Il n’existe pas de recette pour parvenir à la sainteté puisque celle-ci est toujours une aventure individuelle. Aucun saint ne ressemble à un autre. C’est là une des marques du génie du christianisme. Les chemins de la grâce sont irréductibles les uns aux autres. De même que Dieu nous crée tous uniques, de même l’accomplissement plénier d’une vie humaine que constitue la sainteté n’est pas réductible à une formule ou un programme qui serait applicable indifféremment à plusieurs existences individuelles.
Communier aux croix de nos frères
Cette vérité est consolante parce qu’elle intègre l’échec dans le plan de Dieu. En voyant les saints sur les autels ou dans les vitraux, on serait tenté de penser qu’ils sont des "gagneurs" invétérés. Il n’en est rien. Beaucoup sont parvenus à la plus grande union à Dieu à travers l’échec, la persécution des leurs, la mise à l’écart. Leur amitié avec le Tout-Puissant ne fut pas pour eux un moyen de réussite ! Ce fut tout le contraire ! Ils passèrent par la porte étroite que le Christ a recommandé d’emprunter pour le suivre. Voilà pourquoi la sainteté d’une femme ou d’un homme se reconnaît à ce qu’il devient de plus en plus indifférent, au fil des années, à la réussite de ses entreprises, non par masochisme mais parce qu’il s’en remet à Dieu pour la fructification de son action. Tel fut le cas de saint François d’Assise à la fin de son existence.
Cependant, il n’est pas interdit de se poser des questions au sujet de ce paradoxe. Pourquoi l’échec ? Dieu s’en sert pour purifier nos désirs de réussite toute terrestre. Ou bien pour nous configurer au Christ qui termina sa course sur la Croix. Mais aussi pour mieux nous faire communier aux maux que subissent tous les malheureux de la terre en les comprenant de l’intérieur. L’échec est aussi un moyen d’affûter notre regard de foi : il permet de discerner les réalités surnaturelles là où on ne les soupçonnait pas. Les gens à qui tout réussit sont bien à plaindre : comment pourraient-ils prêcher la Croix ?
Aimer Dieu plus que tout
Surtout, l’échec, en nous faisant sacrifier les réussites, même celles qui nous viennent de Dieu, nous pousse à aimer Dieu pour Lui-même, au-delà de ses dons. Car Dieu est plus grand qu’eux. Ainsi, l’insuccès nous pousse à aimer Celui qui est infiniment plus grand que toutes les réussites ! Le manque de réussite devient de la sorte le tremplin pour accéder à la Vie par excellence qui est Dieu Lui-même. Voilà pourquoi les saints sont si indifférents vis-à-vis de la réussite de leurs projets. L’essentiel pour eux, c’est Dieu, non la tournure, favorable ou non, de leurs plans d’évangélisation. Et cette sagesse, ils ne la cultivent pas seulement pour eux et leur progrès spirituel, mais surtout pour ceux auxquels ils sont envoyés. Car ils savent, par la lumière surnaturelle que Dieu leur envoie, eux qui sont ses confidents et amis, que leur Ami divin est assez puissant pour transformer en bien un revers passager — comme Il le fit pour la Croix. Ainsi, si l'appel à la sainteté est universel, c'est parce qu'elle peut être envisagée à travers le prisme de l'échec — situation que tout le monde est appelé à rencontrer un jour ou l'autre.












