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"Sais-tu que tu n’appartiens plus à toi mais aux autres ? Es-tu prêt à servir ?" Ces paroles qui engagent fortement leur destinataire sont issues du cérémonial du départ routier, ultime étape dans la progression d’un membre de la branche aînée des scouts d’Europe. Écrites il y a près de 100 ans, elles trouvent encore toute leur résonance aujourd’hui, alors que près de 3.400 jeunes hommes, âgés de 17 à 23 ans pour la plupart, s’apprêtent à marcher plusieurs jours vers Vézelay, du 30 octobre au 2 novembre pour la 50e fois d’affilée. Après plusieurs décennies d’existence, la Route séduit toujours. Mieux, elle bat des records d’inscription et continue de former des jeunes hommes avides de servir et de suivre le Christ.
"Nous sommes un peu sur les chiffres d’une start-up", s’amuse auprès d'Aleteia Martin de Villeneuve, commissaire national routier (CNR). Depuis quatre ans, la Route a fait un bond spectaculaire : "Chaque année, nous comptons 500 routiers en plus." En 2023, ils étaient 2.500 à Vézelay, et en 2024, 2.900. Les départs routiers, ce moment où l’on "se met en mouvement sur les rails de la sainteté à travers le service quotidien", ont doublé depuis 2024. Il y a un an, ils étaient 22 à vivre ce moment fort, ils seront 40 dans quelques jours. Le mouvement des Guides et Scouts d’Europe suit cette courbe plus qu’encourageante : en quatre ans, il a accueilli 12% d’adhérents supplémentaires. "Cette dynamique n’est pas nouvelle, elle s’inscrit sur la durée", rappelle Martin de Villeneuve, fier de cet héritage.
Rome, 1975. Depuis l’église Saint-Paul-hors-les-Murs, la Route Scout d’Europe, qui existe dans les faits depuis les premiers temps du scoutisme, est officiellement lancée. Moins d’un an plus tard, un premier rassemblement, qui devait initialement se tenir au Puy-en-Velay, se monte timidement, avec 150 routiers, à Vézelay. Une poignée de prêtres les accompagne. Bruno Borde, alors âgé de 20 ans, porte haut le Baussant en entrant dans la basilique. Il est alors routier-pilote, marquant là une forme d’ "autonomie" après ses jeunes années aux louveteaux puis aux scouts. "Vingt ans, c’est l’âge des grands choix", reconnaît-il. Les "Vézelay" s’enchaînent et le jeune homme d’alors prend son départ routier en 1979. Un moment inoubliable pour cet engagé de la première heure qui n’a jamais raccroché le foulard. Le parcours d’Édouard Collin est différent : il est passé directement par la case encadrement et formation des jeunes routiers, à Paris. "J’ai aimé cette dimension éducative. C’est à la Route que se termine l’éducation du jeune qui nous est confié." Un moment charnière pour le jeune, "structurant" pour reprendre les mots de l’un d’eux.
Quitter son confort
Qu’est-ce qui les a tant marqués dans cette aventure ? Indéniablement, la "fraternité" que seule la Route peut offrir. "On crée des liens extraordinaires, assure Bruno Borde, qui se rappelle ces passages de rivières en portant son sac à bout de bras. À cet âge, c’est important de vivre des choses ensemble, d’échanger sur ses questionnements, ses choix de vie… Et pourtant, on vient des quatre coins de la France !" Martin, qui vivra son septième Vézelay ce week-end, s’étend davantage sur l’authenticité de l’aventure. "La Route répond à des besoins très actuels. Elle propose à des jeunes de marcher sous la pluie ou le soleil, de quitter son confort pour se confronter à la dureté des chemins. Ça attire !" Édouard, responsable de la Route en France, il y a une vingtaine d’années, loue la "dimension d’intériorité" qu’offre la Route et plus spécialement le pèlerinage de Vézelay. "Le cœur de Vézelay, c’est se mettre dans les mains du Seigneur. Ce sont ces temps de silence et d’adoration." L’édition 1989 de Vézelay a été pour lui un tournant : l’adoration du Saint-Sacrement est mise en place dans la basilique. Ce moment est aujourd’hui un point d’orgue du pèlerinage.

Fiorettis
En 50 ans d’existence, la Route a drainé son petit lot de fiorettis, ces petits miracles du quotidien… et ses anecdotes croustillantes. Il est de coutume, une fois arrivés au flambeau devant la basilique de Vézelay, que les routiers-scouts frappent de leurs bâtons fourchus les lourdes portes de l’édifice, pour y pénétrer. Il n’en a pas toujours été ainsi. À l’origine, la porte s’ouvrait, au bruit des pas des hommes en marche. "Une année, la porte ne s’est pas ouverte, se souvient Bruno Borde. Le CNR a donné quelques coups sur la porte, pour réveiller le sacristain." Cela a suffi pour faire naître cette tradition, de loin le moment le plus attendu de Vézelay.
Un soir, Édouard Collin ne parvient pas à trouver l’origine d’un bruit de fond formidable dans la basilique de Vézelay. Comme un énorme bourdonnement. "C’était le murmure des centaines de confessions des routiers. C’était stupéfiant." Il y a plus de vingt ans, alors qu’il est CNR, il reçoit un colonel de gendarmerie sur le bivouac. L’officier, "peu aimable", lui fait comprendre qu’il est là pour "trouver des choses à notre encontre". "Il a assisté à la veillée, s’amuse Édouard Collin. Cet événement l’a retourné, littéralement. Il s’est converti ce soir-là." Quelques années plus tard, il est baptisé sur les lieux. Il en a témoigné par la suite. Les histoires comme celles-ci sont légion.
Transmission
Le temps a fait son œuvre et la Route demeure intacte. Dans ses "fondamentaux", du moins. "Elle a su s’adapter à son époque", analyse Édouard Collin. "Les jeunes sont différents, il y a une dynamique aujourd’hui qui s’explique notamment par les réseaux sociaux. La fraternité est particulièrement forte aujourd’hui. On a envie de vivre des choses en groupe. Et la Route est une réponse à ce besoin d’authenticité et de transcendance." Martin de Villeneuve voit dans cette dynamique de 50 ans les fruits d’une "communauté d’hommes qui se transmettent des expériences de vie". "Il y a une logique de transmission très présente. Au fond, nous sommes restés les mêmes, avec cette volonté de nous dépasser, de servir et de rencontrer le Christ. Depuis les débuts du scoutisme, cet esprit n’a pas changé." "À chaque génération ses enjeux, appuie Bruno Borde. La Route a su garder ces deux axes essentiels : fidélité et ouverture. Une forme d’adaptation aux enjeux de notre temps avec le même message, ancré dans les enseignements du Christ."



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