. Au total, ce sont 200.000 tombes qui disparaissent chaque année. Bien plus qu’une perte de patrimoine, c’est la mémoire de celles et ceux qui ont marqué l'histoire qui s’efface. Face à cette disparition silencieuse, Geneanet, le leader européen de la généalogie en ligne, a lancé il y a plus de dix ans une opération participative baptisée "Sauvons nos tombes". Les participants sont invités à photographier les sépultures avant qu’elles ne disparaissent et à les mettre en ligne pour qu’elles demeurent accessibles à tous. Armés d’un smartphone ou d’un appareil photo, des milliers de bénévoles sillonnent deux fois dans l’année - à l’approche de la Toussaint et en mai, à l’occasion du printemps des cimetières - les allées des cimetières pour préserver ce patrimoine. En une décennie, plus de sept millions et demi de tombes ont déjà été immortalisées par environ 32.000 bénévoles dans le monde.
Parmi ces passionnés, Guy Dubourg, 83 ans, bénévole dans l’Ain, a participé, comme chaque année, à la récente opération qui a eu lieu du 17 au 19 octobre. "Ça ne m’apporte rien personnellement, mais j’espère que ça aide beaucoup les autres", confie à Aleteia ce retraité, présent sur Geneanet depuis 1997. "J’ai même reçu des remerciements de la part de quelqu’un qui, grâce à l’opération "Sauvons nos tombes", a pu localiser son ancêtre", ajoute-t-il. Grand amateur de généalogie depuis plus de 40 ans, il affirme que pour celui qui se lance dans la généalogie, l’un des plus grands problèmes est de passer le cap des cent ans. Son rituel est bien rodé, chaque année, lors de l’opération de Geneanet, ce résident de la région parisienne se rend en Normandie, près d’Alençon et visite plusieurs petits cimetières, armé de son téléphone portable. Chaque sépulture est ensuite téléversée sur l’application, qui se charge ensuite d’indexer toutes les informations : les noms, les dates gravées, les photos.
Devoir de mémoire
Si ces informations permettent de constituer une base de recherche complémentaire à la généalogie, Sophie Clamaron, chargée de projets collaboratifs chez Geneanet, précise à Aleteia qu’"elles permettent aussi de garder une mémoire éternelle photographique". Elle précise par ailleurs que l'opération est disponible toute l'année. "Sauvons nos tombes" ne se limite pas aux sépultures des cimetières. Depuis plusieurs années, Geneanet, qui est associé dans le cadre de cette opération à l’association Le Souvenir Français qui valorise les tombes des "Morts pour la France", élargit son action à d’autres formes de mémoire visibles dans l’espace public, comme les monuments aux morts et les plaques commémoratives. Ces éléments, parfois discrets, racontent, eux aussi, des histoires de vie, de guerre, d’engagement, mais aussi l’évolution des villages et des époques. Elles permettent de faire le lien entre passé local et mémoire collective.
À l’approche de la journée des défunts, le 2 novembre, il convient de se rappeler que le patrimoine funéraire ne se limite pas aux tombes que l’on croise dans les cimetières. Il s’exprime aussi dans les églises, les chapelles, les sites archéologiques ou les monuments commémoratifs qui jalonnent nos territoires. Ensemble, ces lieux racontent notre histoire commune que l’on se doit de préserver. Alors, la prochaine fois que vous irez au cimetière, prenez le temps de regarder autrement ces pierres et les noms qu’elles comportent. Chacune d'elles porte une histoire, un fragment de mémoire… et peut-être un peu de la vôtre.











