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Côte d’Ivoire : la stabilité fragile d’Alassane Ouattara

Le président de la Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, le jour de fête de l'indépendance du pays, le 7 août 2025.

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Jean-Baptiste Noé - publié le 30/10/25
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La victoire d’Alassane Ouattara fin octobre à la présidentielle ivoirienne préserve la stabilité d’un pays qui panse encore les plaies de sa guerre civile. Mais cette stabilité est de plus en plus fragile, analyse le géopoliticien Jean-Baptiste Noé, en raison de la dégradation de la sécurité et des menaces djihadistes au nord du pays.

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Sans surprise, Alassane Ouattara a été réélu fin octobre pour un quatrième mandat. Il était le seul candidat crédible puisque ses concurrents sérieux n’avaient pas pu se présenter, n’ayant pas obtenu l’accord pour être inscrits sur les listes électorales. Une victoire triomphale pour l’homme de 83 ans qui est un trompe-l’œil : derrière l’apparente stabilité, les mouvements tectoniques sociaux et sécuritaires rendent le pays de plus en plus mouvant. 

Diversité religieuse

La Côte d’Ivoire est un pays marqué par une grande diversité religieuse, reflet de sa mosaïque ethnique et culturelle. L’islam représente près de 45% de la population, le christianisme 40%. Le reste se rattache à l’animisme et aux religions traditionnelles, qui imprègnent aussi les populations musulmanes et chrétiennes. Si l’islam est arrivé dès le XIe siècle, via les échanges avec les populations du Sahel, le christianisme est arrivé lors de la période coloniale. Une diversité religieuse qui marque une frontière géographique et ethnique. L’islam est essentiellement cantonné au nord du pays, parmi les ethnies Malinké, Dioula et Sénoufo notamment. Le christianisme, qu’il soit catholique ou évangélique, est surtout présent dans le sud, parmi les ethnies Baoulé, Bété et Krou. Il y aurait aujourd'hui près de 2000 prêtres catholiques, dont 600 dans l’archidiocèse d’Abidjan.

Dans les grandes villes, comme Abidjan, Yamoussoukro et Bouaké, les populations sont multiples, du fait de l’exode rural, mais réparties par quartiers. Ce qui répercute dans les villes les tensions ethniques qui peuvent toucher les campagnes. Lors des crises électorales des années 2000-2010, le pays a été traversé par des violences meurtrières qui marquent encore les esprits. Une opposition politique qui a suivi l’opposition ethnique entre le nord et le sud, marquée notamment par la lutte politique entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Depuis 2011 et la chute de Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara préside aux destinées d’un pays qui tente de se développer et de tirer parti de son ouverture géographique vers le golfe de Guinée.

Une situation sécuritaire dégradée

Depuis plusieurs années, le nord de la Côte d’Ivoire subit les contrecoups des guerres au Sahel. Cette région, frontalière du Burkina Faso et du Mali, est devenue une zone sensible où se croisent des enjeux de criminalité, de rivalités de population et de sécurité nationale. Si la situation religieuse du pays reste globalement stable, la présence de groupes armés et les fragilités sociales font craindre une instrumentalisation des appartenances religieuses et ethniques au profit des groupes combattants.

L’origine des troubles dans le nord n’est pas strictement religieuse. Les causes sont multiples : expansion du terrorisme sahélien, trafics transfrontaliers, tensions foncières, rivalités entre communautés pastorales et agricoles. Toutefois, certains de ces conflits prennent parfois une coloration religieuse, du fait de la composition ethnique des populations concernées et de l’influence de prêcheurs musulmans venus du Sahel. Les mouvements djihadistes actifs au Burkina Faso tentent d’étendre leur influence au nord de la Côte d’Ivoire, ce qui devient un défi supplémentaire pour le pays.

Médiations religieuses

Les premières incursions, recensées en 2020, ont eu lieu dans les régions du nord. Ces opérations, menées par des groupes armés venus de la frontière burkinabè, ont fait plusieurs morts parmi les forces ivoiriennes. Depuis, les autorités ont renforcé la présence militaire dans ces zones et lancé des programmes de coopération régionale afin de contenir la menace.

Les chefs religieux, imams, prêtres chrétiens et animistes, jouent souvent un rôle de médiation et de prévention des conflits. Les défis restent néanmoins importants. L’insécurité dans le nord menace la cohésion sociale. Les violences, même sporadiques, perturbent les échanges économiques et provoquent des déplacements de population qui engendrent d’autres tensions. La situation dans le nord de la Côte d’Ivoire ne relève pas d’un conflit religieux, mais d’une combinaison complexe de menaces sécuritaires et sociales. Alassane Ouattara dispose d’un nouveau mandat pour panser les plaies et maintenir la cohérence et la stabilité de son pays. 

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