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Comment mourir comme un saint ?

Qu’est-ce qu’une bonne mort ? L’exemple des saints
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Anna Ashkova - publié le 31/10/25
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François d’Assise, Charles de Foucauld, Carlo Acutis, Zélie Martin… Par leur mort, de nombreux saints ont prouvé que la sainteté n’efface pas la fragilité humaine, mais elle la transfigure. Leurs derniers instants montrent un chemin d’espérance pour tous ceux qui cherchent à vivre et à mourir en gardant les yeux rivés sur le Christ.

Face à la souffrance et à la mort, qui ne se trouve pas démuni, les saints y compris ? Qu’ils soient morts dans la paix d’un monastère, en martyr ou malades sur un lit d’hôpital, ils ont affronté leurs derniers instants avec foi, abandon et espérance. Dans son nouvel ouvrage Comment meurent les saints ? (ed. Artège), Jacques Gauthier propose de relire les dernières heures des saints pour mieux comprendre la manière dont chaque chrétien peut transformer sa fin en accomplissement. 

La mort comme une liturgie ultime 

Si tous les saints sont morts en portant le Christ dans leur cœur, certains, comme saint François d'Assise, ont décidé de faire de leur mort une liturgie ultime. Au soir de sa mort, saint François est entouré de ses compagnons qui entonnent le psaume 141. Il les bénit et demande qu’on lui chante le Cantique des créatures qu’il a composé peu de temps avant, en 1225, en étant presque aveugle. Il y glisse d’ailleurs une strophe sur la mort, comme ultime parole de sa fin de vie :

"Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ; heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta volonté, car la seconde mort ne pourra leur nuire."

Ce qui explique certainement sa volonté de l’entendre chanter lors de son passage à Dieu. On proclame l’Évangile du lavement des pieds, et on le couvre de cendres en signe de pénitence. Des visiteurs viennent le voir jusqu’à la fin. Il quitte ce monde dans la nuit du 3 au 4 octobre 1226. 

Les Carmélites de Compiègne, détail, par Paul Hippolyte Delaroche, (1797-1856).

C’est aussi au son d’un cantique et d’un psaume que les saintes carmélites de Compiègne ont trouvé la mort le 17 juillet 1794. Guillotinées place de l’île de la Réunion, près de l’actuelle place de la Nation, elles transforment l’horreur en liturgie pascale, la haine en pardon, les ténèbres en lumière. Comme l’écrit Jacques Gauthier : "Les seize carmélites, vêtues de leur manteau blanc, quittent la prison vers 18 heures et prennent le chemin de la guillotine comme si elles allaient aux noces. "Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre" (Mt 25, 6). Leur confiance dans le Fils de Dieu les aide à surmonter la peur, que Jésus a prise sur lui le Vendredi saint. Les cantiques, comme le Miserere et le Salve Regina, se mêlent au bruit des charrettes qui avancent lentement vers la barrière de Vincennes, lieu de leur supplice. Elles se mettent à genoux en arrivant, entonnent le Te Deum, renouvellent leurs vœux de religion et chantent le Veni Creator." En montant les marches de l’échafaud, la première carmélite entonne le psaume 116. Les quinze autres suivent son exemple, la dernière étant la supérieure.

Le message des carmélites de Compiègne, mais aussi de saint François d’Assise, bien qu’ils aient connus des morts différentes, inspire à une célébration : celle d’une vie unie au Christ jusqu’à la fin, où la mort elle-même se change en chant de victoire.

Les yeux rivés vers le Ciel 

Si elle n’est pas morte en martyr pour sa foi, sainte Thérèse de Lisieux, à l’exemple des carmélites de Compiègne, a chanté, elle aussi, jusqu’à la fin les miséricordes du Seigneur ne voulant que vivre et mourir d’amour : "T’aimer, Jésus, quelle perte féconde!... Tous mes parfums sont à toi sans retour, Je veux chanter en sortant de ce monde: Je meurs d’Amour!" (Poésie 17). Morte en agonie, jusqu'à son dernier souffle, elle n’a pas oublié "son Ciel", l’entrée qu'elle a cherchée toute sa vie. Elle est décédée en regardant le crucifix le 30 septembre 1897. "Oh! je l’aime!... Mon Dieu... je vous aime...", furent ces dernières paroles. 

Le Ciel, c’est aussi vers lui que tendait le jeune Carlo Acutis. Comme le rapporte Jacques Gauthier : "Lorsqu’il apprend par ses parents la gravité de sa maladie, il s’exclame: "Le Seigneur a voulu me réveiller!" Emmené d’urgence dans la salle des soins intensifs, il reçoit un masque respiratoire qui l’empêche d’expirer normalement. Il souffre tellement qu’il murmure. "Papa, maman, je vis déjà mon purgatoire et je veux aller droit au Ciel."" L’adolescent accueille son épreuve avec calme et patience. Il offre ses souffrances au Christ. Après une nuit terrible, il plonge dans un coma profond, son cœur cesse de battre le 12 octobre 2006, au matin.

Un total abandon et confiance en Dieu 

C’est aussi dans un total abandon en Dieu que le bienheureux Frédéric Ozanam accueille sa fin de vie. Souffrant d’une maladie aux reins, le 23 avril 1853, il fête ses 40 ans et écrit à Pise, en Italie, un texte qui deviendra son testament spirituel, Livre des malades, que sa femme publiera en 1858. Il fait de sa maladie un chemin d’abandon à l’amour de Dieu : "Je m’efforce de m’abandonner avec amour à la volonté de Dieu". Il meurt le 8 septembre 1853, après avoir reçu l’extrême-onction et entouré de sa famille. 

"Mon temps est fait et que le Bon Dieu veut que je me repose ailleurs que sur cette terre."

Mère d’une famille nombreuse, Zélie Martin sait qu’en ayant un cancer du sein elle ne peut plus tout contrôler. Si elle est triste à l’idée de quitter son cher époux et ses enfants, Jacques Gauthier rappelle, que comme Frédéric Ozanam, elle a vécu sa fin de vie dans un total abandon et confiance. Dans sa dernière lettre à son frère, le 16 août 1877, elle indique s’en remettre à Dieu si elle n’est pas guérie : "C’est que mon temps est fait et que le Bon Dieu veut que je me repose ailleurs que sur cette terre." Après de grandes souffrances, elle meurt paisiblement à 45 ans auprès de Louis, dans la nuit du 28 août 1877.

Offrande de sa vie pour les autres et pour Dieu

Ce don de soi à Dieu rappelle aussi celui des sept moines cisterciens de Tibhirine, décapités en mai 1996 et béatifiés le 8 décembre 2018 à Oran, en Algérie. Malgré les menaces de mort liées à la guerre civile algérienne, ils ont choisi de rester auprès de la population locale, par fidélité à leur vocation de paix et de fraternité. "Ils donnent au monde une grande leçon d’humanisme en choisissant d’aimer, en faisant le bien, en accueillant le quotidien comme un don de Dieu. Ils ont fait de la religion un amour", note Jacques Gauthier, en faisant un parallèle avec un autre saint, mort en martyr le 1er décembre 1916, Charles de Foucauld. Une de ses dernières paroles résume d’ailleurs sa vie et celle des moines de Tibhirine : "On n’aimera jamais assez." La contemplation de l’amour de Dieu a fécondé leur action et leur espérance.

Cette offrande consciente et aimante de sa vie pour les autres et pour Dieu était également présente chez la carmélite Édith Stein et le franciscain Maximilien Kolbe, tous deux morts à Auschwitz. Ce dernier est allé librement au martyre à la place de François Gajowniczek, marié et père de famille, un des dix hommes qui a été choisi pour mourir de faim et de soif par les nazis. Maximilien s’offre librement au martyre en disant : "Je suis prêtre catholique polonais, je suis vieux, je veux prendre sa place parce qu’il a femme et enfants." Il réalise la parole de Jésus : "Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis" (Jn 15, 13).

Ainsi, la mort des saints rappellent que la sainteté n’est pas un état réservé à quelques âmes d’exception, mais un chemin possible pour tous. Leur manière d’accueillir la mort devient un exemple ultime de confiance, un passage offert à Dieu. Comme l’exprime si bien le Curé d’Ars : "Les saints n’ont pas tous bien commencé, mais ils ont tous bien fini." En eux se révèle la vérité d’une vie donnée, où la fin n’est plus un terme, mais un accomplissement dans la lumière.

Pratique

Comment meurent les saints ?, Jacques Gauthier, Artège, octobre 2025, 18,90 euros.

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