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Ce n’est qu’une fois par décennie que la fête des fidèles défunts tombe un dimanche et la liturgie dominicale habituelle doit lui céder la préséance. Que fêtons-nous ce jour-là ? Dans la foi populaire, on confond la Toussaint, que nous fêtons la veille, et la fête des fidèles défunts. Le jour de la Toussaint, nous faisons mémoire de ceux qui sont déjà au Paradis avec le Seigneur dans le face à face. Le lendemain, nous fêtons les fidèles défunts dont nous ignorons la destinée éternelle.
La mort n’est pas une fin
En ce jour où l’Église prie pour tous les fidèles défunts, nous nous rassemblons dans la foi, le cœur tourné vers ceux qui nous ont précédés dans la maison du Père. Cette fête nous rappelle que la mort n’est pas une fin, mais un passage, et que nos défunts ne sont pas absents, mais vivants en Dieu. Il y a certes l’Église de la terre, mais aussi l’Église du ciel. Il y entre les deux un lien et le fondateur des Serviteurs de Jésus et Marie, le père Lamy, disait qu’il y a l’épaisseur d’un papier à cigarette entre le ciel et la terre. Nous en avons un signe dans les cimetières qui entourent nombre d’églises, quand ce n’est pas dans l’église elle-même que sont enterrées des personnes qui ont compté pour la communauté des croyants.
Chacun d’entre nous porte en lui la mémoire de ceux qui ne sont plus. Ce peut être un parent, un ami, un enfant, un voisin. Leur absence nous pèse, et parfois la douleur de la séparation est encore vive. Pourtant, la mémoire de nos défunts n’est pas seulement une source de tristesse, mais aussi un trésor. Elle nous rappelle que nous sommes les héritiers de leur foi, de leur amour, de leurs combats. Comme le dit le livre de la Sagesse : "Les âmes des justes sont dans la main de Dieu, et aucun tourment ne les atteindra." (Sg 3, 1)
Unis dans la communion des saints
La mémoire, c’est aussi ce qui nous unit. Quand nous prions pour nos défunts, nous reconnaissons qu’ils font toujours partie de notre vie, qu’ils nous accompagnent, et que nous pouvons encore leur parler, non pas comme à des absents, mais comme à des vivants en Dieu. La foi chrétienne nous enseigne que la mort ne rompt pas les liens d’amour. Nous croyons en la communion des saints, cette réalité mystérieuse et profonde par laquelle tous les baptisés, vivants et défunts, sont unis dans le Christ. Saint Paul nous le rappelle : "Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu" (Rm 8, 38-39). Nos défunts ne sont pas loin de nous ; ils sont dans la paix de Dieu, et leur intercession nous soutient encore aujourd’hui.
La communion des saints nous encourage à croire que nos actes retentissent dans l’éternité.
Cette communion, c’est comme un grand arbre dont les racines plongent dans le Christ, et dont les branches s’étendent à travers le temps et l’éternité. Nous sommes tous greffés à cet arbre, et nos défunts en font toujours partie. Prions pour eux, afin qu’ils contemplent Dieu face à face, et que leur chemin vers la lumière soit achevé. La communion des saints nous encourage à croire que nos actes retentissent dans l’éternité. Ce que nous vivons ici et maintenant n’est pas sans conséquences avec l’au-delà. Nous amenons avec nous les actes d’amour désintéressés, les actes de charité.
Dans l’espérance et la miséricorde
Face à la douleur de la séparation, l’Évangile nous offre une espérance inébranlable. Jésus nous a dit : "Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra" (Jn 11, 25). Cette promesse est notre force. Elle nous permet de traverser le deuil sans désespoir, car nous savons que nos proches sont appelés à la joie éternelle. L’espérance chrétienne n’est pas une fuite devant la réalité, mais une lumière qui éclaire notre chemin. Elle nous invite à vivre chaque jour dans la confiance, à aimer sans compter, à pardonner sans mesure, car nous savons que la dernière parole de Dieu sur notre vie, c’est la vie, et non la mort.
Dieu est miséricorde. Il accueille chacun de ses enfants avec une tendresse infinie. Même si nos défunts ont connu des faiblesses ou des erreurs, la miséricorde divine est plus grande que tout. Comme le dit le psaume : "Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour" (Ps 102, 8). Confions nos défunts à cette miséricorde, et laissons-nous réconforter par la certitude qu’ils sont entre les mains de Dieu. La miséricorde, c’est aussi ce que nous sommes appelés à vivre entre nous. En priant pour nos défunts, nous apprenons à être miséricordieux, à porter les uns les autres, à nous soutenir dans l’épreuve. C’est ainsi que nous devenons des témoins de l’amour de Dieu.
Héritiers de ceux qui nous ont précédés
En célébrant nos défunts, nous sommes aussi invités à vivre en héritiers de leur foi. Leur vie, leurs combats, leurs espérances nous sont confiés comme un trésor. Que notre manière de vivre, d’aimer, de pardonner, soit un témoignage de cette espérance qui nous anime. Que nos actes de charité, de prière et de solidarité soient autant de signes de la vie éternelle qui nous attend. Et que l’eucharistie soit pour nos défunts une source de grâce et de paix, et pour nous, une force pour continuer notre chemin, unis dans la communion des saints.
En célébrant nos défunts, nous sommes appelés à devenir des témoins de l’espérance. "Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous" (1 P 3, 15). Notre manière de vivre, d’aimer, de pardonner doit refléter cette certitude : la mort n’a pas le dernier mot. Que nos vies soient des chants d’action de grâce pour ceux qui nous ont précédés. "Que la lumière de vos bonnes œuvres brille devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux" (Mt 5, 16). Que la conscience de l’éternité fasse de nous des témoins d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière.
Lectures de la commémoration de tous les fidèles défunts :









