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Faut-il répondre aux avances d’un journaliste qui fait le trottoir ? Je veux dire un journaliste qui vous tend un micro pour que vous lui donniez quelques mots, sans que vous sachiez ce qu’il en fera. Les deux jeunes filles livrées en pâture aux auditeurs de France Inter, le 16 octobre, n’ont pas dû se poser la question. Le sujet du jour était la virginité. Cela aurait pu être un authentique miracle sur le service public, si la "bourgeoisie" — dans sa nouvelle version médiatique et féministe — ne venait pas sans cesse confirmer ce que Marx diagnostiquait déjà : "Elle a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité traditionnelle, dans les eaux glacées du calcul égoïste."
"Pas avant le mariage"
Le journaliste au micro baladeur introduit ainsi ses deux proies : "Mes dernières rencontres, ce sont ces deux lycéennes, blondes, qui se marrent en sortant des cours." La suite lèvera tout doute sur les motifs de la précision concernant la blondeur : il ne s’agit pas seulement d’une touche visuelle, mais d’un premier discrédit voilé. À propos de la virginité, la première lycéenne explique : "Comme je suis plutôt dans cet état d’esprit, je trouve que c’est plutôt bien que certaines personnes se... conservent de cette manière. Et puis, dans le sens de notre religion — on a la même — pas avant le mariage, tout ça, tout ça." Interrogée sur la religion en question, les deux jeunes filles n’hésitent pas un instant : "chrétienne". La seconde complète alors les propos de son acolyte : "Surtout que pour moi, quand tu le fais, c’est pour avoir un enfant […]. Et je veux avoir un enfant une fois que je serai mariée, avec la personne que j’aime" Et la première de renchérir : "Il y a aussi que dans notre religion, il est dit qu’on ne va pas passer à l’acte juste pour le plaisir."
Ces mots improvisés ne sont certes pas sans maladresse, y compris pour présenter une vision authentiquement chrétienne de la sexualité conjugale et du lien indissociable entre le bien du couple et l’ouverture à la vie. Ils semblent en outre ignorer que, comme le rappelle le titre du beau livre du père Jean-Marie Gueullette, il n’y a "pas de vertu sans plaisir". Rien de pendable, néanmoins, dans ces phrases volées à deux lycéennes.
Le délit de virginité
Sur France Inter, toutefois, cette défense du choix de la virginité avant le mariage frise le délit. Il va de soi, en tout cas, que le service public ne peut pas laisser passer de telles paroles ; elles pourraient corrompre la jeunesse plus sûrement encore que l’enseignement de Socrate en son temps. Face à ces deux adolescentes blondes qui portent gravement atteinte aux nouvelles mœurs, tous les agents de sécurité sexuelle doivent unir leur force pour mettre fin au trouble.
La première salve vient de l’animateur de l’émission, qui se souvient pour l’occasion de bribes de sa culture religieuse : "Quand j’entends cette jeune fille chrétienne qui nous parle de se conserver, l’inverse c’est qu’on s’abîmerait, on en revient aux fondamentaux du péché originel." Est-il vraiment inimaginable qu’on puisse effectivement abîmer quelque chose en soi, en se jetant précocement dans les bras du premier venu ? Est-il exclu qu’on nuise à son imaginaire, à sa vision de l’amour, au regard qu’on porte sur son corps, sur l’échange et sur le don de soi, en réduisant l’acte sexuel à un délire d’un soir, seulement un peu plus épicé que la vodka qui précède ?
Amalgames obsessionnels
Après le tour de chauffe de l’animateur, l’invitée se charge de la deuxième salve, véritable exercice de magistère féministe : "On est dans une logique de consommation. Quand elle dit conserver, je garde l’hymen, je garde ma virginité pour un moment où ça sera trop tard, où ça sera passé, donc j’aurai plus cette valeur-là, comme si c’était un trait de personnalité, comme si c’était d’une importance capitale. Encore une fois c’est la preuve de la pression, comme tu disais. Y a tout un système de valeurs qui repose sur ça et du coup, quand même sur un concept qui n’est pas prouvé anatomiquement, qui est très sacralisé et qui concerne surtout des personnes qui n’ont pas encore totalement accès à une éducation sexuelle qui soit inclusive et réaliste, quoi (sic)."
Difficile d’aligner plus d’amalgames obsessionnels et de naïvetés idéologiques en si peu de phrases. Pour commencer : une stupéfiante inversion des choses, qui range du côté de la consommation les seules qui ne livrent pas leur corps au marché contraceptif dès 14 ans. Pour continuer : une tendance évidente à analyser les vierges chrétiennes à travers le prisme inadapté des certificats de virginité exigés par certains jeunes musulmans. Pour finir : la tranquille certitude progressiste que seul le manque d’éducation sexuelle peut empêcher une jeune fille d’embrasser avec enthousiasme les mœurs médiatiquement dominantes. Et, bien entendu, l’idée rassurante et méprisante que seule la pression sociale peut dicter une conduite non-alignée.
Les garçons aussi
Pour être sûr que l’auditeur a bien compris, l’intervieweur, resté faussement neutre jusque-là, relance alors l’invitée, qui conclut par une dernière salve : "Ben c’est la preuve que les combats féministes n’ont pas encore totalement terminé de travailler, qu’il y a encore toute une notion de plaisir, de consentement qui nécessite d’être abordée dans le grand public. " Aucun doute, seules des arriérées victimes du monde ancien peuvent choisir de fonder l’union sexuelle sur un don total et durable. Tardivement consciente que ses propos ont tout du diktat sexuel et de la pression honnie, l’invitée finit par une apparente concession : "Si une personne a envie de rester vierge d’expériences, elle a le droit, évidemment, mais ça ne doit pas être un outil patriarcal, un outil de contrôle sur le corps des femmes, évidemment."
Pour ce qui est du christianisme, une information n’est sans doute pas parvenue aux oreilles des féministes : les hommes aussi sont appelés à attendre le mariage ! Cela s’appelle la maîtrise de soi et la possibilité d’un plein consentement. Contrairement au contrôle des corps des femmes, cela met les sexes à égalité (à moins que l’effort demandé ne soit plus grand pour les garçons, mais c’est une autre question). Quant au droit à la virginité, il est en effet primordial. Il serait même prudent de l’inscrire dans la Constitution. Sur France Inter, comme sur bien des trottoirs, il est nettement plus menacé que le droit à l’avortement…









