Il faut un certain masochisme pour s’intéresser au psychodrame qui se joue avec l’examen du Budget à l’Assemblée nationale. Le coup d’État permanent vire au pétard mouillé. Dernier pétard, la menace du Parti socialiste de voter une motion de censure après avoir obtenu la capitulation du Premier ministre n’émeut plus personne, chacun ayant compris que, dans l’ambiance suicidaire qui préside depuis deux ans à la politique intérieure française, le pire est toujours sûr. Quand le pire est toujours sûr, l’effet de surprise ne joue plus. Plus rien ne se passe, car tout peut arriver. Nos élus sombrent chaque jour davantage dans l’impuissance sonore. Le pays dans la tempête s’offre le luxe de démâter. Les récifs approchent.
Une crise de l’âme
Dans l’esprit de l’ensemble de la classe politique, la censure du gouvernement et la dissolution de l’Assemblée sont inéluctables. Admettons-le. Mais un événement inéluctable peut surprendre par ses modalités et son moment. Et une issue inévitable ne signifie pas en soi la fin de la crise. Ces derniers mois, la politique intérieure française tourne au roman russe : chaque psychodrame nouveau nous fait croire que nous vivons la fin du récit, et cependant à chaque fois nous repartons pour un nouveau chapitre, épisode plus mortifère que le précédent. Notre débat politique illustre, mais à l’envers, la devise fameuse du financier Fouquet : Quo non descendet ? "Jusqu’où ne descendrais je pas ?"
Au demeurant, il ne s’agit pas seulement de finances publiques. La difficulté qu’affronte le pays dépasse largement sa situation budgétaire et le dévoiement de ses institutions. Il s’agit d’une crise de l’âme. Tant que le peuple n’aura pas retrouvé confiance dans sa classe politique, le pays sera malheureux. Déconstruisez, déconstruisez, il en restera toujours des débris. Les Français cherchent un reconstructeur. Ils sont las qu’on leur fasse la leçon : ils veulent entendre des mots d’amitié.
La démocratie sans le peuple
La République a perdu sa boussole et son cœur. La réalité ne semble plus atteindre le sommet de l’État. Campé sur son bon droit, le pouvoir cherche à gagner du temps et nous en fait perdre : notre classe dirigeante semble avoir cessé de croire à l’élection. Les élites s’enferment à double tour dans leur logique et dans leurs palais. Le bac à sable ne cesse de rétrécir : on viendrait à parier que le prochain Premier ministre sera le secrétaire général de l’Élysée. La démocratie sans le peuple a gagné la bataille comme au temps honni de l’instabilité ministérielle de la IVe République.
De Gaulle avait dit au malheureux Albert Lebrun que pour être chef d’État, il fallait être un chef et qu’il y eût un État. Il manque à l’interminable fin de règne en cours deux choses : un chef, un État. Le pouvoir central a perdu les moyens de sa mission en déconstruisant l’État avec une science qui serait diabolique si elle était consciente. Il a en même temps perdu ses moyens en négligeant le soutien du peuple. Le peuple fatigué semble prêt à tout. Plus que jamais, les Français ont besoin de se sentir aimés. Le chef qui saura leur dire son amour leur fera accomplir des miracles.









