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[HOMÉLIE] L’aventure des saints n’est pas terminée

Le Paradis de Tintoret

Le Paradis de Tintoret

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Maxence Bertrand - publié le 31/10/25
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Curé de la paroisse d’Oullins, dans le diocèse de Lyon, don Maxence Bertrand commente les lectures de la solennité de la Toussaint. Dans l’aventure de la sainteté, Dieu est à l’initiative. Dans le moment décisif du temps de l’épreuve, les saints nous aident et prient pour nous.

En 1762, Jean-Jacques Rousseau publiait un traité consacré à l’éducation et à la vie en société : Émile ou De l’éducation. Dans ce traité, il considérait que l’homme arrive naturellement bon et innocent en ce monde et que la société, inévitablement, irrémédiablement, le pervertit et le corrompt. Selon lui, l’innocence se tient toujours du côté de la nature et la violence du côté de la société. À l’inverse de Jean-Jacques Rousseau, la Révélation chrétienne considère que nous venons au jour, en portant le triste héritage du péché originel, cette rupture de communion avec Dieu qui a fait déchoir le monde et nos cœurs de cet état d’harmonie originel. 

La blessure du péché

Derrière les sourires d’un nouveau-né, l’histoire biblique nous rappelle que le cœur humain est en réalité replié sur lui-même et très peu capable d’aimer s’il n’est pas touché par la grâce et éduqué humainement et spirituellement. L’éducation familiale et chrétienne a dès lors pour mission de déployer l’œuvre de la grâce dans ce cœur préoccupé de lui-même pour l’ouvrir aux autres et à Dieu. La fragilité se tient du côté de la nature, créée bonne mais abîmée dans les premiers temps de l’histoire humaine, et la sainteté du côté de la communion des saints. 

La Révélation biblique nous rapporte que l’homme n’est pas à l’origine du mystère du mal, mais qu’en y consentant, son cœur a été profondément blessé et marqué : "Le péché est accroupi à ta porte. Il est à l’affût, mais tu dois le dominer" (Gn 4, 7) "C’est du cœur que proviennent les pensées mauvaises : meurtres, adultères, inconduite, vols, faux témoignages, diffamations" (Mt 15, 19). 

Le temps de l’épreuve

Le fait de revenir à cet enseignement biblique extraordinaire nous permet de saisir que la sainteté — puisque nous fêtons en ce jour la foule innombrable des saints — ne consiste pas à ne rien perdre de son capital de départ. La sainteté consiste plutôt à recevoir dans le baptême la grâce du Christ et la laisser se déployer dans le temps, les épreuves, et l’aventure de notre existence ici-bas. Dans cette aventure de la sainteté, l’épreuve apparaît souvent comme un moment décisif. Si le salut est une réalité — la plus grande — qui se reçoit plutôt qu’elle ne se conquiert, alors le temps de l’épreuve manifeste la capacité du cœur de l’homme à se laisser aimer, consoler, aider et relever. "Il est une chose que nous ne savons pas toujours, c’est que pour apprendre à recevoir les biens de Dieu, il faut apprendre à recevoir des hommes" (Madeleine Delbrêl, La Joie de croire).

La sainteté n’est pas quelque chose que nous avons à offrir à Dieu, mais un trésor que nous avons à recevoir de lui.

La sainteté n’est pas quelque chose que nous avons à offrir à Dieu, mais un trésor que nous avons à recevoir de lui, dans l’aventure de la prière, dans la vie sacramentelle, dans la rencontre avec le prochain, les petits et tous ceux auxquels le Christ s’identifie. Quand je pense être à l’initiative de ma rencontre avec Dieu, à l’initiative de ma rencontre avec la figure du prochain, je n’ai pas encore saisi qu’"il nous a aimés en premier" (1 Jn 4, 19). Mystérieusement, dans ma prière, c’est Dieu qui est à l’initiative. Dans ma rencontre avec ce pauvre, c’est le Christ qui m’appelle et qui vient à moi. La sainteté se trouve du côté du consentement, de notre capacité à recevoir la grâce et à la faire fructifier. 

Nos aînés dans la foi

"Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux !" (Mt 5, 3). Heureux ceux dont le cœur n’est ni rempli ni fermé, parce que le Royaume leur est donné ! La sainteté chrétienne n’est donc pas une affaire de perfection morale, sans quoi il nous faudrait retirer de nos litanies le bon Larron, sainte Marie-Madeleine, saint Augustin, et beaucoup d’autres. La sainteté n’est pas une force de caractère ou le signe d’un équilibre psychologique ou relationnel exceptionnel sans quoi il nous faudrait aussi retirer sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, saint Benoît-Joseph Labre et beaucoup d’autres. 

Parce que l’Église est un corps, parce que nous croyons à la communion des saints, alors les saints ne sont pas seulement, pour nous, des modèles inspirants. Ils sont nos aînés dans la foi et la charité et ils prient pour nous. Ils nous montrent comment traverser ce temps de "grande épreuve" (Ap 7, 14) le cœur vivant de la grâce de Jésus-Christ ! 

Le sillon de la communion des saints

De l’autre côté du rivage, sur les vitraux et dans les chapelles latérales de nos églises, ils nous rappellent que l’aventure n’est pas terminée. Ils nous invitent à rejoindre le sillon lumineux de la communion des saints, tracés dans l’histoire de l’Église. Parce que "s'il n'est pas licite de garder le silence sur le mal dans l'Église, on ne doit cependant pas passer sous silence le grand sillon lumineux de bonté et de pureté, que la foi chrétienne a tracé à travers les siècles. Il faut se rappeler les figures grandes et pures que la foi a produites — de Benoît de Nursie et sa sœur Scholastique, à François et Claire d'Assise, Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, aux grands saints de la charité comme Vincent de Paul et Camille de Lellis, jusqu'à Mère Teresa de Calcutta et les grandes et nobles figures de Turin du XIXe siècle. Il est aussi vrai aujourd'hui que la foi pousse beaucoup de personnes à l'amour désintéressé, au service des autres, à la sincérité et la justice" (Lettre de Benoît XVI à Piergiorgio Odifreddi, 2013).

Que la lumière du Christ qui resplendit dans la vie des saints nous éclaire et nous attire. Que cette même lumière qui a brillé dans l’obscurité de ce monde brille dans celle de nos cœurs ! 

Lectures de la solennité de la Toussaint

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