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Pourquoi aimons-nous nous faire peur ?

couple close at scary movie
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Caroline Moulinet - publié le 30/10/25
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Entre les déguisements d’Halloween, les méchantes sorcières des contes de fée, les maisons hantées ou les films d’horreur, la peur est un sentiment ambivalent. Tantôt repoussée, tantôt recherchée, la peur est appréciée seulement lorsqu’elle est désirée et maîtrisée.

Les rires du petit garçon retentissent, son papa le poursuit menaçant de l’attraper. Les adolescents fêtent un anniversaire, ils se retrouvent pour un escape game. Les cousins se rassemblent, l’occasion d’aller dans un parc d’attractions et foncer vers la maison hantée ou grimper sur la plus haute montagne russe, décidant de lâcher les mains tout en hurlant de peur. Pourquoi cette recherche d'adrénaline ? Pourquoi le déguisement le plus effrayant à Halloween, une épée transperçant la tête ou plein de sang dégoulinant sur le visage ? Pourquoi ce plaisir à avoir peur ? 

Le docteur Christophe André, médecin et psychothérapeute à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, rappelle la définition de la peur dans son étude sur la Psychologie de la Peur et des Phobies. La peur, c’est "l’ensemble des phénomènes somatiques et psychologiques accompagnant la prise de conscience d’un danger". C’est pourquoi la peur est un sentiment apprécié seulement lorsqu’il est désiré et maîtrisé. Avoir peur d’un accident de voiture ou sentir son cœur battre la chamade parce que son enfant a failli avoir un accident de vélo ne crée aucun plaisir. En revanche, la peur peut être recherchée de façon récréative, mais dans ce cas, le danger n’est pas réel. 

Une équipe danoise a ainsi mené une expérience intéressante : la Dystopia Haunted House. Les participants déclarent l’intensité de leur peur et de leur plaisir après une attraction dans une maison hantée. L’étude montre un équilibre maximum : peu de peur ennuie, trop de peur paralyse, une peur bien dosée amuse. Il est intéressant de noter que l’âge des participants a peu d’impact sur l’étude, en revanche les femmes ont une plus grande tendance à déclarer la peur plutôt que le plaisir, comparé aux hommes.

Une double exigence

Le docteur Christophe André indique une double exigence face à la peur pour éviter qu’elle ne devienne pathologique : "se confronter à ses peurs (cheminement extérieur) et accepter ses peurs (cheminement intérieur)". S’exposer à des situations angoissantes est donc une forme d’assimilation de la peur, dans un environnement sécurisé et encadré : la montagne russe ne va pas se décrocher, le film d’horreur peut être mis sur pause, le masque de déguisement d’Halloween peut être enlevé. En s’exposant à la peur, petits et grands apprennent à l’évaluer et à la maîtriser.

En revanche, la sagesse invite à repousser les situations où le curseur va trop loin, la peur étant trop envahissante, la situation trop violente ou trop intense, au risque de laisser des traces malheureuses.

Homme et femme sont créés libres et destinés au bonheur. Même la Bible révèle des moments de peur, comme dans le livre de Job : "Un effroi m’a saisi, un frisson a fait trembler tous mes os : un souffle a glissé sur ma face, il a hérissé les poils de ma chair" (Job 4, 14-15) ; mais elle nous rappelle aussi que morts-vivants et fantômes ne sont pas notre futur, la peur ne sera plus, car Job poursuit : "De ma chair je verrai Dieu." (Job 19, 26)

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